DJ Yoda: les platines ont trouvé leur maitre Jedi

mai 23rd, 20111:29 @

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DJ Yoda: les platines ont trouvé leur maitre Jedi

Ray Charles tapant un boeuf avec Run DMC, Police flirtant avec Shirley Bassey, la Marche impériale de Star Wars scratchée, de la jungle mêlée à de la folk et suivie par du jazz, le tout entrecoupé d’extraits de Ghostbusters ou Retour vers le futur… Toutes ces rencontres improbables seraient elles dues à votre lecteur audio bloqué en mode aléatoire alors que la télévision est restée allumée ? Non, vous avez seulement eu le bonheur de lancer un mix de DJ Yoda, l’un des DJs actuels les plus inventifs et qui, à l’instar des Beastie Boys, n’oublie jamais d’y incorporer une bonne dose d’humour.

Embarquez dans votre X-Wing et direction Dagobah… ou plutôt l’Angleterre, terre natale de Duncan Beiny, alias DJ Yoda. Un surnom hérité de la figurine de maître Jedi qui trône à côté de ses platines. Avec un père manager d’Eddy Grant et d’Eurythmics et une mère travaillant pour des producteurs de musique, Duncan Beiny a baigné dès le début dans le son. Baigné, voire littéralement englouti par la musique, son père stockant une partie de ses vinyles dans la chambre de son fils. Certains d’entre eux ne survivront d’ailleurs pas aux assauts du fiston quand, vers l’âge de 15 ans, il découvre les joies du scratch.

Entre 1995 et 1998, alors qu’il poursuit des études de littérature anglaise et américaine à l’université de Warwick, il se produit dans un club, le Mojo. Mais c’est après avoir terminé ses études qu’il se fait connaître dans le milieu underground, en distribuant des cassettes de ses mixes dans des petits magasins de musique. Il est repéré par le label Antidote Records, chez qui il produira officiellement, en 2001, sa première mixtape, How to cut and paste.

Ses talents de DJ et de scratcheur vont rapidement être reconnus, avec notamment le titre de DMC DJ de l’année (équivalent d’un championnat du monde du DJing), dans la catégorie Scratch DJ, la même année. DJ Yoda s’est depuis produit dans de nombreux pays, collaborant avec des DJ de renom comme Goldie ou Scratch Perverts. Il jouera même devant George Lucas lors d’une première de Star Wars, en 2007, au grand prix de Monte Carlo. Enfin, non content d’être un roi des platines, il écrit également pour des publications comme IDJ Magazine ou Hip Hop Connection.

S’il s’inscrit dans la grande histoire du hip-hop et du scratch, s’inspirant des précurseurs comme Grandmaster Flash et accommodant à sa sauce des morceaux d’Ice Cube, Run DMC ou Public Enemy, DJ Yoda n’endosse pas l’habit d’enfant du ghetto. Issu d’un milieu favorisé, habitant le quartier chic de Woodside Park, à Londres, sa passion pour le hip-hop n’enthousiasmait d’ailleurs guère ses camarades de classe.


Mini Mix special Noël de DJ Yoda dans l’émission Annie Mac’s Mashup.

Pourtant, la découverte du mix tape, ces combinaisons de morceaux piochés çà et là, s’est révélée le parfait médium pour DJ Yoda. Le seul à même de canaliser sa passion dévorante pour la musique. Ses parents travaillant tous deux dans ce milieu, il a pu se construire très tôt une culture musicale. Même si le hip-hop est resté longtemps sa principale passion, la funk, la soul, le hard rock,  la new wave, la country ou le jazz ne sont pas des territoires interdits pour lui. Au contraire. Pour DJ Yoda, un bon mix tape  doit être un portrait musical de son auteur. Une manière de présenter aux autres ce que l’on est. Les influences culturelles, aussi triviales soient elles, qui nous ont forgées.

Et en particulier « la nourrice des années 80 » : la télévision. Génériques d’émissions ou de séries, extraits de films et de dessins animés sont autant de matériaux susceptibles d’être pétris, malaxés, recombinés. Des sons, des musiques issus de la culture populaire qui ont marqué des légions de bambins aussi fortement que les hits de l’époque. Comme il l’avoue lui-même sur le site d’Antidote Records,  DJ Yoda est le produit de la « génération MTV » : « J’aime utiliser les moments les plus amusants de films, de musiques, de jeux vidéos, d’émissions radios, et même le bruit que je fais en me brossant les dents ».

Une optique qui l’a amené à intégrer la vidéo lors de ces concerts. Les extraits de films s’enchainant selon le rythme de la musique, tel Luke Skywalker agitant son sabre-laser lors de scratches frénétiques. Le visual-DJing n’est certes pas nouveau mais, entre les mains de DJ Yoda, cette technique transforme la représentation en une combinaison insolite de concert et de séance de cinéma, danses et éclats de rire se succédant. Tel un hommage aux Midnight Movies, où le spectacle était autant dans la salle que sur l’écran.

C’est ce trait qui fait sauter les dernières réticences : la folie douce qui habite ses compositions. Les Monty Pythons, le Saturday Night Live ou Chuck Jones, autant de liens de filiation. DJ Yoda nous rappelle avec ses mixes le besoin de voir la musique également comme de l’ « entertainment », du divertissement au sens noble du terme. Et si c’est un maître Jedi qui le dit, croyez-le.

Dessin, texte : Gwendal
Photo : Brian O’Mahony (photographie de concerts et événementielle)
En bonus, un remix de Delivrance :

Liens
Site Myspace
Discographie sélective
How To Cut And Paste The 80’s Edition (2003)
Un véritable hommage aux années 80. Drôle, inventif, rythmé. Digne des grands films de divertissement de l’époque.
Fabric Live 39 – DJ Yoda
Enregistré en avril 2008 au Fabric, à Londres, considéré comme l’un des meilleurs clubs du monde. Un concert qui mélange le twist déglingué des Violent Femmes au hip-hop old school de Salt’n peppa et Run DMC, saupoudré de jungle ou de brass band (superbe reprise de Sexual Healing par le Hot 8 Brass Band). Difficile de ne pas y trouver son bonheur.

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