Bad Brains : la fureur du rasta-punk

janvier 15th, 20145:30 @

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Bad Brains : la fureur du rasta-punk

Bad Brains, groupe américain de punk-hardcore, peut se targuer d’être un mythe de la scène des années 80. Combinant la rage du punk et le reggae politique d’un Bob Marley, le combo de Washington DC offre un mélange inédit qui, jusqu’ici, n’a pas été égalé (si ce n’est le groupe Skindred). Le groupe, par son approche radicale en terme de musique, a influencé depuis des artistes aussi divers que les Beastie Boys, les Red Hot Chili Peppers, Moby ou les Smashing Pumpkins. Houuuu ! The Big Take Over !

Edit : Vous pouvez également consulter mon dessin-article sur Bad Brains

Débutant leur carrière en 1975 sous le nom de Mind Power (jazz-fusion), le groupe, sous l’impulsion de leur premier chanteur, Sid Mc Cray, va s’intéresser de plus en plus à la scène punk. Tout autant qu’au reggae, dont l’influence sera constante.


The Big Take Over (« Yeaaaah Yeaah Yeaah Yeaaaaaaahhh ! »), tiré d’un concert au CBGB, en 1982 (son et ambiance d’époque)

Ce grand écart musical entre punk et reggae n’est pourtant que l’importation aux États-Unis des liens qui se sont tissés en Angleterre entre ces deux genres. Principal artisan de cette union, le DJ Don Letts, auteur du documentaire The Punk Rock Movie. Il fera découvrir aux groupes punk le dub et le reggae et inspirera à Bob Marley, lors de son séjour londonien, le single Punky Reggae Party (1977).

La même année, Bad Brains se forme enfin et se fait connaître rapidement dans la scène de Washington DC. Une réputation certes aidée par le fait que le groupe soit composé entièrement d’Afro-Américains, mais c’est surtout par leur musique qu’il va se distinguer. Bad Brains est en effet un des précurseurs, avec les groupes DOA, Black Flag ou Minor Threat, d’un sous-genre du punk : le punk-hardcore.

La musique est plus rapide, plus agressive. Le chant devient un cri et se dote d’un contenu plus politisé. Une façon de se démarquer de leurs prédécesseurs, et de la mode qui commence à dévoyer l’aspect contestataire du punk. Formés grâce au jazz et au rock progressif, les membres de Bad Brains se distinguent également de par leur technique, en particulier des changements de rythmes originaux et des solos furieux.

Mais ce qui va donner à Bad Brains un impact encore plus grand est sans conteste leur nouveau chanteur, Paul D. Hudson, alias HR. Passant avec aisance du chant reggae aux aboiements rageurs, ponctués par des hoquets rockabilly que n’aurait pas renié Elvis Presley, c’est une véritable pile électrique sur scène. Bondissant, effectuant des saltos, quand il ne doit pas repousser les assauts du public déchaîné, il délivre lors de chaque concert une énergie incroyable.

Cette tension permanente et ce jeu d’équilibrisme musical vont malheureusement être de courte durée. Les débordements de HR (accès de violence, propos homophobes) et les tiraillements sur la ligne musicale du groupe sont des plus en plus grands. Alors que le guitariste Dr Know et le bassiste Darryl Jenifer souhaitent apporter une dimension plus heavy-metal, HR et son frère, le batteur Earl Hudson, sont manifestement plus intéressés par le reggae et le dub. Le groupe va ainsi connaître de nombreuses séparations-reformations (notamment en 1984, 1987 et 1995).

En dépit de toutes ces embûches, Bad Brains se produit toujours sur scène. Un album, Build a Nation, produit par Adam Yaunch, des Beastie Boys, est d’ailleurs sorti en juin 2007. Mais si leur son est toujours aussi entraînant et percutant, la folie de HR, revenu depuis à un chant reggae plus traditionnel, manque bougrement. Le baril de poudre manque désormais d’une étincelle.

Dessin, texte : Gwendal

Discographie sélective
Banned in DC : Bad Brains’ Greatest Riffs est une introduction parfaite à leur musique. Cette compilation regroupe 22 morceaux, tirés pour leur majorité de leurs premiers albums.
The Youth Are Getting Restless, enregistrement live de leur concert à Amsterdam, lors de la tournée I Against I, en 1987. Un album qui capture avec talent l’essence du groupe sur scène.

Liens

Site officiel
Site Myspace

Edit :
En bonus, ce live en Floride, en 1987, avec un son plus que correct

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