Bwitologie : le requin (1/2)

août 29th, 201111:28 @

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Bwitologie : le requin (1/2)

Mes chers enfants, bonjour ! Je sais que je vous ai manqué depuis le temps. Mais comprenez qu’un expert comme le professeur Graznok, titulaire de la chaire de bwitologie, est un homme occupé. Je reviens ainsi tout juste d’une observation de la galinette cendrée et, à peine mes jumelles posées, voici que le besoin se fait sentir de vous entretenir d’une nouvelle bêêête, et non des moindres : le requin. Je vois à cet instant la main d’un jeune lecteur de Carpentras se lever pour protester : “Le requin ? Mais tout le monde connait. Et c’est pas cute comme la loutre, ou bizarre comme le carcajou !” Ce à quoi je réponds tout de go “Toi tu t’tires, c’est moi l’chercheur”, histoire de la remettre à sa place. Non mais ho !

Et d’expliquer plus simplement, à un auditoire devenu tout de suite plus attentif, que le requin mérite à coup sûr sa place dans le règne des bêêêtes. Car il n’est autre que l’animal grâce auquel je suis rentré en bwitologie, comme d’autres entrent en religion. Alors prenez place à bord de l’Orca, à la recherche de cet animal mythique. Et espérons que nous ayons un bateau suffisamment grand…

Le requin pour les gens sérieux

Partie ô combien casse gueule et redondante que celle-ci. Car niveau documentation sur le net, vous n’avez qu’à vous baisser pour en trouver. Et la bibliographie est bien fournie, que cela soit pour les adultes 1 ou les enfants 2. Pour la présentation large, je me contenterai donc de cet extrait de ma thèse sur les requins, réalisée à l’âge ingrat du collège. Nous passerons ensuite aux détails amusants.

Beaucoup de gens les craignent, mais peu les comprennent. Ils peuvent être huit fois plus grands qu’un homme ou si petits qu’ils vous tiendraient dans la main. Comme les autres poissons, les requins sont des vertébrés (c’est à dire qu’ils possèdent une colonne vertébrale). Et plus précisement des chondrichtyens 3, ou poissons cartilagineux. Classe qui comprend donc les requins mais également les raies, les poissons scies ou les chimères des abysses.

Tout à fait cher moi-même du passé ! Rajoutons juste pour faire le pédant que l’un de plus petits est le requin nain (15 à 25 cm), le plus grand le requin baleine (jusqu’à 20 m) et que l’on connait actuellement plus de 400 espèces. Ce qui en fait un animal présent un peu partout dans les océans (bords de mer, abysses, récifs ou même rivières). Et bonne baignade à vous.

Un animal qui veut faire son intéressant

C’est cette diversité parmi les requins qui les rend au final fascinants et surprenants. Prenez déjà son mode de reproduction. Même si l’on connait encore peu ce sur ce sujet (et la vidéo plus bas est à ce titre rare), le requin peut être ainsi ovipare (embryon hors de la femelle), vivipare (embryon dans la femelle), ovovivipare (incubation et éclosion à l’intérieur de la femelle) ou même user de la parthénogénèse (multiplication à partir d’une gamète femelle non fécondée).


Etouffement, SM, voyeurisme : exclusif, une sex-tape de requin !

Autre singularité, le requin, au contraire des poissons osseux, ne dispose pas de vessie natatoire afin de se stabiliser dans l’eau (voir vidéo plus haut). A la place, ils utilisent le squalène, une huile présente dans leur foie, dont la densité moindre que l’eau leur permet de flotter 4. Ce qui les oblige à nager en continu pour ne pas couler 5.

Terminons par un autre extrait de ma thèse, à propos d’un organe des plus surprenants (en plus d’avoir un chouette nom) : les ampoules de Lorenzini

Les requins sont très bien équipés pour la chasse et pour leur propre protection. Leur cinq sens sont très développés et ils possèdent, en outre, un autre sens 6 qui leur permet de détecter les impulsions électriques émises dans l’eau. Les flasques ou ampoules de Lorenzini se situent sous le nez du requin et sont douées de propriétés de détection uniques dans le règne animal. Elles ont en effet plusieurs rôles : détecteurs de variation de température et de vibrations, elles repèrent également des variations de salinité, de pression et des changements de champ électrique.

Ca vous en bouche un coin ? Et encore, vous n’avez rien vu. Alors n’hésitez donc pas à aller faire un tour sur quelques uns de ces sites certifiés :
Une chouette page sur le requin sur le site Dinosoria avec plein d’illustrations
– Les sites spécialisés sur le requin, comme Sharktrust ou  Sharklab, qui a marqué 3000 requins pour les observer.

Une espèce en danger

Passons à la partie mauvaise conscience avec la pression humaine que subit le requin. Près de 10% des requins et raies étaient menacées d’extinction en 2008, ce chiffre passant même à 42 % pour la Méditerranée (ce qui a l’avantage de pas gâcher nos congés payés sur la Costa Brava).

Alors certes, les requins ne sont pas les seuls à trinquer mais ils sont particulièrement pénalisés par leur reproduction (gestation lente, faible production d’embryons) et le fait que leurs ailerons sont très prisés dans la cuisine asiatique. Un kilo d’aileron s’achète ainsi aux environs de 500 euros. Ce qui mène à une pêche de plus en plus intensive, à mesure que le revenu moyen augmente dans la région. Et, particulièrement classe, cette récolte d’ailerons se fait via la pratique du finning, consistant à les découper sur les requins vivants, qui sont rebalancés ensuite à l’eau. Aussi drôle que de donner des cours de natation à un homme-tronc.

Si vous voulez en savoir plus, allez jeter un coup d’oeil à ce reportage de Luc Markiw ou sur Sharkalliance, qui regroupe 80 ONG qui travaillent à la protection du requin.

Les bêêêtes parmi les bêtes

Terminons cette partie sérieuse par quelques espèces funky :

Le squalelet féroce

« J’vais t’perforer l’thorax ! »

Comme son nom l’indique, il est petit (40 à 50 cm) et il n’hésite pas à manger du dauphin, du morse, du requin voire même du cachalot. Enfin, manger est un grand mot, ce n’est pas le grandgousier non plus. Ca ressemble plus à un suçon de 5 cm de diamètre sur 7 de profondeur. Un peu comme un testeur plongeant sa sonde à fromage dans une tome d’emmental 7.

Le requin lutin

C’est ce qui s’appelle avoir une sacrée part de brie.

Pour ceux qui doutaient encore de la place du requin parmi les bêêêtes. Le nom en anglais (goblin shark / requin gobelin) reste plus parlant pour les adeptes de jeu de rôle et d’heroic fantasy mais ajoutons que le premier spécimen observé l’a été au Japon, où il a été nommé tenguzame, en référence au Tengu, yokai reconnaissable à son grand nez.

Le grand requin blanc

« Dites 33. »

Difficile d’échapper à celui la, même si j’aurais pu aussi causer de requins aux noms latins merveilleux comme le Rhincodon Typus (Requin baleine) ou le Galeocerdo Cuvier (Requin tigre, alias “la poubelle des mers”).

Mais comment voulez-vous éviter de parler de la mort blanche, du grand blanc, du pointer blanc, de Bruce, bref du Carcharodon carcharias ? C’est le plus fort, le plus balaise, le plus dangereux. Le Conan le Barbare des requins. Le Matrix des fonds marins.

Je passerai cependant sur le côté broyeur de chair/remake de Brain Dead pour vous montrer le grand blanc sous un autre jour :
– Un acrobate de première

– Et qui aime les calins :

Chooonchooooon ! (Copyright : Xis)

Quant à ceux qui veulent mieux les connaitre, direction le site White Shark Trust. Et pour aller les voir en vrai, et pas seulement au cinéma, un autre site : Greatwhiteadventures

Voila donc pour la partie serious business, ce qui va nous permettre de nous pencher sur le mythe du requin ainsi que sa place dans la culture. Mais ce sera pour une prochaine fois !

Texte : Professeur Graznok

Dessins : Gwendal

 

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Les livres de Patrice Héraud par exemple
  2. Comme La petite encyclopédie des requins, de Sheena et Robert Coupe, chez Bordas
  3. à vos souhaits
  4. Cette substance est utilisée par exemple en cosmétique pour ses propriétés hydratantes et cicatrisantes. Cependant, vu la baisse du nombre de requins et le coût induit, cette matière l’est de moins en moins
  5. Certaines espèces plus paresseuses comme les requins tapis préfèrent cependant se poser bien tranquillement au fond. Elles créent alors un courant d’eau pour respirer en attendant qu’une proie passe à leur portée
  6. Un peu comme les Chevaliers du Zodiaque
  7. Merci Stony !