Dr Dre ou le remède par le Beat (1/5) : A Nigger With Attitude. 1986-1992

juillet 3rd, 201110:47 @

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Dr Dre ou le remède par le Beat (1/5) : A Nigger With Attitude. 1986-1992

Chers fidèles lecteurs de ce formidable blog, laissez-moi me présenter. Je m’appelle Moyenman (enfin, pas dans la vraie vie, sinon cela serait légèrement handicapant). Ami de l’auteur qui enchante votre quotidien avec ses textes et ses sujets passionnants, j’alimente moi-même régulièrement un modeste blog qui relate mes aventures quotidiennes dans ma lutte contre l’injustice au son d’une chanson qui fait plaisir à entendre : La Chanson du jour de Moyenman.

Aujourd’hui, Centrifugue 1 me permet enfin de réaliser un rêve tapi au fond de moi: devenir un journaliste d’investigation qui dit des trucs, expose des faits et change le monde. Suite à la demande mon hôte, je vous propose donc un petit sujet en plusieurs parties à propos d’un des producteurs les plus influents de l’histoire du Hip-Hop: Dr Dre.

Note d’introduction à l’attention des personnes qui ont lu la Balade dans la galaxie Beastie Boys. Ce Dr Dre là n’a rien à voir avec le Dr Dré (qui s’écrit avec un “é”, donc) qui officiait en tant que DJ sur les premières tournées des Beastie Boys. Mais alors rien à voir…

Le hip-hop, c’est quoi déjà ?

Le hip-hop, construit essentiellement à base de sampling, a apporté une nouvelle forme de producteurs musicaux. Des artistes qui n’écrivent plus forcément la musique note à note mais qui la construisent à partir d’éléments piochés ici ou là. Un break de batterie, un beat, une mélodie à la guitare ou un air de cuivre pour donner un groove qui tabasse et qui colle au flow du MC qui rappera dessus.

Beaucoup de ces producteurs sont devenus des stars, réclamées aussi bien par les stars du hip-hop que des artistes venus d’horizon beaucoup plus divers comme le rock ou la pop. Et Dr Dre est celui qui a laissé l’empreinte la plus forte de ces 25 dernières années.

Avouez que vous rêvez vous aussi d’avoir le même pull en laine…

A la fin des années 80 et au début des années 90, New-York est le centre de la galaxie hip-hop. Berceau du rap dès les années 70, c’est The Big Apple qui donne le beat.

Si à cette époque le rap s’est déjà affranchi des frontières et s’exprime sur toute la planète, Brooklyn ou Le Bronx sont toujours considérés comme la mecque du mouvement, avec des groupes comme De La Soul, les Beastie Boys (dont mon hôte vous a déjà parlé avec classe et passion), Public Enemy, le Sugarhill Gang, Afrika Bambaataa, Run DMC ou encore Kurtis Blow et A Tribe Called Quest.

Un rap sombre, syncopé, qui se repose sur des samples soul/funk, des lyrics engagées représentatives de la vie dans les ghettos new-yorkais. Un chaos sonore représentatif du caractère d’urgence propre au mode de vie des minorités vivant dans les faubourgs de la ville qui ne dort jamais.

Pour tout amateur de rap et de hip-hop, New-York est le point de départ et l’apogée. New-York est le socle sur lequel se construit une culture urbaine mondiale, un moyen d’expression à part entière.

En matière de son qui groove et qui dénonce, New-York, à la fin des années 80 et au tout début des années 90, est un monopole. Mais cette situation ne va pas durer.

A l’Ouest, du nouveau

Au même moment, à l’autre bout du pays, un nouveau phénomène commence à émerger : le rap West Coast, principalement originaire de Los Angeles et de ses faubourgs. Mais celui-ci n’explose pas avec autant de réussite que son frère de l’East Coast, écrasé par une concurrence monstrueuse et surtout orphelin d’un digne représentant.

Et même si des artistes comme Ice-T connaissent un assez bon succès, rien ne rivalise à ce moment là avec la vague new-yorkaise.

Enfin, rien ne rivalise jusqu’à ce qu’un lascar du comté de Compton dans la banlieue de Los Angeles décide de se lancer dans les affaires : Dr Dre.

Né Andre Young, Dr Dre fait partie dès le milieu des années 80 d’un collectif appelé le World Class Wreckin’ Cru où il officie en tant que DJ.

(C’est lui derrière les platines avec cette splendide veste rouge)

Le groupe est fortement influencé par Afrika Bambaataa (et notamment son terrible album Planet Rock) et toute la vague electro-hop initiée par le gourou de la Zoulou Nation.

Ils connaissent un assez bon succès local dans le district de Compton d’où est originaire Dr Dre. Mais c’est sa rencontre à la fin des années 80 avec Ice Cube qui va donner le départ à sa carrière. Ils sortent quelques chansons ensemble sur Ruthless Records, un label dirigé par le rappeur Eazy-E avant de former tous les trois le groupe N.W.A. (Niggers With Attitude) avec DJ Yella, un ancien du World Class Wreckin’ Cru et MC Ren.

Et en 1988, ils sortent une bombe sonore : Straight Outta Compton.

L’album est un succès quasi-immédiat (plus de 3 millions de copies vendues, il devient disque de platine en 1992) et popularise le gangsta rap.

Mais il fait surtout parler de lui pour la vive controverse qu’il suscite, de part la violence de ses textes et pour une chanson en particulier : Fuck Tha Police.

Avec ce titre à la subtilité flagrante, ils dénoncent le racisme et les violences policières du LAPD, espérant attirer l’attention sur les bavures fréquentes et les débordements quotidiens dont sont victimes les minorités des quartiers pauvres de Los Angeles.

Ils s’attirent surtout les foudres du FBI et de la classe politique, effrayés par l’aspect subversif du morceau, leur rappelant les plus grandes heures du mouvement des Black Panthers

Mais en 1990, Ice Cube quitte le groupe pour cause de divergence d’opinion. En gros, il a écrit la moitié des paroles de tout l’album et il reproche à Eazy-E de ne pas lui payer les royalties.

Le groupe continue un peu après son départ et c’est finalement au tour de Dr Dre de faire ses bagages en 1992. Et de partir du groupe et du label Ruthless suite à une (assez grosse) embrouille avec Eazy-E, toujours pour des motifs financiers…

Entre-temps, Dr Dre a eu le temps de marquer son empreinte musicale encore naissante et de définir son style, à base de boucles funky, de mélodies électros et de beats percutants. Style qui va devenir sa marque de fabrique dès son premier album solo : The Chronic.

Après son départ de Ruthless  et sa brouille avec Easy-E, il rejoint Death Row, un label créé (et dirigé d’une main de fer) par Suge Knight, son garde du corps de l’époque NWA. Et il va profiter de son premier album pour régler ses comptes avec son ancien partenaire.

Pour la chanson Fuck wit Dre Day, il s’associe avec Snoop Doggy Dogg, une autre signature de Death Row, et créé le personnage de Sleazy-E à qui l’on demande de chercher des rappeurs pour faire de l’argent et qui trouvera un vieillard et des nains, avant de finir sur le bord de la route avec un panneau “rappera pour de la nourriture”.

La réponse de Eazy-E ne se fera pas attendre et avec le morceau Real Motherfuckin’ G, il prend sa revanche en flinguant le personnage de Sleazy-E.

Mais ce n’est pas ce qui pourrait arrêter le succès du Docteur. Son album est un carton mondial qui se vend comme des petits pains (sixième meilleure vente de l’année 1992) et le G-Funk, le genre musical sur lequel il se repose, domine maintenant la planète hip-hop.

Le monopole new-yorkais est bien loin, maintenant.

Et d’ailleurs, que se passe-t-il à New-York à ce moment-là? Nas n’en est qu’à ses début, il faudra attendre encore trois ans (TROIS ANS!!! Fuck, c’est long…) avant de voir le premier album de Jay-Z, Notorious B.I.G. n’est pas encore le gangsta East Coast et le Wu-Tang Clan s’apprête à sortir Enter the Wu-Tang (36 Chamber).

Bref, c’est un peu le creux de la vague. Alors que West Coast, tout va bien merci. Nothing but a “G” Thang, paru sur The Chronic, achève d’asseoir la suprématie du rap californien et de faire de Dr Dre son plus grand représentant.

Dr Dre construit donc son style qui va définitivement s’imposer au sein de ses propres projets et de ceux qu’il va produire pour d’autres. Il connait une ascension professionnelle fulgurante qui lui permettra de résister aux chocs que va lui réserver sa vie personnelle. Mais nous verrons ceci dans un prochain épisode…

Texte : Moyenman Dessin : Gwendal

Retrouvez les autres articles ici : Partie 2 – Partie 3 – Partie 4 – Partie 5

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Notes:

  1. Note de Gwen : mâtin, quel blog !