Dr Dre ou le remède par le Beat (3/5) : vers l’infini et au-delà (1996-2003)

septembre 6th, 201211:07 @

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Dr Dre ou le remède par le Beat (3/5) : vers l’infini et au-delà (1996-2003)

Chers lecteurs, bonjour ! Ici, à Centrifugue, on aime faire les choses bien. Ce qui demande un temps certain afin de pouvoir fouiller les tréfonds du net, croiser les sources ou boire une bière. Suivant ce principe, mon estimé confrère Moyenman s’est attelé, il y a quelques mois déjà, à dresser le portrait de Dr Dre, son idole. Après deux premières parties qui ont réussi – exploit ! – à me faire apprécier le hip hop West Coast, voici donc la suite de cette chanson de gestes qui s’attarde cette fois sur son label Aftermath Entertainment, sa collaboration avec Eminemen ou son chef-d’oeuvre, Chronic 2001. Mais je m’esquive, et laisse la place au spécialiste du groove. C’est à vous, Moyenman !

En 1996, Dr Dre commence à se douter que Suge Knight, qui dirige son label Death Row, ne semble pas être tout seul dans sa tête et qu’outre le fait qu’il soit complètement corrompu et malhonnête, se révèle être aussi totalement hors de contrôle.

Dre quitte alors le label en 1996 pour créer le sien : Aftermath Entertainment. En quittant Death Row pour créer son propre label, le rythme de travail ralenti légèrement. Il sort quelques compilations plutôt insignifiantes, produit des chansons pour des groupes sans envergure pendant quelques temps et va également participer à des projets où on ne l’attend pas forcément. Comme sa participation à un morceau de Nine Inch Nails, un groupe de métal industriel américain dont le leader est Trent Reznor, récemment oscarisé pour sa musique du Social Network de David Fincher. Il produit pour eux le beat du morceau Even Deeper, sorti en 1999 sur l’album The Fragile :

Il s’envole également pour Philadelphie, où il sympathise avec le groupe The Roots (et là, je rêve d’une collaboration entre les deux…). Une petite pause avant de repartir de plus belle grâce à une rencontre fracassante.

En 1998, il signe un jeune rappeur blanc de Détroit. Un rebelle vénère et cynique qui envoie péter tout le monde. C’est simple, Hannibal Lecter à côté, c’est un Bisounours. Ce blanc-bec arrogant qui n’a peur de rien, c’est Eminem. Leur premier titre ensemble est tiré d’une compilation de morceaux inspirés du film Wild Wild West, l’adaptation pourrie-honteuse de la série culte Les Mystères de l’Ouest (cherchez pas, ce morceau est la meilleure chose qui touche de près ou de loin à ce film 1).

Il participe au premier disque d’Eminem, The Slim Shady LP, sur lequel se trouve le titre My Name Is qui va le propulser au rang de star :

Et pendant qu’il s’attache à faire de son poulain blanc une star, Dr Dre s’occupe surtout de son nouveau projet perso, qui devrait le replacer au centre des affaires. Un album qui va en fait rien moins que le satelliser.

En 1999, 7 ans après The Chronic, il réunit son gang (Snoop Dogg, Eminem, Nate Dogg, Xzibit, Kurupt, ) et lâche son deuxième album solo : Chronic 2001. Cet album est un enchaînement quasi non-stop de tubes aux beats assommants et aux mélodies électro d’une efficacité redoutable. Une des plus connues est évidemment Still Dre, la chanson qui place définitivement le G-Funk au centre du hip-hop mondial et Dr Dre sur le trône, au sommet de la hiérarchie du hip-hop 2

Dans cette chanson, il explique justement qu’il revient, qu’il est toujours le même  et qu’il est toujours aussi bon  (Et le pire c’est que ce mégalo qui fait dans l’egotrip a raison…). C’est Jay-Z, l’autre grosse star du rap mondial mais côté East Coast, qui lui écrit les paroles. On trouve également sur ce disque des duos avec Eminem, dont Forgot About Dre, où les deux lascars expliquent qu’en gros, il faut pas les emmerder…

Ou encore avec Snoop Dogg, partenaire fidèle, notamment sur The Next Episode qui mélange le son électro hip-hop des débuts avec un beat radical qui vous colle au dancefloor :

Nate Dogg, rappeur fidèle de la bande à Dre qui dit les célèbres mots “Smoke Weed Everyday” à la fin de la chanson décèdera le 15 mars 2011, des suites de deux attaques cérébrales. On lui doit notamment ce morceau qui tue: Oh No, en duo avec Mos Def, la légende new-yorkaise, et Pharoahe Monch.

Pour cet album, Dre ira chercher ses samples le plus loin possible, passant de Isaac Hayes jusqu’à la musique de Halloween de John Carpenter (sur Murder Inc) en passant par un instrumental de David Mc Callum (l’acteur de la série Des Agents très Spéciaux que l’on peut également voir en médecin légiste dans N.C.I.S et qui a sorti quelques albums dans les années 60) sur The Next Episode.

Mais le sample le plus inattendu est celui qu’il va chercher pour What’s the Difference (un combat d’égos éléphantesques à faire trembler Limoges, un Jurassic Park sonore entre Dre, Eminem et Xzibit…). En effet, pour construire sa chanson, il va jusqu’à rechercher un morceau de… Charles Aznavour.

Cet album est un triomphe intersidéral. C’est simple, j’écoute encore le vinyle chez moi (car oui, j’ai cette merveille en vinyle, je suis classe), dans mon 17m², avec la même ferveur que la première fois où je l’ai entendu.

Inspiration artistique. Allégorie.

Un classique indémonable, une pièce historique du hip-hop, dont le seul titre Still Dre, le missile exocet de ce navire amiral, contient plus de moments épiques que dans les dix dernières années du hip-hop (Et par pure charité, je ne parlerai pas de la production française actuelle, qui donne envie de faire manger des dictionnaires et de passer ses oreilles à l’eau de javel).

Il place Dr Dre comme le producteur number one que tous les artistes hip-hop et r’n’b vont s’arracher. En 2001, c’est Mary J. Blige, alors sortie du trou dans lequel son addiction aux substances amaigrissantes plus ou moins licites l’avait plongée grâce à George Michael, qui l’invite pour un duo sur une reprise plutôt sympa de As, de Stevie Wonder. Alors que tout le monde préférait l’ignorer royalement, elle fait appel à lui pour son grand retour, avec le tube Family Affair, tiré de l’album No More Drama.

Il va aussi produire le duo Eve & Gwen Stefany Let Me Blow Your Mind et s’intéresser particulièrement au cas de 50 Cent, une masse au flow de rouleau-compresseur en produisant quatre titres sur son album Get Rich or Die Tryin’ :

Mais s’il est un maître, il ne faut oublier que toujours deux ils sont, comme dirait Yoda. Et son apprenti s’apprête à balayer tous les petis Jedis du hip-hop qui prennent leurs micros pour des sabres lasers…

Ce que nous verrons dans le prochain épisode, alors à très bientôt chers lecteurs !

Texte : Moyenman  (que vous pouvez retrouvez sur son blog, La chanson du jour )

Dessin : Gwen

Retrouvez les autres articles ici : Partie 1 – Partie 2 – Partie 4 – Partie 5

 

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