Amen break : six secondes révolutionnaires

août 24th, 201110:32 @

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Amen break : six secondes révolutionnaires

Contrairement aux habitudes, le sujet de ce papier ne concerne pas directement un groupe ou un artiste mais un son : le Amen break. Ce sample de batterie, tiré du morceauAmen Brother des Winston Brothers (photo), est en effet devenu l’un des extraits les plus utilisés, à l’image du beat disco créé par Cerrone. Repris d’abord par le mouvement hip-hop dans les années 80, le Amen break est par la suite devenu un des piliers de la drum’n bass et de la jungle.

Petit retour en arrière dans le continuum spatio-temporel. Les années 60 aux Etats-Unis. L’explosion de la funk et de la soul. Et parmi tous ces groupes, les Winston Brothers, basés à Washington DC. Emmenés par le batteur G.C. Coleman et Richard L. Spencer, chanteur, saxophoniste et ancien partenaire d’Otis Redding, les Winston Brothers sortent en 1969 un album deux titres, Color Him Father.

La chanson éponyme se classera numéro 7 du Billboard Hot 100 mais la révolution va provenir de la face B, avec le morceau Amen Brothers, reprise funk d’Amen, classique du gospel. Et plus précisement d’un extrait de 6 secondes d’un solo de batterie de G.C. Coleman, à 1mn 27.

Cet extrait va devenir devenir réellement indépendant dans les années 80 avec le développement de la scène hip-hop. Ces artistes vont alors puiser dans le gigantesque patrimoine de la musique noire (rythm and blues, soul, funk) pour y dénicher des morceaux susceptibles d’être réutilisés. Deux compilations vont notamment constituer les piliers de ce courant musical : King of the Beats, par DJ Mantronik (alias Kurtis el Khaleel) et Ultimate Breaks and Beat par Breakbeat Lenny (alias Lenny Roberts). De nombreux producteurs de hip-hop vont les utiliser pour venir y piocher les samples appropriés. La notoriété de ces albums va gagner l’Europe au début des années 90, en particulier dans la scène rave naissante.

Ces fameuses 5 secondes d’Amen Brothers vont y subir un traitement de choc. Accélerées, mélangées à des mélodies issues du hip-hop ou du reggae, elles vont traverser les différents courants électro, de l’acid house et son dérivé, le breakbeat hardcore, à la drum’n bass, la jungle ou le breakcore. Et devenir à nouveau les fondations de ces styles. Les Winston Brothers auraient bien du mal à reconnaître leur bébé.

Extrait d’un mix de Parasite (Braindrop du 28 septembre 2007). La chute de l’extrait est un peu brutale mais vous pouvez retrouver l’intégralité du mix sur Braindamage Radio. Edit : retrouvé le nom de la chanson, il s’agit d’Amen Motherfucker (désolé pour la vulgarité) par Maladroit.
podcast

C’est d’ailleurs l’autre originalité du Amen break. Repris des milliers de fois, trituré dans tous les sens, la paternité de ce sample revient incontestablement aux Winston Brothers. Pourtant, même s’ils avaient les moyens légaux, ces derniers n’ont jamais poursuivi en justice les DJ utilisant leur morceau. Lassés à l’idée de devoir mener des milliers de procès, conscients qu’eux-mêmes s’étaient inspirés de la reprise d’Amen par Curtis Mayfield, ou acceptant que leur morceau ne leur appartenait plus ? Les Winston ne se sont pas exprimés sur le sujet à notre connaissance. Peut-être avaient ils tout simplement repris à leur compte cette citation de Picasso : « Copiez, copiez, un jour vous ferez une œuvre. »

Texte : Gwendal

Photo : Ethan Hein ; Winston Brothers

Liens :
Pour les anglophones, l’écrivain et artiste Nate Harrison a réalisé un documentaire audio très intéressant sur l’Amen break. Il est consultable sur son site ou directement sur Youtube
Un article très complet (en anglais) est également consultable sur le site Breath of Life
Un site consacré à DJ Mantronik

En bonus, quelques exemples de reprises du Amen break :

DJ Yura (Amen break mélangé à du Dimmu Borgir et du Alien Ant Farm, ça ne s’invente pas)

Version dubstep par Adapt

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