Bloodhound Gang – Wolfpac : les chiens fous du white trash

mars 12th, 201212:26 @

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Bloodhound Gang – Wolfpac : les chiens fous du white trash

White trash, « rebut blanc » littéralement. Un terme popularisé par le succès d’Eminem à la fin des années 90 qui regroupe de façon très large les visages pâles oubliés du rêve américain. Musique de la rue par excellence, et dont la popularité à dépassé son origine afro-américaine, le rap est devenu un vecteur évident pour rendre compte de cette réalité sociale. Mais est-il besoin de garder un air concerné-constipé pour balancer ses rimes ? Que nenni ! L’absurde et le bizarre peuvent être des armes tout aussi puissantes pour bouger votre popotin et, par résonance, votre cerveau. Illustration avec Bloodhound Gang et Wolfpac, deux groupes dans la pure tradition white trash, aux parcours antagonistes mais tout autant enthousiasmants.

Branleurs. Le terme est certes un peu vulgaire mais illustre à la perfection, à l’image de la couverture de leur deuxième album One Fierce Beer Coaster (au passage un des premiers albums achetés par votre serviteur), la profession de foi de Bloodhound Gang. Mélangeant rap, riffs metal et rythmiques pop estampillées 80’s, le tout additionné de paroles débiles ou graveleuses (mais toujours dans la bonne humeur), le groupe originaire de Collegeville en Pennsylvanie signe son premier album en 1995, Use Your Fingers, chez la major Columbia Records.

Un album, vendu à 200 000 exemplaires, qui leur ouvre les portes vers une tournée à travers les Etats-Unis. Mais c’est l’année suivante, avec la sortie de One Fierce Beer Coaster, que la popularité de Bloodhound Gang explose, grâce à leur reprise de Fire Water Burn. L’Europe leur ouvre les bras et la sortie en 2000 d’Hooray for Boobies confirme leurs espoirs. Les singles The Bad Touch, Mope (samples de Relax, de Frankies Goes to Hollywood,  et From Whom the Bell Tolls, de Metallica,  le tout saupoudré d’un Pacman sous crack) et Along Come Mary se plaçant en tête des charts, notamment en Allemagne et dans les pays de l’Est.

Un succès qui s’explique beaucoup par l’adéquation du groupe, mené par Jimmy Pop Ali (l’un des seuls survivants de la formation originelle), à l’esprit « MTV ». Clips diffusés à foison et participation aux émissions façon Jackass du skaterboardeur Bam Margera assurent au groupe une médiatisation certaine chez les jeunes branchés. Un mélange d’esprit alternatif et de pose plutôt casse-gueule, car il peut mener très vite au cynisme.

C’est sous-estimer cependant le potentiel de débilité des membres de Bloodhound Gang. Que cela soit via leur site ou leurs interviews 1, ces éternels ados semblent avoir pour seule ligne de conduite le plaisir de jouer, de voyager et de déconner (quitte à avoir le poil dans la main pour nous livrer le successeur d’Hefty Fine). Edit : Bloodhound Gang vient de se sortir (en partie) les doigts du c.. avec un nouvel album : Show Us Your Hits. En partie car cet album est une compilation. Pas trop d’intérêt donc si vous avez déjà leurs autres albums, même si pour les plus mordus vous y trouverez un ou deux nouveaux morceaux.


Un petit duo Jimmy Pop – Daddy Long Legs, tiré du premier album de Bloodhound Gang

Une manière de détourner le système, certes inoffensive, mais qui a le mérite de rappeler à certains le simple plaisir de la déconne. Et quand les morceaux sont bons, c’est du bonus.

Passons maintenant au négatif photo de Bloodhound, son coté obscur : Wolfpac. Formé en 1997 à Red Hill (Pennsylvanie), le groupe entretient de nombreux liens. A commencer par son fondateur, Daddy Long Legs, qui débuta dans la première mouture de Bloodhound Gang, Bang Chamber 8, et assura le chant aux cotés de Jimmy Pop Ali sur Use your Fingers. Il quitte cependant l’aventure après un désaccord avec Columbia Records 2.

Question d’indépendance, qui se concrétisera par l’autoproduction (Suggar Daddy Productions) et l’aide d’une street team pour la promotion. Un fonctionnement similaire à Insane Clown Posse et ses hordes de Juggalos, toujours partant pour faire répandre la bonne parole ou pogoter aux concerts. Les deux groupes cultivent en effet le même univers horrifique et violent, tout droit issu des Contes de la Crypte, mâtiné de hip-hop.

Baptisé du doux nom d’horrorcore, ce mélange de violence, de sexe et d’esprit gangsta a tout pour faire se dresser les cheveux des parents américains moyens. Ca tombe bien, c’est le but, à l’instar du métal dans les années 80. Revers de la médaille, ce n’est pas toujours très fin 3. Prédilection pour les armes à feu, concerts qui virent par moments à du backyard wrestling, galeries et merchandising sexy-porno (via les Girls of Wolfpac), goût de la pose « bad boy », etc. Tout cela a un peu un goût de MTV dégénéré.

Alors pourquoi s’intéresser à ces rebuts de la société ? Pour la musique pardi ! Car Wolfpac arrive à sortir des compos plus chiadées que leurs amis de la galaxie Insane Clow Posse 4. Guitares tronçonneuses façon Misfits, beat bien lourd que n’aurait pas renié Public Enemy, Wolfpac sait également manier les samples pour donner à ses albums une ambiance poisseuse et inquiétante. Et, tel à un clin d’oeil au Bloodhound Gang des débuts, le groupe n’hésite pas à utiliser des choeurs oï, propres à satisfaire l’envie de chanter des auditeurs les plus chargés à la bière. Que demande le peuple ? Encore du son ? C’est parti :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Texte : Gwendal
Photo-albums : Wolfpac / Bloodhound Gang

Discographie :
Concernant Bloodhound Gang, tous leurs albums valent le coup mais si vous êtes plus sensibles au mélange rap-metal, commencez par One Fierce Beer Coaster. Promo MTV aidant, ils sont relativement simples à trouver en magasin. Pour Wolfpac, deux albums sont disponibles, sur iTunes ou en commande sur leur site, Somthin Wicked This Way Comes et Evil is. Tournez vous vers ce dernier, il comporte en effet, en plus des pistes de Somthin, sept autres morceaux.

Sites :
Wolfpac
Bloodhound Gang

Bonus :
Bloodhoung Gang sait aussi animer les maisons de retraites

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Vous pouvez regarder à ce sujet cette interview d’Evil Jared et Jimmy Pop sur NRJ.
  2. Les deux chanteurs restant quant à eux en bons termes, cf le morceau bonus sur Evil Is.
  3. A l’image de Daddy Long Legs qui a légèrement abusé des burgers depuis ses débuts :)
  4. Pour les amateurs, cependant, vous pouvez vous tournez vers Necro, Tech N9ne ou Twiztid. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le mouvement Juggalo, rendez-vous ici ou consultez la série d’articles sur Boing Boing