Dischord Records : le noyau dur de Washington DC 2/2

février 21st, 20122:34 @

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Dischord Records : le noyau dur de Washington DC 2/2

Deuxième partie (tardive –oui je sais, c’est mal mais on verra quand vous devrez faire un transfert de connexion chez Orange…-) de notre petite introduction au monde merveilleux du hardcore en provenance de Washington DC, et rencontre avec le emocore 1. Aujourd’hui synonyme de musiciens adeptes du rimmel, de la mèche savamment travaillée et de compositions sur le malaise de la puberté (Ca pour résumer), le emocore fut pourtant une énorme bouffée d’air frais pour la scène hardcore de DC, alors que l’enthousiasme des premières années faisait place au doute.

Après l’explosion de début 80, la scène hardcore marque le pas. Minor Threat et Bad Brains, deux des groupes phare, s’arrêtent (respectivement 1983 et 1984) mais, plus pernicieux, la violence jusqu’ici canalisée par la musique déborde. Les codes (vestimentaires, musicaux) et les termes de respect, d’honneur ou de puissance liés au concept de scène ont tendance à cloisonner les esprits. Symbole de ce changement, la présence de plus en plus grande aux concerts de skinheads nationalistes et/ou racistes.

Note : attention, Youth of Today n’est pas du tout un groupe facho, mais cette vidéo vous donne un aperçu de l’engagement physique des teenagers de l’époque (et des débordements possibles).

Les réactions à cette situation seront multiples pour le hardcore : passage vers le mainstream (comme 7 Seconds), fusion avec le metal (à Boston et New York notamment), radicalisation politique ou « morale » (grindcore, crust, straightedge),…  Mais DC va prendre son public à rebrousse-poil avec le emocore.

Pas de changement fondamental dans l’esprit, avec toujours cette culture DIY et ce besoin d’indépendance, mais un questionnement sur l’énergie qui caractérise le hardcore. Jouer le plus vite et le plus fort, la formule avait créé de vraies pépites au début des années 80. Mais également des frustrations. Le genre devenait de plus en plus codifié (et donc limité) et la rage et la colère qui s’en dégageaient ne pouvaient résumer à elles seules tout le spectre des émotions, ses nuances, qui habitaient les musiciens.

Ce virage va s’opérer dès 1984 à Annapolis (près de Washington DC) avec le groupe Husker Du mais c’est à DC que le emocore va décoller. Gray Matter, Soulside, Dag Nasty (déja présent au commencement), Shudder to Think… autant de groupes à l’origine du Revolution Summer. Le rythme se pose, les guitares gagnent en importance, le chant devient plus fragile (mais toujours contrebalancé par des accès de violence). Le changement est radical pour le public habitué au mosh, et l’incompréhension n’est jamais loin (ne vire t-on pas vers la pop honnie ?). Mais ces expérimentations permettent de déployer un univers gigantesque.

Deux groupes vont d’ailleurs en être les meilleurs représentants : Embrace 2 et Rites of Spring. Le premier d’entre eux n’est autre que la nouvelle formation de Ian McKaye. Avec son frère Alec,  accompagné des anciens membres de The Faith, le groupe ne sortira qu’un album éponyme mais fondateur. Rien de pourtant définitif dans leur musique, mais la voix de McKaye, ses intonations, et les sujets qu’il aborde (le deuil, le doute, le rejet de la violence) emportent les suffrages.

Rites of Spring 3 ne bénéficiait pas quant à lui de l’aura du « pape du hardcore » McKaye. Composé d’inconnus, le groupe va cependant frapper les esprits. Plus que la sortie d’un unique album (lui aussi éponyme), ce sont les prestations scéniques qui retiennent l’attention. Instruments fracassés, fleurs jetés dans le public, chanteur (un dénommé Guy Picciotto) à la sensibilité extrême, au chant torturé et chargé comme une pile sur scène : l’esprit du hardcore, celui qui vous remue les tripes, renait.

Si le public est au départ décontenancé, de plus en plus de groupes vont s’approprier cette approche « emo ». C’est le cas du groupe Hated, également à Annapolis, et surtout de Moss Icon qui accentue le rôle des guitares. Moss Icon lève également le pied au niveau rythmique mais, ce qui pourrait rebuter a priori l’amateur de hardcore, renforce d’autant plus les passages agressifs. La formule développée par Moss Icon va finalement lui permettre d’aligner les concerts. Au point de devenir pour les puristes le véritable iniateur du mouvement emo.

Cependant, cette révolution sonique va connaitre son apogée avec Fugazi. Ce groupe fut d’abord une claque similaire à celle assenée par les Beastie Boys à votre humble rédacteur, mais surtout il pourrait résumer à lui seul l’identité de la scène de DC. Element le plus visible de cette assertion, la présence de l’inévitable McKaye. Un label AOC qui rassure certes l’auditeur mais il faut surtout y voir la fin d’une quête pour lui (même si le bonhomme reprendra la route plus tard avec The Evens).

The Word – demo version (1987) ou comment calmer son monde avec un premier morceau

Toujours accompagné du batteur Brendan Canty, il trouve enfin l’alchimie avec le bassiste Joe Lally et un deuxième chanteur-guitariste, le susmentionné Guy Picciotto. Le coté sentencieux de McKaye décrié par certains trouve dans Fugazi un magnifique contrepoint avec Picciotto, vipérin, torturé. Un peu comme si Chuck D de Public Enemy avait trouvé enfin son Flavor Flav 4.

Fugazi – Long Division (extrait du documentaire Instrument de Jem Cohen, où vous pourrez voir le superbe enchainement sur le morceau Runaway Return)

Autre changement radical, Fugazi n’est plus la énième formation de McKaye, son nouveau bébé. Le groupe se veut le plus démocratique, le plus libre possible. A commencer par les compositions. Comme l’explique Picciotto dans une interview de Mark Prindle, les premiers morceaux furent composés par McKaye mais « après, de plus en plus de membres se sont impliqués dans l’écriture. J’ai d’abord commencé puis ce fut le tour de Joe et maintenant nous écrivons tous« . Et que l’on n’oublie pas Brendan Canty qui n’hésite pas à quitter ses futs pour s’attacher aux partitions de guitare et de basse.

Un processus qui se manifeste également sur scène 5 comme le détaille Picciotto dans une interview de Chris Nelson.  » Nous n’utilisons pas de set list. Nous nous accordons sur la première chanson et à partir d’elle nous la produisont. Il y existe un schéma de base, dans le sens où nous alternons les voix. Celui dont c’est le tour de choisir la nouvelle chanson incorpore au morceau un indice qui va permettre la transition. Tu essaies alors de regarder les autres et d’attraper leur regard. A tout moment, chaque membre peut démarrer une chanson de notre répertoire. Il est très important que chacun soit au point sur chaque album et chaque morceau. Cela devient un jeu : vous essayez d’en choisir une que vous n’avez pas jouée depuis 4 ou 5 concerts, juste pour voir si tout le monde la connait sur le bout des doigts. » Une règle qui entraine une maitrise de leur instrument incomparable, pour notre plus grand bonheur… et qui oblige le fan transi à dénicher sans cesse de nouveaux enregistrement live.

Mais pour le public de l’époque, ceci renforce également le lien avec le groupe. Il devient le témoin d’une représentation unique qui ne doit pas être gachée par quelques types sans cervelle (écouter à ce propos les morceau Rend it et Bad mouth sur le live au Crystal Ballroom, où le groupe n’hésite pas à s’arrêter de jouer pour calmer certains d’entre eux). A ce titre, McKaye répugne à jouer sans voir le public : « Je veux jouer pour des gens. Je veux essayer d’interagir avec eux, et pas seulement en leur criant dessus. Je veux qu’ils sachent que je suis dans la salle avec eux. Et je souhaite qu’ils soient dans la salle avec moi« . Etre une personne, un individu. Et pas un type dans le noir qui se prend un mauvais coup de ranger dans la tête.

Que l’on se rassure, il est malgré tout encore possible d’apprécier Fugazi sans avoir à emprunter une De Lorean (ou arpenter le site Archive.org). C’est l’avantage de l’album et, cela tombe bien, le groupe en est conscient. Finis donc les enregistrements à l’arrache des débuts du hardcore et place à un vrai travail de studio dont Red Medicine est le symbole. Un album, selon une interview de Chris Summerlin sur Diskant, pensé comme « un effort pour arrêter de traiter le studio comme un rendez-vous chez le docteur : désagréable mais nécessaire. Cette fois nous avons décidé de le produire nous même et d’étendre un peu notre palette en incorporant des exercices sur bande ou des démos 8 pistes, comme autant de strates. Nous avons également enregistré chaque chanson séparement de façon à ce qu’elles sonnent chacune d’une manière particulière. » Un travail expérimental qui aboutira à des perles comme End Hits ou The Argument.

Enfin, ce qui donne à Fugazi toute son aura, près de 10 ans après leurs adieux, est l’intégrité qui a conditionné toute leur carrière. Autoproduits, gérant eux-mêmes l’organisation des concerts (du booking aux lumières), jouant dans toutes les salles (de la salle de YMCA à la maison d’un particulier) et toutes les villes, même la plus petite, à des tarifs abordables (jamais plus de 5$), apportant leur soutien via des concerts à des associations (Emmaus Services for the aged, Latin American Youth center), Fugazi démontre qu’il est possible de combiner succès (plus d’un million d’albums vendus à leur actif) et fidélité à l’esprit underground 6.

La flemme, le manque de connaissances et de groupes marquants (ainsi que la peur de dépasser les 20 000 signes) m’empêchent de pousser plus en avant notre aperçu de la scène de DC dans les années 90-2000. Mais vous pouvez toujours dénicher les nouveaux talents sur le site de Dischord ou jeter un oeil sur le genre qui lui succédera : le screamo. Cependant, en guise de compensation, et en gage de respect envers les groupes dont je n’ai pas pu parler, voici une playlist qui vous changera de la oï ou du crust :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Texte : Gwendal

Liens

Si vous voulez en savoir plus sur le emocore, je vous conseille de vous rendre sur la page d’Andy Radin qui offre un très bon résumé. Sinon, comme pour la première partie de cet article, faites un tour sur le site de Dischord Records.

Bibliographie

Pas de livres à ma connaissance en français, il faudra donc se tourner vers Dance of Days de Mark Anderson et Mark Jenkins (quelques pages sont visibles sur Googlebooks), American Hardcore de Steven Blush (interview de l’auteur ici) et Our Band Could Be Your Life de Michael Azerrad (une chronique en français du bouquin est lisible sur le blog Wonderflu). Edit : un très bon documentaire à voir également, American Hardcore, the History of American Punk-rock par Paul Rachman et Steven Blush.

euxième partie (tardive -oui je sais, c’est mal-) de notre petite introduction au monde merveilleux du hardcore en provenance de Washington DC, et rencontre avec l’emocore. Aujourd’hui synonyme de musiciens adepte du rimmel, de la mèche savamment travaillée et de compositions sur le malaise de la puberté (Ca pour résumer : http://images.ebaumsworld.com/2007/09/emofag3er.jpg ) le emocore fut pourtant un énorme bouffée d’air frais pour la scène hardcore de DC, alors que l’enthousiasme des premières années faisait place au doute.

Après l’explosion de début 80, la scène hardcore marque le pas. Minor Threat et Bad Brains, deux des groupes phare, s’arretent (respectivement 1983 et 1984) mais, plus pernicieux, la violence jusqu’ici canalisée par la musique déborde. Les codes (vestimentaires, musicaux) et les termes de
de respect, honneur ou de puissance liés au concept de scène cloissonent les esprits. Symbole de ce changement, la présence de plus en plus grande aux concerts de skinheads nationalistes (2) (lire à ce sujet http://www.havocrex.com/press/article/1/57 l’article de Felix Von Havoc dans Maximum Rock n’roll).

Les réactions seront multiples : passage vers le mainstream (comme 7 seconds), fusion avec le metal (à Boston et New York notamment), radicalisation politique ou « morale » (grindcore, crust, straightedge),…  Mais DC va prendre son public à rebrousse poil avec le emocore.

Pas de changement fondamental dans l’esprit, avec toujours cette culture DIY et ce besoin d’indépendance, mais un questionnement sur l’energie qui caractérise le hardcore. Jouer le plus vite et le plus fort, la formule a créé de vraies pépites. Mais également des frustrations. Musicalement, le genre devenait de plus en plus codifié (et donc limité) et la rage et la colère qui s’en dégageaient ne pouvaient résumer à elles seules tout le spectre des émotions, ses nuances.

Ce virage va s’opérer dès 1984 à Annapolis (près de Washington DC) avec le groupe Husker Du mais c’est à DC que le emocore va décoller. Gray Matter, Soulside, Dag Nasty (déja présent au commencement), Shudder to Think… autant de groupes à l’origine du Revolution Summer (http://en.wikipedia.org/wiki/Revolution_Summer). Le rythme se pose, les guitares gagnent en importance, le chant devient plus fragile (mais toujours contrebalancé par des accès de violence). Le changement est radical pour le public habitué au mosh, et l’incompréhension n’est jamais loin (ne vire t-on pas vers la pop honnie ?), mais ces expérimentations permettent de déployer un univers gigantesque.

Deux groupes vont d’ailleurs en être les meilleurs représentants : Embrace ( http://www.sputnikmusic.com/album.php?albumid=14575 et http://www.markprindle.com/embrace.htm ) et Rites of Spring. Le premier d’entre eux n’est autre que la nouvelle formation de Ian Mckaye. Avec son frère Alec,  accompagné des anciens membres de Faith, le groupe ne sortira qu’un album éponyme mais fondateur. Rien de pourtant défintif dans leur musique, mais la voix de Mc Kaye, ses intonations, et les sujets qu’il aborde (le deuil, le doute, le rejet de la violence) emportent les suffrages.

Rites of Spring  (http://www.metalorgie.com/punk/groupes.php?id=2114
et http://oldpunks.blogspot.com/2006/03/review-rites-of-spring-end-on-end.html) ne bénéficiait pas quant à lui de l’aura du « pape du hardcore » Mc Kaye. Composé d’inconnus, le groupe va cependant frapper les esprits. Plus que la sortie d’un unique album (lui aussi éponyme et à la qualité indéniable), ce sont les prestations scéniques qui retiennent l’attention. Instruments fracassés, fleurs jetés dans le public, chanteur (un dénommé Guy Picciotto) à la sensibilité extrême, au chant torturé et chargé comme une pile sur scène : l’esprit du hardcore, celui qui vous remue les tripes, renait.

http://www.youtube.com/watch?v=Ge8ucvLYLRc

Rites of Spring For want of

Si le public est au départ décontenancé (ne virerait on pas vers la pop honnie ?), de plus en plus de groupes vont s’approprier cette approche « emo ». C’est le cas du groupe Hated, également à Annapolis, et surtout de Moss Icon qui accentue le role des guitares. Moss Icon lève également le pied au niveau rythmique mais, ce qui pourrait rebuter a priori l’amateur de hardcore, renforce d’autant plus les passages agressifs. La formule développée par Moss Icon va finalement lui permettre d’aligner les concerts. Au point de devenir pour les puristes le véritable iniateur du mouvement emo.

Cependant, cette révolution sonique va connaitre son apogée avec Fugazi. Ce groupe fut d’abord une claque similaire à celle assenée par les Beastie Boys à votre humble rédacteur, mais surtout il pourrait résumer à lui seul l’identité de la scène de DC. Element le plus visible de cette assertion, la présence de l’inévitable Mc Kaye. Un label AOC qui rassure certes l’auditeur mais il faut surtout y voir la fin d’une quête pour lui (même si le bonhomme reprendra la route plus tard avec The Evens).

http://www.youtube.com/watch?v=jtXTUA763o4 06 – The word – Fugazi first demo tape (1987) ou comment calmer son monde avec un premier morceau

Toujours accompagné du batteur Brendan Canty, il trouve enfin l’alchimie avec le bassiste Joe Lally et un deuxième chanteur-guitariste, le susmentionné Guy Picciotto. Le coté sentencieux de Mc Kaye décrié par certains trouve dans Fugazi un magnifique contrepoint avec Picciotto, vipérin, torturé. Un peu comme si Chuck D de Public Enemy avait trouvé enfin son Flavour Flav (3).

raaaah, y a break aussi

http://www.youtube.com/watch?v=qRpTf27WtTM

http://www.youtube.com/watch?v=kLD-2o5fkSo (terrible avec la nana)

http://www.youtube.com/watch?v=ZsKPFHg5NkA long division fugazi

http://www.youtube.com/watch?v=apuLs_ayKRM shut the door putain de montée expérience sonique

upper waiting room des peels sessions plus version live http://www.youtube.com/watch?v=SGJFWirQ3ks

arpeggiator

Autre changement radical, Fugazi n’est plus la énième formation de Mc Kaye, son nouveau bébé. Le groupe se veut le plus démocratique, le plus libre possible. A commencer par les compositions. Comme l’explique Picciotto dans une interview de Mark Prindle, les premiers morceaux furent composés par Mc Kaye mais « après, de plus en plus de membres se sont impliqués dans l’écriture. J’ai d’abord commencé puis ce fut le tour de Joe et maintenant nous écrivons tous ». Et que l’on n’oublie pas Brendan Canty qui n’hésite pas à quitter ses futs pour s’attacher aux partitions de guitare et de basse.

Un processus qui se manifeste également sur scène (4).  » Nous n’utilisons pas de set list. Nous nous accordons sur la première chanson et à partir d’elle nous la produisont. Il y existe un schéma de base, dans le sens où nous alternons les voix. Celui dont c’est le tour de choisir la nouvelle chanson reprend la main et y incorpore un indice qui va permettre la transition. Tu essaies alors de regarder les autres et d’attraper leur regard. A tout moment, chaque membre peut démarrer une chanson de notre repertoire. Il est très important que chacun soit au point sur chaque album et chaque morceau. Cela devient un jeu : vous essayez d’en choisir une que vous n’avez pas jouée depuis 4 ou 5 concerts, juste pour voir si tout le monde la connait sur le bout des doigts. » Une règle qui entraine une maitrise de leur instrument incomparable, pour notre plus grand bonheur… et qui oblige le fan transi à dénicher sans cesse de nouveaux enregistrement live.

Mais pour le public de l’époque, ceci renforce également le lien avec le groupe. Il devient le témoin d’une représentation unique qui ne doit pas être gachée par quelques types sans cervelle (écouter à ce propos les morceau Rend it et Bad mouth sur le live au Crystal Ballroom, où le groupe n’hésite pas à s’arreter de jouer pour calmer certains d’entre eux). A ce titre, il répugne ainsi à jouer sans voir le public : « Je veux jouer pour des gens. Je veux essayer d’interagir avec eux, et pas seulement en leur criant dessus. Je veux qu’ils sachent que je suis dans la salle avec eux. Et je souhaite qu’ils soient dans la salle avec moi ». Etre une personne, un individu. Et pas un type dans le noir qui se prend un mauvais coup de ranger dans la tete.

Que l’on se rassure, il est malgré tout encore possible d’apprécier Fugazi sans avoir à emprunter une De Lorean ou arpenter le site Archive.org (http://www.archive.org/details/Fugazi ). C’est l’avantage de l’album et, cela tombe bien, le groupe en est conscient. Finis donc les enregistrements à l’arrache des débuts du hardcore et place à un vrai travail de studio dont Red Medicine est le symbole. Un album qui pensé comme « un effort pour arreter de traiter le studio comme un rendez-vous chez le docteur : désagréable mais nécessaire. Cette fois nous avons décidé de le produire nous meme et d’étendre un peu notre palette en incorporant des exercices sur bande ou des démos 8 pistes, comme autant de strates. Nous avons également enregistré chaque chanson séparemment de facon à ce qu’elles sonnent chacune d’une manière particulière. » Un travail expérimental qui aboutira à des perles comme End hits ou On the kill taker.

Enfin, ce qui donne à Fugazi toute son aura, près de 15 ans après leurs adieux, est l’intégrité qui a conditionné toute leur carrière. Autoproduits, gérant eux-memes l’organisation des concerts (du booking aux lumières), jouant dans toutes les salles (de la salle de YMCA à la maison d’un particulier) et toutes les villes, meme la plus petite, à des tarifs abordables (jamais plus de 5$), apportant leur soutien via des concerts à des associations (Emmaus Services for the aged, Latin American Youth center), Fugazi démontre qu’il est possible de combiner succès (plus d’un millions d’albums vendus à leur actif) et fidélité à l’esprit underground (5).

La flemme, le manque de connaissances et de groupes marquants (ainsi que la peur de dépasser les 20 000 signes) m’empechent de pousser plus en avant notre aperçu de la scène de DC dans les années 90-2000. N’étant pas mesquin, je vous conseille cependant de vous tourner vers Armor for sleep, Underoath, Shudder to Think ou Jawbox si vous souhaitez vous faire une idée. Quant aux productions les plus récentes, direction le site de Dischord qui continue de dénicher les nouveaux talents made in DC. Et, en guise de compensation, et gage de respect envers les groupes dont je n’ai pas pu parler, voici une playlist qui vous changera de la oï ou du crust.

2E PARTIE

(3) Une superbe comparaison qui n’est pas de moi mais du sieur Picciotto (http://www.markprindle.com/picciotto-i.htm
4) Deux documents indispensables à ce propos : http://www.fugazibook.com/ livre de Friedman (déja mentionné ici) ainsi que la sublime vidéo Instrument (diffusée en son temps au Moma, excusez du peu)
(5) Pour vous rendre compte de l’impact de Fugazi, je vous conseille de lire le papier de Jason Farell à propos de l’album In on the kill Taker http://www.aquariumdrunkard.com/2009/02/25/scratch-the-surface-in-on-the-kill-taker/, le témoignage de Craig Sharp, du groupe Ice Sea Dead People, à propos de leur influence http://artrocker.tv/features/article/fanbase-3-ice-sea-dead-people-on-fugazi, ou de vous rendre sur ce site qui regroupe une vingtaine d’interviews et de chroniques http://www.geocities.com/drawcamp/addict98.htm
http://www.nplusonemag.com/what-youve-done-my-world texte tiré de Heavy Rotation: Twenty Writers on the Albums That Changed Their Lives de Peter Terzian
LIENS
Sites :
http://www.mesaverde.co.uk/mp3/
http://www.fourfa.com/
Dance of Days by Mark Anderson and Mark Jenkins, a history of punk rock in Washington DC, American Hardcore by Steven Blush, a history of the early ’80’s hardcore scene as told by folks who were there, and Our Band Could Be Your Lifeby Michael Azerrad, which takes a look noted independent rock acts like Minor Threat, Black Flag the Minutemen, Mission Of Burma, Fugazi, and others.

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. . Un terme à prendre, y compris sur la période dont nous parlons, avec des pincettes. La plupart des fondateurs du mouvement trouvent en effet le terme emocore ridicule ou réducteur, à commencer par Picciotto (cf interview de Mark Prindle) et Mc Kaye (cf cette vidéo).
  2. A propos d’Embrace, vous pouvez vous rendre sur Sputnik Music pour une chronique de leur album ou sur le site de Mark Prindle.
  3. A lire, une chronique sur Metalorgie et un article sur The Old Punks blog.
  4. Une superbe comparaison qui n’est pas de moi mais du sieur Picciotto (ici pour être précis)
  5. Deux documents indispensables à ce propos : le livre de Glenn Friedman, Keep your Eyes open, (déja mentionné ici) ainsi que le sublime documentaire de Jem Cohen Instrument (diffusée en son temps au Museum of Modern Art de New York, excusez du peu)
  6. Pour vous rendre compte de l’impact de Fugazi, je vous conseille de lire le papier de Jason Farell à propos de l’album In on the Kill Taker, le témoignage de Craig Sharp, du groupe Ice Sea Dead People, à propos de leur influence ou le texte de Mark Greif, publié dans le livre What You’ve Done to my World.