Back to California : Modesto, mon amour

juillet 8th, 20123:57 @

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Back to California : Modesto, mon amour

Chers lecteurs, bonjour ! Je vous évite cette fois les dégoulinantes excuses sur la parution chaotique d’articles, car cela risque de devenir lassant à force. Mais que voulez-vous, entre lancer un magazine, devenir un artiste total et se refaire l’intégrale des films de Pierre Richard avec mon confrère Youen, ca laisse peu de temps pour le prix Pulitzer !

Et surtout j’ai trouvé une super idée qui va m’occuper une partie de cet été (pourri) : causer un peu de ce trip en Californie, qui m’avait déjà éloigné de vous plusieurs semaines. Certains objecteront que faire ça deux mois après, c’est un peu du foutage de gueule. Ce à quoi je répondrai que c’est justement tout le principe et l’intérêt de la chose 1 !

Deux mois après, que reste t-il en effet de ce voyage ? Quelles images, quels moments mon cerveau a t-il choisi de garder imprimés ? Aussi débutons cette expérience unique de compte-rendu différé dans le temps par ma visite de Modesto, et ma rencontre avec un chic type : Warren Stokes. Zou !

Enfin, “Zou !”, c’est vite dit. Commençons déjà par un petit bond en arrière, histoire de vous poser le contexte. Au mois de mars 2012 pour être exact. Habité depuis la fin de l’année dernière par une envie dévorante de foutre la honte à Picasso, Basquiat et Keith Harring réunis grâce à mes petits mickeys, je bombarde de mails de parfaits inconnus, en espérant qu’ils auront la présence d’esprit de reconnaitre mon génie.

Professionnels de la profession, galeristes et collectifs d’artistes en tête, m’ignorent cependant poliment. Sûrement effrayés que je change la face de l’art à tout jamais. Mais je continue tout de même ma quête. Et, repensant à ma marotte de la restauration d’oeuvres aztèques, je décide de faire quelques recherches de sites spécialisés. Jusqu’à tomber sur Maya Inca Aztec, site au look un peu vieillot mais blindé d’infos, et illustré de photographies chatoyantes.

La dernière restauration aztèque en date au passage.

Ni une, ni deux, j’envoie donc un mail à Maya Inca Aztec pour présenter mon boulot. Et une réponse de s’en suivre une semaine après ! Celle d’un dénommé Warren Strokes, habitant de Modesto, en Californie, qui trouve ces restaurations pas dégueu du tout. Et de me proposer d’héberger certaines d’entre elles sur son site, afin d’aider à l’édification de ses jeunes lecteurs quant à la beauté de la culture sud américaine. Entreprise qui semble marcher assez bien, car Maya Inca Aztec voit la qualité de son référencement s’accélérer depuis quelques mois.

Or c’est à la même période que mon projet, maintes fois repoussé, de visiter les Etats-Unis prend également forme. Direction donc la Californie pour trois semaines, hébérgé gracieusement par mon talentueux camarade Franck à San Francisco. Et un éclair de génie de me frapper en consultant la mappemonde : Modesto n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres de San Francisco ! L’occasion parfaite de mettre enfin un visage sur la personne avec qui je corresponds depuis plusieurs semaines.

150 bornes entre les deux villes. Une paille !

Dix jours après mon arrivée en Californie, voici donc que, muni d’un billet de train dûment composté, je quitte San Francisco pour l’arrière-pays californien, autrefois coeur de la célèbre Ruée vers l’or. Et si je n’ai arpenté le comté de Stanislaus et sa capitale Modesto que quelques jours, je puis certifier que je suis tombé sur une sacrée mine aurifère.

Accueilli le mercredi à la gare par le dit Warren, je goûte aux joies de la cuisine locale (qu’on appelle aussi mexicaine. A croire qu’ils vivaient là avant, j’vous jure…) puis je suis acheminé, au volant d’une rutilante Toyota des années 90, au coeur d’un des suburbs de Modesto où il habite désormais.

Ces suburbs que j’avais vu tant de fois dans les films de Spielberg, Joe Dante ou Tim Burton, je les avais enfin devant moi. Et je décide aussitôt, avec sagesse, de rester dans un rayon de moins de 50 mètres autour de la maison de Warren afin de ne pas me paumer, tant ces quartiers ont tout du labyrinthe moderne.

Décision qui a cependant l’avantage de faire plus ample connaissance avec mes hôtes, à savoir donc Warren, mais aussi Cathy, sa compagne, et Tiger, jeune Amérindien (Navajo, pour être précis), qui s’occupe de la partie technique du site. Et dont la stature impressionnante et l’apparent mutisme me font penser directement à “Chef” Bromden dans Vol au dessus d’un nid de coucou.


Breton, Navajo : tant de choses à se dire !

Warren incarne à merveille ce qui m’attire dans la culture américaine. Un enthousiasme juvénile ( qui fait encore plus plaisir à voir chez un sexagénaire) émane de lui quand il vous parle de son site, construit petit à petit depuis 5 ans dans son coin, et des projets grandioses qu’il a en tête pour (peut-être) arriver au succès. Ancien professeur d’anglais pour de jeunes émigrants hispanophones et tombé amoureux de la culture sud américaine, il espère pallier, avec son site, les méthodes d’enseignement médiocres. Et si mes restaurations colorées peuvent aider des mômes à s’intéresser à ses textes pédagogiques, je ne peux que l’y encourager !

Mais, peut-être plus rare au pays du Tea Party, c’est également son ouverture d’esprit qui m’a marqué. Une ouverture d’esprit qui n’est finalement que le reflet de sa vie, multiple. Professeur d’anglais donc, mais également ingénieur son du côté de Los Angeles (un de ses meilleurs potes bossait d’ailleurs pour Black Sabbath ! La classe, je vous dis) et voyageur invétéré, qui connait l’Amérique Centrale comme sa poche, après avoir arpenté ses innombrables sites archéologiques. Croyant mais pas intégriste, fier de vivre en Californie mais lucide face à l’impasse économique qui la frappe, en particulier la crise de subprimes et la course effrenée à la consommation qui en a été le terreau. Et pas mal de petits vieux autour de lui peuvent le remercier, après s’être fait plumer par de dynamiques (et inconscients) banquiers qui devaient s’écouter ca en boucle :

Ce fut donc un plaisir d’échanger nos visions du monde avec lui et Cathy, des comparaisons entre styles de vie français et américain aux parallèles audacieux entre culture amérindienne et bretonne. De quoi largement occuper les repas et les trajets en voiture ! Et des moments en voiture, je peux vous certifier que j’en ai passé un paquet. Car Warren, en parfait hôte, avait décidé de me faire visiter le coin, avec, en apothéose, le fameux Parc national Yosémite. Un site d’une beauté à couper le souffle. Qui m’a permis d’ailleurs de confirmer que j’avais toujours le vertige.

« Ok, donc là, si je glisse, je fais une chute de 1.000m de haut. Gardons le sourire et prions. « 

J’oubliais cependant l’autre point qui m’a fait me sentir si bien dans la ville natale de George Lucas (où fut d’ailleurs tourné en partie l’un de ses premiers films, American Graffiti) : deux super soirées, à même pas 50 m de chez Warren (ca tombait bien), chez Tiger. Oui, celui qui me faisait à moitié peur, façon Joe l’Indien, lors de ma première poignée de main. Et bien peu après j’ai vu son regard s’illuminer quant, au détour d’une conversation avec Warren, ce dernier m’a appris qu’il était fan de Star Wars .

Nom de Zeus, comme dirait l’autre ! Ce type n’est pas seulement un fier guerrier Navajo, c’est aussi un geek mâtiné de nerd ! Et, en dépit de mon anglais encore rouillé, les sujets de conversation ont commencé à se succéder. Jusqu’à une invitation, le premier soir de mon arrivée, à une soirée typique du jeune américain : boire des bières dans le garage de ses parents.

Après un détour par le supermarché avec présentation de pièce d’identité, je fais donc la connaissance de ses amis, dont ma pitoyable mémoire des noms m’empeche de vous faire les présentations plus avant. Et les choses de passer au sérieux en me défiant au billard. Les fous !

La première partie débute mais, rapidement, ma culture européenne supérieure prend le dessus. Ces malheureux jouent, logiquement, à la version américaine. Mais ils ne connaissent pas la seule qui vaille, celle que m’a enseigné religieusement mon père : le 8 pool, ou billard anglais. Jeu de pute par excellence, où le but n’est pas tant de gagner rapidement que d’emmerder au maximum son adversaire en l’empêchant de jouer.

C’est donc ainsi que, tel le missionnaire blanc apportant la civilisation en Afrique, je décidais de leur apprendre cette variante plus subtile, tout en lançant l’émission que j’avais aidé à programmer pour Thematics Radio : French Oddities. Charmés par la musique française, la subtilité de ce jeu, et mon humour si français, mes nouveaux amis étaient conquis. Et je puis vous dire que snooker quelqu’un en écoutant du Boris Vian, tout en dégustant une bière locale dans un garage de Modesto, est un de ces instants qui vous font dire “Foutredieu, je me sens bien !


When the moon hits your eye like a big-a pizza pie, that’s amore ! 2

Je passe rapidement sur le déroulé de la deuxième soirée, un vendredi, veille de mon départ. Mais elle m’aura permis de constater enfin l’intérêt d’avoir autant de références à la culture populaire américaine en tête : se marrer très rapidement avec des gens de son âge à 10.000 km de chez soi. De Timothy Leary à Zappa en passant par l’histoire de l’informatique, c’était à croire que j’étais devenu bilingue. Et entre cette soirée et la visite, quelques heures plus tôt, du Parc Yosémite, j’ai mis un sacré temps à m’endormir, tellement j’avais de chouettes moment en tête.

Le lendemain, lesté de plusieurs kilos de bouquins sur l’art amérindien et de divers cadeaux offerts par Waren, je reprenais le train pour San Francisco, après avoir écouté une de ses dernières anecdotes à propos de Johnny Cash, brûlant par accident, avec sa voiture, plusieurs centaines de kilomètres carrés dans la région. Sacré Johnny !

J’avais encore une bonne semaine pour m’en mettre plein les yeux. Mais j’étais certain de garder cette image de deux Américains qui m’ont accueilli à bras ouverts. Et m’ont fait passer de merveilleux moments à Modesto.

Merci !

Texte, photos : Gwen (Photo de tête tirée de Wikipédia)

 

 

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Notes:

  1. Me donnant ainsi une excuse pour toute faite afin d’avoir pris tant de temps pour me lancer
  2. Cette référence n’est compréhensible que par moi-même, mais c’est pas grave.