Commando : punchlines, Bennett et testostérone

mai 23rd, 201212:04 @

11


Commando : punchlines, Bennett et testostérone

Il arrive parfois que ton moral se casse. Pour ça, moi j’ai trouvé un remède efficace : la Commando attitude !

Littéralement dopé à la testostérone, farci de punchlines comme seules les années 80 pouvaient nous en procurer, et bénéficiant d’un des plus grands méchants du cinéma, Commando, de Mark L Lester, pousse jusqu’à ses limites le film d’action. A tel point que les portes du nanar ne sont jamais très loin. Petite ode à un film euphorisant.

Note : Cette chronique fut initialement publiée sur l’indispensable Nanarland. Je remercie encore ses créateurs pour m’avoir donné l’insigne honneur d’apporter ma modeste contribution à leur site.

L’histoire

Le Colonel John Matrix (Arnold Schwarzenegger), ancien membre d’un commando d’élite et désormais retiré dans la montagne avec sa fille, Jenny (Alyssa Milano), voit ses anciens camarades mourir les uns après les autres. Mais tout ceci n’est qu’une ruse de son ancien coéquipier, Bennett (Vernon Wells), pour le retrouver et le forcer à remplir une dernière mission : tuer Velasquez, le président du San Carlos, et ainsi permettre au général Arius (Dan Hedaya) de reprendre le pouvoir.

Profitez bien du générique, car ce seront les seuls moments de quiétude avant la fin du film.

La fille de Matrix est prise en otage et ce dernier, escorté par les sbires de Bennett, n’a désormais plus qu’une dizaine d’heures pour accomplir sa mission avant que Jenny ne soit exécutée. C’est cependant mal connaître Matrix, qui va tout faire pour récupérer sa fille, tout en abattant par grappes de dix les sbires qui oseront lui barrer la route.

Cas particulier que celui de Commando car le film ne peut, au premier abord, être véritablement considéré comme un nanar, c’est-à-dire, selon la définition généralement acceptée sur le site de référence Nanarland  : un « mauvais film sympathique ». Réalisé par Mark L. Lester, artisan d’honnêtes séries B (Firestarter, Class of 1984 et Class of 1999 notamment), produit par le célèbre Joel Silver (Die Hard, Predator, L’Arme fatale, etc.), Commando bénéficie pour sa bande-son du tout aussi célèbre James Horner et d’un casting plus qu’honorable : Vernon Wells (Mad Max 2, L’Aventure intérieure, Fortress), Bill Duke (Predator) ou David Patrick Kelly (Les Guerriers de la nuit). Le film se suit sans aucune baisse de rythme et ne perd rien de son impact après plusieurs visionnages.

Cependant, en tant que film d’action qui assume jusqu’au bout son scénario rachitique (au prix de nombreuses invraisemblances), Commando provoque à sa vision le même sentiment d’absurde qu’un nanar et, à ce titre, mérite à coup sûr un visionnage entre amis.

Le générique, un modèle de mise en valeur du héros.

Matrix, le personnage principal, nous est décrit dès le départ comme un soldat d’élite monolithique que rien, mais alors strictement rien, ne peut arrêter. Dévaler une pente à toute berzingue dans un 4×4 sans frein, sauter du train d’atterissage d’un avion au décollage, briser des flics en deux ou démastiquer des sbires moustachus avec l’arsenal de la Garde nationale semble aussi naturel et facile pour lui que d’aller chercher une baguette de pain à la boulangerie du coin.

Le dévouement des valeureux représentants de l’ordre : aussi inconscient qu’inutile face à John « en silence et en douceur » Matrix.

Sorti la même année que Rambo 2 (1985), Commando joue la surenchère dans l’action et l’iconisation de son héros invincible. Mais la différence est qu’avec son rythme trépidant (conséquence du compte à rebours avant que sa fille ne soit tuée), il oblige le spectateur à accepter des exploits invraisemblables dont les punchlines, qui rythment ces péripéties, ne font que renforcer le côté too much. Pas question ici de craindre un quelconque échec de sa part (comme dans un Die hard par exemple) : avec la force tranquille d’un rouleau-compresseur, le héros va tracer son chemin jusqu’au combat final contre son ennemi juré Bennett, et le spectateur n’a dès lors plus qu’à se caler dans son fauteuil et admirer le travail d’un professionnel.

Un vendeur de voiture ? Où ça ?

Sully (David Patrick Kelly) : une certaine idée de la classe.

L’élément central du potentiel nanar du film réside en effet dans ce que l’on pourrait appeler la « commando attitude » des personnages, pour reprendre l’expression utilisée par un ancien Premier ministre français. Cela consiste à assumer pleinement son rôle et sa mission, sans jamais se départir de son assurance. Et malheur au pauvre hère qui aura l’idée incongrue de croiser le chemin d’un des personnages.

Un sbire de Bennett doit liquider quelqu’un ? Pas de problème ! Une punchline, une rafale et c’est réglé. Sully veut draguer une femme ? Une clope, un costume qui claque, un sourire de loverboy et c’est dans le sac (enfin presque). Cooke veut une voiture ? Il la prend, explose une vitrine, une voiture (grâce au « virage commando », voir plus bas) et un coéquipier de Matrix au passage. Un hydravion ne veut pas décoller ? Un bon coup-de-poing sur le tableau de bord et c’est parti. Voilà la « commando attitude » ! Même la frêle et sans défense Jenny (Alyssa Milano) a la « commando attitude », n’hésitant pas à envoyer valdinguer l’autorité, qu’elle vienne du supérieur de Matrix, le général Kirby (« Vous avez un mandat ? »), ou du général Arius (« Ca sera encore plus chouette de le voir buter votre sale gueule ! »).

Le fameux « virage Commando », que l’on peut reproduire à loisir sur Gran Turismo ou GTA.  En haut, Cooke et en bas, Matrix. Remarquez comme ils partent tous les deux volontairement en sous virage pour percuter la voiture du pauvre pékin arrivant en face, et ainsi se remettre dans l’axe de la route sans la moindre perte de vitesse. Du grand art.

J’ai intenté un procès à mon costumier, et mon coiffeur a fait appel…

Non, Henrique, ton sacrifice n’aura pas été vain car ta mort restera gravée dans les mémoires avec ce fabuleux « jeté de bras ».

Mais ce qui fait que l’on se rappelle encore de Commando bien longtemps après, l’œil embué par des larmes de rire, c’est d’avoir un bad guy, que dis-je, LE bad guy à même d’en rajouter encore plus que Matrix dans les scènes barrées : Bennett.

Bennett, sourire en coin et cotte de maille apparente. Enfin un homme qui aime son métier.

Vernon Wells (Wez dans Mad Max 2 pour les connaisseurs) doit cependant ronger son frein pendant une bonne partie du métrage niveau action. Obligé de se coltiner des soldats incapables et de faire la baby-sitter (c’est pas génial pour un soldat d’élite qui « aime un peu trop donner la mort »), il rétablit l’équilibre par ses répliques et son ironie. Sûr de lui, il n’hésite pas à remettre à sa place un troufion et le général Arius, qui pensent avoir une quelconque chance de survivre.

– Troufion : « Une lame de couteau dans une gorge d’enfant, ça s’enfonce comme dans du beurre. »
– Bennett : « Toi, tu me ranges ce couteau et tu fermes ta gueule. »

Bennett sait que tout le monde va crever dans le palais, dans des gerbes de sang et des râles d’agonie. La seule question qui importe étant « quand ?». De plus, à l’instar d’un Clarence Boddicker (Robocop) ou d’un Richter (Total Recall), Bennett est un bad guy qui aime son boulot. Un artisan qui a gardé le goût des choses simples. Pas de prêchi-prêcha avec lui, voir les gens souffrir c’est sa came.

A ronger son frein pendant tout le film, Bennett est un tantinet sur les nerfs.

L’apothéose interviendra lors du duel Matrix-Bennett, où ce dernier en arrive à un tel niveau de jouissance à l’idée de planter son couteau dans le bide de son rival qu’on ne peut s’empêcher d’y voir quelques sous-entendus équivoques, la panoplie de Bennett aidant (bottes et pantalon en cuir, cotte de mailles et moustache achèvent d’en faire une sorte de sosie testostéroné du chanteur de Queen).

Enfin, de manière plus générale, Commando offre aussi l’occasion pour le nanardeur novice de pouvoir apprécier, au détour des scènes, de nombreux éléments qui font le charme du nanar véritable, avec son cortège chatoyant de mannequins en mousse, trampolines, figurants débiles et autres maquettes en balsa. Le site commandofans.com en a d’ailleurs dressé une liste exhaustive. Ce qui a l’avantage de permettre un nombre important de visionnages avant de cerner la totalité de cette œuvre ultime qu’est Commando.

Encore un suicide inexpliqué de mannequin en mousse (à noter également : le fabuleux cri de Sully, notamment dans la version originale et son GOULALAAAAA inimitable).

LE plan nichon à ne pas rater dans le film. L’actrice, Ava Cadell, est depuis devenue sexologue et est intervenue dans de nombreux talk-shows aux Etats-Unis dans les années 90.

Branscombe Richmond, alias Bobby Sixkiller, paie les traites de sa voiture et nous offre au passage un hommage avant l’heure à Metal Gear Solid en se faisant expédier fissa dans un placard.

Une maquette filmée sous différents angles pour accentuer les ravages de Matrix. On notera la présence de jolies effigies de soldats en carton (et le fait que les bâtiments explosent de l’intérieur alors que les charges sont disposées à l’extérieur).

Voltige, coordination, débilité profonde. Devenir chair à canon demande un entraînement de tous les instants.

Antichambre vers le nanar, Commando a donc ceci d’exceptionnel qu’il combine à merveille bon film d’action, buddy-movie efficace (avec le duo Matrix-Cindy), jeux d’acteur jubilatoires et ce grain de folie que d’autres, avec des moyens et un talent moindres, ont cultivé à leur façon pour nous offrir des plantes beaucoup plus biscornues. On peut regretter que Mark Lester soit demeuré dans l’ornière de la série B, avec des machins comme Ptérodactyles ; on n’est jamais prophète en son pays.

Les spectateurs qui seront conquis par l’atmosphère absurdo-parodique de « Commando » pourront en suite, sans hésiter, s’envoler vers des contrées plus étranges. En quête de l’ultime nanar.

Edit : vous pouvez désormais retrouver sur ma galerie Flickr une sélection d’images et de gifs tirés du film :)

Texte : Gwendal

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :