Bill Murray : cinq films pour cerner le génie

octobre 16th, 20121:00 @

8


Bill Murray : cinq films pour cerner le génie

Lost in Translation, Un jour sans fin, SOS Fantômes, Broken Flowers, La vie aquatique. Points communs : deux. Des films excellents. Et Bill Murray joue dedans. De la à en déduire que Bill Murray est excellent, c’est un pas que je franchis allégrement, aidé par mon enthousiasme et mes jugements aussi hâtifs que tranchés. Mais comme nous sommes sur Centrifugue, je laisserai à plus talentueux que moi le soin de vous parler de ces films 1Et votre serviteur de se lancer ainsi dans la présentation de cinq autres longs-métrages méconnus, à tort ou à raison, mais qui nous en apprennent beaucoup sur un grand monsieur au talent aujourd’hui reconnu 2.

– Caddyshack

Caddyshack (1980) est le premier long métrage d’Harold Ramis (Surtout connu pour avoir joué le rôle d’Egon Spengler dans SOS Fantômes et réalisé l’un des meilleurs films de Bill Murray : Un Jour sans fin / Groundhog Day). L’histoire, qui se déroule dans un club de golf, est prétexte à l’enchaînement de gags inspirés par les souvenirs de travail du co-scénariste Brian Doll Murray (Le grand frère de Bill Murray que l’on peut voir en maire dans Un jour sans fin).

Quasiment inconnu en France, le film est devenu culte aux Etats-Unis (notamment, et c’est logique me direz-vous, dans le milieu du golf) 3 et s’est même vu classé en 2000 dans le top 100 de l’American Film Institute (71e place) dans le registre comique.

Bien que le scénario soit un peu décousu, les performances des acteurs (comme Chevy Chase ou Rodney Dangerfield) sont savoureuses. Un modèle du film pour ados, irrévérencieux et enlevé qui ne verse pas dans les excès alcoolisés d’un Animal House (film ceci dit tout à fait recommandable). A l’exception des apparitions de Bill Murray.

Ici dans un rôle secondaire, en tant que responsable de l’entretien des terrains de golf, il se lance dans une chasse au gopher (un spermophile en français, animal qui se rapproche de l’écureuil) digne des affrontements entre Elmer Fudd et Bugs Bunny. Si ses apparitions limitées empêchent d’en faire un “film avec Bill Murray”, Caddyshack, outre le plaisir de la vision, permet de souligner son talent d’improvisateur, comme dans cette scène :

Une faculté à jouer en toute décontraction (mais professionnalisme), qu’il a pu déveloper dans la troupe de théâtre Second City, à Chicago, d’où est sortie la crème de la comédie américaine (de John Belushi à Steve Carrel en passant par Rick Moranis, Dan Akroyd ou Stephen Colbert). Une expérience sur les planches qui sera suivie d’émissions comme The National Lampoon Radio Hour ou le Saturday Night Live.

– Where the Buffalo Roam

Ce qui nous amène au premier vrai film avec Bill Murray, Where the Buffalo Roam, sorti la même année que Caddyshack. Sa principale qualité est d’être le premier à porter le journaliste gonzo Hunter S. Thompson à l’écran, près de 20 ans avant le superbe film de Terry Gilliam, Las Vegas Parano.

Et c’est à peu près tout. En dépit d’un morceau d’entrée de Neil Young, la réalisation d’Art Linson est plate au possible, et en cela plus proche de Michel Drucker que du plus grand contempteur de Richard Nixon. Quant au scénario de John Kaye, basé sur l’article The Banshee Screams for Buffalo, paru dans le magazine Rolling Stone en 1977, il est confus au possible. Ah si, quand même, une autre chose à sauver : Bill Murray (Etonnant, non ?).

C’est simple, Bill Murray est devenu Hunter S. Thompson pour ce film. Bien aidé par l’original, présent en tant que consultant éxécutif 4

Façon de machouiller son fume cigarette, intonation à la limite du compréhensible, attitude chaotique, tout y est. Et l’incarnation par Bill Murray d’en être moins outrée que celle faite par Johnny Depp (même si elle est également appréciable).

Fricoter aussi longtemps avec le pape du gonzo n’est cependant pas sans effets secondaires. De retour sur le plateau du Saturday Night Live, Bill Murray va rester un temps “bloqué” dans le personnage, s’habillant et se comportant comme lui.

Cette rencontre avec Hunter Thompson est d’ailleurs éclairante pour comprendre l’acteur. Comme lui, sous une apparence respectable, voire innoncente, couve l’imprévisible, le chaos. 5

Bref, à l’instar du film de Zappa 200 Motels, c’est un ratage mais, de part son coté improbable, il mérite le visionnage.

A lire : une critique, que je trouve un peu dure, sur Panorama Cinema.

– Scrooged

1984, la consécration. Après son apparition remarquée dans Tootsie, Bill Murray explose tout avec SOS Fantomes 6 Mais c’est également l’année du bide de son premier grand film dramatique, qu’il coscénarise, The Razor’s Edge. Un échec qui le touche et lui fait prendre une retraite temporaire des écrans.

Mis à part un cameo dans le remake de La Petite boutique des horreurs, il faudra attendre la fin des années 80 pour le revoir. Mais en 1988, un an avant le deuxième épisode des aventures des casseurs de fantômes, sort Scrooged. Réalisé par Richard Donner (L’Arme Fatale), voici encore un film dont je n’ai appris l’existence que très tardivement. A tort.

La critique de Gwendal : « Scrooged c’est bien, il y a Karen Allen dedans (et Bill Murray aussi) »

Basé sur l’archi-adapté A Christmas Carol de Charles Dickens, le film bénéficie d’effets spéciaux dans la lignée de SOS Fantômes (La promotion jouera beaucoup sur ce parallèle), d’une musique de Danny Elfman, compositeur pour nombre de films de Tim Burton, de moments totalement absurdes (Steve Austin, l’Homme qui valait trois milliards, venant en aide au Pere Noël !) et la présence de la délicieuse Karen Allen comme premier rôle féminin. Oui, Karen Allen, la Marion des Aventuriers de l’arche perdue. Elle dont le sourire me rend sans défenses, me… hum. Je m’égare…

Oui ! J’oubliais donc de vous parler de Bill Murray dans tout ca. Et dans Scrooged il est, comme on dit outre-Atlantique, on fire. Dans la peau de Franck Cross, président d’une chaine télé, il est détestable à souhait. A coté, le Phil Connors d’Un jour sans fin est un trésor d’amabilité.


Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais louper l’occasion d’en placer un extrait ?

Mais, et c’est là qu’est tout le talent : tout comme dans Un jour sans fin, Bill Murray n’est jamais antipathique. Son ironie et son flegme contre balancent toujours la violence de ses propos et rend d’autant plus touchante la rédemption finale, passage pourtant téléphoné dans une telle adaptation et propre à la guimauve sentimentale.

Alors oui, face à Un jour sans fin, le film souffre d’un scénario banal et qui part un peu dans tous les sens, ainsi que de certains personnages peu creusés mais, pour ceux qui ont déja assisté à la fête de la marmotte autant de fois que Phil Connors, c’est un film à conseiller d’urgence.
A lire : un article de Whitney Pastorek sur EW.com réhabilitant Scrooged.

– Quick Change

Nous arrivons en 1990 avec une autre petite comédie peu connue, Quick Change, qui sera la première, et à l’heure actuelle unique, réalisation (avec l’aide d’Howard Franklin) de Bill Murray.

Débutant par un braquage qui rappellera aux plus anciens Hold Up d’Alexandre Arcady, avec notre Bébel national, trois malfrats (Bill Murray, Randy Quaid et Geena Davis – aaah, Geena, ton regard, ta bouche, tes cheveux… ahum, bref-) tentent par tous les moyens de quitter New York en avion. Bien évidemment tout va se mettre en travers de leur route.

Petite comédie donc par rapport au mètre-étalon Un jour sans fin, mais le film nous livre une vision intéressante de Big Apple, vue comme une ville qui enferme. A ce sujet, je vous recommande de lire cet article de Scott Tobias sur AVclub.com qui pointe un parallèle intéressant avec After Hours de Martin Scorcese.

L’autre point en faveur de sa vision c’est… Bill Murray ! (Oui, c’était dur à trouver). Et particulièrement sa prestation au début du film, symbolique à plus d’un égard. Grimé en clown et avec une mine déconfite, il annonce avec bien des années d’avance sa collaboration avec Wes Anderson, Jim Jarmsuch ou Sofia Coppola. Des réalisateurs qui ont su capter la tristesse sous le masque du clown, la poésie qui peut en ressortir. Un film à avoir pour tout bon fan de Bill Murray (Et vous pouvez le trouver facilement en occase entre 5 et 10 euros)

A lire : une autre critique, de J. D. Lafrance, sur le site Erasing Clouds.

– What about Bob ?


Je vais me répéter une énième fois mais voici une vraie perle injustement méconnue 7. Et je parle aussi bien du film que de son réalisateur : Frank Oz. Co-créateur avec Jim Henson du Muppet Show, il livrera le sombre et splendide The Dark Crystal mais également deux comédies géniales : Dirty Rotten Scoundrels, que j’avais mentionné en vitesse ici, avec Steve Martin et Michael Caine, et donc ce What about Bob ? (Quoi de neuf Bob ? en France)

Patient maudit pour tous les psychiatres new-yorkais, Bob Willey (Bill Murray) est “recommandé” par un confrère au Docteur Leo Marvin (Richard Dreyfuss). Celui-ci, qui n’espérait que de pouvoir profiter de sa résidence au bord de l’eau pour les vacances, va devoir composer avec un patient de plus en plus envahissant.

Parfaitement rythmé, Bill Murray trouve dans ce film un partenaire de choix avec Richard Dreyfuss, dont j’avais déjà pu apercevoir le talent comique dans Les Dents de la mer. Mais dans Quoi de neuf Bob ? il compose à merveille un homme poussé à bout et qui explose, au propre comme au figuré. Et Bill Murray, avec son personnage lunatique et névrosé, de garder son flegme et sa naiveté, faisant encore grandir la rage du docteur. Une comédie à voir.

A lire : Quand je dis que le film est peu connu, cela se voit même sur le net ou je n’ai pu trouver qu’une critique, sympa mais assez courte.

Pour aller plus loin

Voici quelques liens, piochés au gré des mes recherches, qui vous permettront de mieux connaitre ce fabuleux acteur qu’est Bill Murray.

Trois articles tout d’abord. Le premier est un superbe portrait rédigé par Kate Meyers pour EW.com et le second est une interview fleuve, et donc rare, de Bill Murray par Dan Fierman pour le magazine QG. En prime vous pourrez admirer un portrait réalisé par le dessinateur Daniel Clowes. Et enfin une interview croisée sur Ecran Noir avec Bill Murray et Sophia Coppola à l’occasion de la sortie de Lost In Translation.

A regarder également, une émission des critiques Siskel et Ebert, datée de 1984, et consacrée à la star montante de l’époque. Et bien sur, vous pouvez vous rendre sur ma page spéciale sur Keemix, où j’ajoute mes dernières trouvailles sur le monsieur.

Texte : Gwendal

Illustration : redessinée d’après l’oeuvre originale de Skinner, présente dans l’exposition consacrée à Bill Murray.

Bonus
Je n’allais pas vous quitter sans rajouter un extrait d’Un jour sans fin :

– Phiiiiil ?

– Ned !

Et je n’allais pas partir non plus sans rajouter une louchée de SOS Fantomes (avec Sigourney Weaver ! Aaaaah, Sigourney, tes cheveux bouclés, ta force cachée sous des apparences fragiles… Hum, bref.)

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Pour Un jour sans finun super papier de  Simidor sur L’Ouvreuse. Pour Lost in Translation :  un article également très bien fait de Jérôme Dittmar sur Fluctuat. Pour SOS Fantômes, il y a bizaremment peu de choses intéressantes, vous pouvez quand même lire la critique de Nicolas L. sur Scifi-Universe.com et une autre, en anglais, sur JesusFreakHideOut.com. Pour Broken Flowers, un très bon papier de Thomas Sotinel dans Le Monde et un autre presque aussi bon d’Ariane Beauvillard sur Critikat.com. Enfin pour les critiques de La Vie aquatique, vous pouvez lire celle sur Excessif.com et celle de Nicolas Gilli sur Filmosphere.
  2. Une exposition, dont est tirée l’illustration de cet article, vient d’ailleurs de lui être consacrée à la R and R Gallery, à Los Angeles.
  3. Vous pouvez lire à ce propos un article de Slothcar Headbath publié sur Suck. sur la Caddyshack Culture. Edit : et merci à Zython Freezer de m’avoir signalé cette pub parodique de Caddyshack avec Tigers Woods, qui est au passage l’un des films préférés du champion de golf.
  4. Un poste totalement bidon qui, outre un challenge du meilleur imitateur d’Oudini ayant failli coûter la vie à Bill Murray, a permis à ces deux individus d’inventer par la suite un sport original : le shotgun golf, où le club est remplacé par un fusil. Le concept n’a malheureusement pas pris en dehors de ce cercle d’initiés.
  5. En cela ils ne seraient pas si loin, comme le carcajou, du trickster. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous recommander la lecture de cette analyse de McFly sur L’Ouvreuse qui développe cet archétype via l’exemple de La folle journée de Ferris Bueller de John Hugues.
  6. SOS Fantômes qui peut se targuer d’être, avec Robocop et Predator, dans ma liste de films vus plus de 20 fois (c’est vous dire la qualité).
  7. A ce propos, merci à Opération Frisson avec Yannick Dahan de me l’avoir fait découvrir