« Bizaarcore », vous avez dit « Bizaarcore » ? Comme c’est étrange…

septembre 14th, 20121:31 @

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« Bizaarcore », vous avez dit « Bizaarcore » ? Comme c’est étrange…

« Bizaarcore ». Un néologisme dont l’intéret principal (outre de pouvoir clamer qu’il est de mon invention personnelle) est d’englober les quelques groupes dont je m’apprète à vous causer. Six and Violence, Ludichrist, Scatterbrain ou Mucky Pup, des noms peu connus mais qui ont tous en commun l’amour du gros son, la fusion des syles et l’humour, aussi absurde et régressif soit-il. Une bouffée d’air frais dans le milieu hardcore-metal, trop souvent limité à son aspect revendicatif ou sombre.

Six and Violence


Débutons cette visite de l’asile par les patients les plus gravement touchés, à savoir Six and Violence. Fondé dans le Queens, à New York, en 1985, en plein boom hardcore, le groupe n’a jamais réussi à obtenir de succès médiatique 1. Mais il est devenu une légende dans le milieu underground par son approche totalement “autre” de la musique, et notamment ses délires scéniques. Un bric-a-brac total facon gigadessin, voila Six and Violence pour résumer.


Le son étant malheureusement pourri comme pas permis, je vous conseille de regarder la vidéo sans le son et de lancer le morceau juste ici :

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Groupe de hardcore à l’origine, il s’écarte pourtant des canons du genre. Foin de guitariste-chanteur, bassiste, batteur ici. Chez Six and violence vous avez droit à deux chanteurs (le chevelu en djellabah Kurt Stenzel et Paul Gazarra -décédé en 2005- avec son look à la Michael Douglas dans Chute libre) et deux batteurs (le percusionniste Dave Miranda et les cymbalistes Kenneth Kim puis Glenn ”Free” Wilcox). Une formation qui mérite déja le détour. Mais vous pourrez également compter sur du kazoo 2 du tuba et même le flutiau de Ian Anderson, de Jethro Tull.

A trop être génereux, vos oreilles ne sont pourtant pas loin de l’overdose lors dès premières écoutes. Ce brouhaha cède pourtant vite la place à l’euphorie, face à la créativité débordante qui caractérise Six and Violence. Des effets cartoonesques dignes de Spike Jones aux plans alambiqués à la batterie de Dave Miranda, de leur fascination pour la Planète de Singes ou le groupe Devo à l’humour qui traverse leurs paroles (Fascist Icecream, All My Best Friends are Turning into Their Dads), l’univers du groupe est un concentré de culture populaire et bis.

La seule déception avec Six and Violence reste de ne pouvoir qu’entrapercevoir, via quelques rares vidéos, sa véritable folie lors de ses prestations live. Entre balles de golf, hamburgers et bananes qui volent dans le public, nonnes go-go danceuses et gorille sur scène ou destruction d’instruments à la tronconneuse, le spectacle devait être assuré !

Mais séchons nos larmes, le label Dignified Bastard a sorti, en 2007, un double album qui comprend leur discographie complète, avec des rares et inédits ainsi qu’un livret très fourni sur le groupe. Et tout ca pour un prix abordable (26 dollars port compris). Bref, achetez le 3.

Ludichrist

Autre formation new yorkaise, née en 1984, Ludichrist débute lui aussi dans la mouvance hardcore. Mais dès leur deuxième album, Immaculate Deception (1987), ils se tournent vers des sonorités plus metal. Malgré une tournée en Europe avec des groupes comme Bad Brains ou Suicidal Tendancies, Ludichrist ne connut jamais le succès et se séparera deux ans après.

Trop en avance, c’est probablement une des raisons de cet échec. Avec leur maitrise technique, leur humour, leur inventivité (comme la reprise de Rock Box de RUN DMC sur Green Eggs and Jam) et leur groove, Ludichrist a ouvert la voie à la fusion au début des années 90, qui consacrera des groupes comme Rage Against the Machine, Red Hot Chili Peppers ou Faith No more. A ce titre, l’album Powertrip, leur dernier album en date, est un achat chaudement recommandé.

Scatterbrain


Restons dans la Grosse Pomme avec Scatterbrain, qui aurait pu s’appeler Ludichrist 2. Il a en effet été formé en 1989 par le chanteur et le guitariste de Ludichrist, Tommy Christ et Glen Cummings. Continuant dans leur mix improbable, allant de Motörhead au doo-wop en passant par Mozart  4 le groupe obtiendra son petit succès avec le titre Don’t Call me Dude en 1990. Mais l’aventure s’arrêtera à peine quatre ans plus tard. Tout comme Ludichrist, le groupe s’est reformé il y a peu, en 2007, pour une série de concerts. Il n’est pas sûr cependant que ce projet débouche sur un autre album.

Au niveau musical, Scatterbrain continue dans la fusion mais pousse plus loin le coté léger-groovy, avec l’ajout de cuivres par exemple. Cela se fait au détriment du coté thrash-metal mais les plus bourrins d’entre vous pourront toujours se rabattre sur Ludichrist. Niveau discographie vous ne serez pas très embêtés car il n’y a que trois albums disponibles (plus un EP avec trois titres live). Commencez déja par Scamboogery qui a l’avantage, comme Powertrip de Ludichrist, d’avoir une pochette signée par le peintre psyché Robert William.

Terminons ce papier avec deux groupes moins fondamentaux mais tout de même sympathiques. Et poussons un peu plus au sud, vers le New Jersey.

Adrenalin OD

Premier d’entre eux, Adrenalin OD, formé en 1981, a eu l’honneur de livrer un morceau sur la mythique compilation New York Thrash (sur le label ROIR, en 1982) aux cotés de Bad Brains et des Beastie Boys. Et ca se comprend quand on écoute leurs premiers morceaux sur HumungousFungousAmongus, qui n’ont rien à envier en vitesse et en agressivité avec les groupes conseillés par mon collègue Youen. Le groupe adoucira ensuite sa musique, tout en gardant son esprit caustique (notamment avec l’album Cruising with Elvis in Bigfoot UFO), et sera unes des influences du label Fat Wreck Chords, créé par Fat Mike, chanteur du célèbre groupe de punk NOFX 5.

http://www.youtube.com/watch?v=kyp8LiW7Ok8

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consultez ce site ou vous rendre sur Pay No More Than, un très bon blog sur le punk-hardcore. A conseiller également, un live au CBGG en 1895, en deux parties sur Youtube. La qualité d’image n’est pas géniale mais le son est nickel.

Mucky Pup

Je crois qu’ils remportent la palme du style vestimentaire :D

Mucky Pup se forme quant à lui en 1985 et connait le succès dans des circonstances pour le moins originales. Ils remportent en effet un concours de la meilleure adaptation d’une chanson de Billy and The Boingers, groupe imaginaire tiré du comic strip Bloom County.

Le groupe livre un mélange hardcore et de chant hip-hop (mention spéciale pour le très bon morceau Baby) qui les liera d’amitié avec l’un des grands noms du hardcore new yorkais, Biohazard (les chanteurs Billy Graziadei et Evan Seinfeld poussent ainsi la chansonnette sur Three Dead Gophers). On retrouvera ensuite des membres de Mucky Pup dans Dog Eat Dog, qui eut son petit succès au début des années 90 en rajoutant à la formule une pointe de ska.

Pour en savoir un peu plus, vous pouvez lire ce petit article sur le site Coregasm. A titre personnel, Mucky Pup vieillit moins bien que les autres groupes susmentionnés (pour preuve ce magnifique clip) mais leurs morceaux sont encore parfaitement adaptés pour une virée en bagnole. Ce qui est déja pas mal.

Sur ce, je pense que vous avez de quoi remplir vos oreilles pour un temps. Quant aux plus gourmands, vous pouvez toujours réviser vos classiques du thrash ou découvrir les beautés que la débilité a également engendré dans la musique hip hop.

Dessin, texte : Gwendal

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Tellement peu connus, y compris dans le milieu hardcore, qu’il existe, après recherches sur le web, assez peu d’informations ou de documents d’époque. What a shame.
  2. C’est Boulet qui devrait être content.
  3. Tant qu’à faire, prenez aussi l’album de No Redeeming Social Values, bon groupe de hardcore teinté de oï, accessoirement potes à Six and Violence, et inventeurs du « pianocore »
  4. Les démonstrations de virtuosité, via la reprise des morceaux classiques, est une constante amusante dans les groupes “bizarcore”. J’aurais d’ailleurs pu ajouter à ce papier le groupe anglais Toy Dolls, avec sa reprise de la Toccata. Mais cataloguant ce groupe plutot dans le punk classique, ca aurait foutu par terre mon fabuleux néologisme. Ce qui est fâcheux vous en conviendrez. Je me contenterai donc d’ajouter ce morceau qui s’intégrera parfaitement avec l’ambiance doux dingue de ce papier :
  5. Un morceau du groupe est d’ailleurs écoutable sur la compilation Short Music for Short People. Compilation ô combien originale qui regroupe des morceaux punk de 30s maximum (et qui colle parfaitement avec l’esprit d’Adrenalin OD : n’ayant eu droit qu’à 15mn d’enregistrement pour son premier album, le groupe joua le maximum de morceaux à toute vitesse)