Le dessin du jour. Ou plutôt le dessin qui me hante tous les jours depuis pas loin d’un an. Tel un ectoplasme, celui-ci a quelque chose de bien réel dans ma tête mais impossible encore de lui donner consistance. Et c’est bien dommage. Alors “que faire ?”, comme disait Vladimir Illitch. Et bien pourquoi pas commencer par coucher ca sur les internettes, et donc sur ce blog, ca devrait me libérer un peu de place dans la tête. C’est parti pour le transfert de données.
Un dessin qui me hante 1 donc. “Mais lequel ?”, me demande ce jeune lecteur de Carpentras, avec une insistance et le souffle court dans l’attente de ma réponse. “Et bien mon grand dessin, bien évidemment !”, lui répondrai-je tout de go.
Le grand dessin. Un concept à moi, débuté à la veille du troisième millénaire. A une époque ou l’innocence le disputait à la quête d’un but dans la vie.
Le principe était simple : assembler des dessins de mon cru ainsi que des textes ou des images subtilisées astucieusement 2 aux dieux de mon panthéon artistique (soit pas mal de Druillet et Gotlib à l’époque). Le tout sur un format classieux dit raisin (Quatre feuilles Canson 24×32 pour ceux qui ont des bribes de cours de dessin encore tête).
Au final, et après avoir usé des litres d’encre de Chine, perdu quelques dixièmes aux deux yeux et ruiné mon dos et mon épaule à agiter mon crayon en tous sens, apparaissait devant mes yeux un maelstrom graphique, sans aucune unité si ce n’est l’enchevêtrement inextricable de ces différents élements. Bref, c’est de l’art, cherchez pas.

Le premier grand dessin. J'étais alors jeune et innocent
Mais ce que je ne savais pas encore, c’est que j’avais mis le doigt dans un engrenage fatal. L’année d’après, alors que je tentais de faire bonne figure parmi l’élite de la Nation 3, la pulsion revenait peu à peu. Suivant le rythme de mes crobards effectués avec nonchalance sur les bords de mes feuilles de cours.
Toujours le même format, mais avec cette fois l’adjonction de touches de couleur, à l’aide de mes pots de peinture acrylique Citadel, laissés à l’abandon depuis ma résignation à devenir un peintre émérite de figurine Warhammer.
Fourbu, le dos de nouveau brisé par les heures passées affalé dessus, mais fier, je pouvais contempler ce deuxième grand dessin, dont je m’empressais de faire des copies à des amis pour égayer leur appartement. Mais la frustration était toujours présente. Je pouvais faire mieux.
Suivirent donc deux autres grand dessins, avec chaque fois une année d’intervalle. Avec toujours plus de couleur, toujours plus de dessins et d’élément piochés à gauche et à gauche.Et, au bout de cette expérience graphique, je me relevais à chaque fois (dans un grand craquement de vertèbres) fier du travail accompli, sous l’oeil attendri mais un peu désemparé de mes parents, et en même temps la volonté de pousser toujours plus loin le concept.
Et ce fut la rencontre avec l’instrument du démon. Celui que le Malin vous place devant le nez. Avec un sourire en coin. Tel un dealer proposant gratuitement un échantillon, et sachant qu’il vous aura rendu accro dès la première prise. Bref, vous l’aurez tous reconnu, c’est l’ordinateur.
Compagnon de voyage durant les longues sessions d’ennui qui caractérisent si bien l’enfance 4, l’ordinateur et sa puissance m’ouvraient de nouvelles portes. Finies les pénibles séances d’esquisse, de peinture et de finition à l’encre de Chine. A moi les aplats de couleurs mirifiques ! A moi l’adjonction de fichiers jpeg au sein de ce chaos graphique ! A moi les zooms déments pour assouvir ma soif du détail, et ainsi placer toujours plus de dessins fait à l’arrache 5 !
Un stylet de palette graphique usé plus tard, le dos réduit en miettes par une position de bossu face à mon écran et la perte de nouveaux dixièmes à ma vision, je pouvais admirer le résultat. Avec une sensation légitime de satisfaction, face à mon apport indéniable à l’histoire culturelle de l’humanité.
Mais je considérais bientôt ce premier essai infographique perfectible. Et un nouveau grand dessin vit le jour. Plus complexe, plus imbriqué, plus coloré, avec plus de private jokes qui feront rire deux types dans le monde 6 et toujours plus de dessins réalisés entre deux mises en page.
Les muscles de l’épaule décollés, mon stylet définitivement hors d’usage, le dos plié à 90 degrés et désormais proche de la cataracte, j’avais l’impression d’avoir gravi mon Everest. D’avoir plié la machine à ma volonté.
Je déchantais cependant très vite avec la découverte du dessin vectoriel. Tout s’effondrait autour de moi. Trois ou quatre années que je m’évertuais à mettre au propre toutes mes visions sous Photoshop, à coups de traits malhabiles, sans cesse retravaillés à coups de gomme. Alors que sous vectoriel j’avais juste à faire “clic clic” pour tracer un trait parfait, suivant au plus juste mon coup de crayon bic nerveux.
Il me fallait tout recommencer. Reprendre tous ces dessins sous Photoshop que je ne pouvais regarder désormais qu’avec un air honteux, un peu comme ma peinture d’un renard en maternelle et qui ressemblait plus à une toile de Jackson Pollock qu’à autre chose.
Quelques années plus tard, l’épaule déboitée et maintenue à coup de chatterton, le nez à 2cm de l’écran pour discerner ces satanés points d’ancrage et le dos ressemblant à une étape de montagne du Tour de France, je pouvais désormais me reconcentrer sur mon grand dessin.
Grand dessin qui, face à ma production titanesque, ne pouvait que muter en un super grand dessin. Qu’on aurait astucieusement appelé “gigadessin”. Huit mois après le début de cette entreprise cyclopéenne et monacale, je pouvais me reposer, et admirer la somme de mon labeur.
- Cependant le grand dessin suivant était déjà en germe, tissant ses rhizomes en moi, cherchant à percer ma boite cranienne pour atteindre les rayons du soleil. En vain jusqu’ici.
D’où l’idée de coucher sur ce blog mon état de désemparement. En espérant secrètement m’attirer une tape sur l’épaule 7 un regard complice ou un coup de pied au cul.
Mais je vois que j’ai déja fait une tartine suffisante pour aujourd’hui. Et m’entretenir de ce sujet douloureux impliquerait un texte deux fois plus long. Aussi, par charité envers mes chers lecteurs 8 je vous salue bien bas et vous donne rendez-vous très bientôt pour la grande révélation !
En vous remerciant
Dessins, texte : Gwen
Notes:
- Avec un h comme dans Halimi ↩
- Et en violation totale du droit d’auteur. Ne faites pas ca chez vous ! ↩
- On appelle ca aussi les classes préparatoires ↩
- Atari ST powaaa ! ↩
- Seuls remèdes à mes agonisantes heures passées en école de journalisme ↩
- Hello Xis, hello Youen ! ↩
- Mais pas trop fort, le scotch tient plus très bien ↩
- Et par un sadisme évident consistant à discourir sur ce futur dessin sans vraiment en parler ↩








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octobre 21st, 2011 → 1:04 @ Gwen
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