Bwitologie : yokai, bakemono et autres monstres japonais

janvier 10th, 20137:00 @

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Bwitologie : yokai, bakemono et autres monstres japonais

Cela faisait un moment que je n’avais pas reparlé du Japon. Or, tout comme croiser les effluves, c’est mal. Une faute désormais réparée avec un petit sujet sur les yokais. Un terme un peu fourre-tout qui regroupe esprits, démons et autres monstres propres à la culture animiste japonaise. Pas de description exhaustive ici, mais plutot une invitation à la rencontre de ces bêtes étranges, que cela soit par la fenêtre du web, du dessin ou du cinéma. Ikimasho!

Les origines
Comme toute culture populaire, il est difficile de donner une provenance exacte à ces yokais. Mais leur apparition probable provient d’un des premiers peuples ayant foulé le sol japonais, les Aïnous.  Ce panthéon animiste s’est ensuite, avec le temps, enrichi de traditions bouddhistes et chinoises et d’innombrables légendes locales.

Ce qui complique encore plus la tâche pour en donner une définition précise. En utilisant le terme yokai je le fais de manière incorrecte, car il existe de nombreuses catégories au sein de ces esprits.

Le yokai serait donc plus proche d’une apparition, un peu comme la dame blanche en Europe. Mais il existe également l’okabe, ou bakemono, être surnaturel qui a la faculté de pouvoir se transformer. Comme j’y reviendrai plus bas, l’un des plus connus est le tanuki, inspiré du chien viverrin et qui ressemble à un raton laveur. Outre son estomac qui peut servir de tambour, il possède une faculté des plus originales, étirant ses testicules à la manière de Red Richards des Quatres Fanatastiques afin de s’en servir, par exemple, comme d’un filet à poissons. Ca laisse songeur. 1

A cela s’ajoute également l’oni, créature proche de nos trolls ou ogres 2, ou même les tsukumogamis 3, dont l’esprit habite tout objet domestique de plus de 100 ans (Ce qui en fait une tripotée au total).

Cet amas hétéroclite de croyances a commencé à s’ordonner à partir de la période Edo (1603-1867), notamment grâce à la diffusion d’estampes dans la population. Principaux artistes à l’origine de cette imagerie : Toriyama Sekien, le premier a cataloguer le bestiaire japonais, en 1776, dans son recueil La parade nocturne des mille démons (aka Hyakki Yako), Utagawa Kuniyoshi (Auquel un superbe site lui est consacré) et Yoshitoshi Tsukioka (Un site très complet ici à défaut du site japonais, incompréhensible pour votre serviteur). En dehors du dessin, il convient de mentionner également Inoue Enryō qui fut l’un des premiers à catégoriser ces créatures.

Je rajoute à cette liste l’un de mes artistes préférés, Kawanabe Kyōsai (voir ci-dessus), qui casse l’image un peu statique que nous avons de l’art japonais. La encore pas grand chose à se mettre sous la dent en français.  Les anglophones pourront quant à eux se tourner vers cette présentation d’un livre de Joshia Conder et qui propose quelques dessins.

– Les ressources sur le net
Histoire d’en savoir un peu plus sur le monde merveilleux des yokais, voici quelques articles instructifs trouvés au gré de mes recherches.

Généralités
Un article de Scythemantis sur Cracked.com consacré, de manière plus générale, aux monstres japonais. Des infos sur les yokais mais également sur le kaiju eiga et même le hentai (pour lecteurs avertis donc).

Base de données
L’Obakemono Project. Un super site qui recense les principaux esprits japonais. Dommage que le site ne sois plus mis à jour depuis 2009, mais j’aime beaucoup les dessins pour chaque fiche.

D’autres fiches, plus courtes, sont également consutables sur Monstropedia. Mais le site vaut vraiment le coup d’oeil pour ses autres sections. Enfin, pour compléter, le blog Monsters Japan, avec de courts textes et un dessin (même si je suis pas trop fan de son style)

– J’aurais aimé vous conseiller enfin le site de l’Internation Research Center for Japanese Studies qui comporte une section dévolue aux yokais. Mais celle-ci étant en japonais, la encore pas moyen pour moi de l’explorer… En revanche, pour les amateurs du Japon, allez faire un tour sur leurs autres archives en ligne, il ya de quoi faire.

Récits et légendes
Le blog Hyakumonogatari Kaidankai a l’excellente idée de proposer des traductions de légendes à propos des yokais.

– Enfin, toujours à propos de légendes populaires, et bien qu’on s’éloigne un peu du yokai grotesque, un article d’Hiroko Yoda sur CNNGo à propos d’un de ses exemples les plus célèbres : la malédiction de Makasado, le premier samourai.

Coups de coeur
Le blog de Matthew Meyer (qui fut l’un des déclencheurs de cet article) où se trouve une trentaine de posts consacrés aux yokais, avec à chaque fois des textes très instructifs et de superbes dessins (mention spéciale à la loutre en kimono).

– Deux autres blogs résolument indispensables : Pink Tentacle et Monsters Brains. Pas de lien direct avec les yokais mais leurs centres d’intéret respectifs, culture populaire japonaise et monstres, leur ont à de nombreuses occasions permis de s’y intéresser, avec le dénichage de superbes illustrations d’artistes.

– Oeuvres culturelles

Anime

On rentre en terrain plus connu, le succès en France des films d’Hayao Miyazaki 4 aidant. Deux films du maitre à voir à ce propos : Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoke.

L’arbre Miyazaki ne doit pas cependant cacher la forêt. Et niveau anime, vous pouvez découvrir deux autres animes, dans le même esprit bucolique et animiste : Pompoko d’Isao Takahata et Un été avec Coo de Keiichi Hara qui mettent respectivement en vedette les tanukis 5 et le kappa.

Manga
Célèbre au Japon, le dessinateur Shigeru Mizuki est peu connu chez nous. C’est pourtant l’un des fondateurs du manga d’horreur et d’histoires de fantômes et, à ce titre, un très bonne porte d’entrée dans le monde des yokais. Vous pouvez vous tourner vers son titre le plus connu, Kitaro le repoussant, chez Cornelius (9 tomes publiés) mais admirez également le talent du monsieur quand s’en donne la peine avec cette parodie des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō.

Livres

Toujours à propos de Shigeru Mizuki, vous pouvez vous procurer assez facilement son Dictionnaire des monstres japonais en deux volumes, traduit en français et édité par Pika. Plus d’infos sur le site Le comptoir de la BD.

Deux autres bouquins en anglais sinon : Yokai Attack d’Hiroko Yoda, Matt Alt et Tatsuya Morino. Une interview des auteurs est en ligne sur le blog Tokyo Damage Report. Et un ouvrage plus “sérieux” de Laurence C Bush, l’Asian Horror Encyclopedia, dont vous pouvez consulter une version abregée à cette adresse.

Films
On termine par deux films, avec des vrais gens dedans. Tout d’abord la trilogie Yokai Monsters de Kimiyoshi Yasuda, réalisateur de quelques épisodes de Zatoichi. Des films plutôt destinés aux enfants, ainsi qu’aux amateurs d’Ultraman et autres monstres en caoutchouc, mais, si j’en crois ce papier de Brian Thomas, une séance peut se tenter. A noter que le réalisateur Takashi Miike a repris en 2005 le flambeau de cette série avec The Great Yokai War (Deux critiques, contrastées, sur Film de culte et Sueurs froides).

Enfin, histoire de parler vite fait des petites filles aux cheveux sales (mais sans aborder la série The Ring – c’est le blog de la périphérie ici ! :) -), Kwaidan, de Masaki Kobayashi. Nous nous éloignons un peu trop des monstres à mon goût, mais le film ayant raflé le Prix spécial du Jury à Cannes cela a l’avantage de redonner à cet article une aura de respectabilité 6.

Avec tout ca, voici de quoi vous amuser. Je vous quitte (provisoirement) en vous rappelant que vous pouvez également vous balader dans ma galerie Flickr, ou vous pourrez admirer dessins et autres oeuvres d’art en provenance du Japon et d’Asie, et consacrés pour une bonne part aux yokais.

Texte et dessins : Gwendal (Qui remplace le professeur Graznok, parti en expédition, en quête de sa prochaine bêêêête)

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. On peut également citer le Tengu, mi-homme mi-corbeau, que l’on retrouve dans la série animée Samurai Shamploo ou, pour les plus déviants d’entre vous, dans Samurai Pizza Cats.
  2. Doté de cornes et d’une large mâchoire, l’oni n’a, le plus souvent, pas une « gueule de porte-bonheur« . Mais l’on trouve des exceptions, comme la ravissante Lamu
  3. Vous pouvez retrouver des références aux tsukumogamis au sein de la grande parade dans le sublime Paprika de Satoshi Kon (Paix à son âme)
  4. Grâce notamment dans les années 90 à Télérama. Humour
  5. Mais malheureusement pas leur testicules, film familial oblige. Déception…
  6. Perdue depuis dès le début de l’article et cette référence aux testicules des tanukis.