Dr Dre ou le remède par le beat (4/5) : Un maître et son apprenti

septembre 27th, 201210:09 @

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Dr Dre ou le remède par le beat (4/5) : Un maître et son apprenti

Suite du dossier sur Dr Dre concocté avec amour et érudition par Moyenman. Au programme de cette quatrième partie aujourd’hui, la rencontre du bon docteur avec son padawan Eminem. Mais je laisse la parole à l’expert !

Après Chronic 2001, Dr Dre se lance dans un autre morceau de bravoure. Eminem décide de sortir son deuxième album, The Marshall Matters LP, et de frapper un grand coup. Et évidemment c’est son compère de toujours qui va s’attacher à la production, notamment sur six morceaux. Eminem annonce d’entrée la couleur en posant ses lyrics de feu sur le beat atomique de son producteur sur la chanson The Real Slim Shady, titre-phare de l’album.

Ce qui est intéressant chez Eminem à mon sens, est la comparaison qui peut être faite avec Kurt Cobain 1.

Pas artistiquement, évidemment, mais lui et l’ancien leader de Nirvana ont la même “fuck you” attitude, le même désir de provocation qui cache de réelles interrogations, le même discours social planqué derrière des textes qui laissent peu de place aux compromis, le même mal-être face à la célébrité.

Même cadre de vie dans une banlieue industrielle peu propice à l’épanouissement (Detroit pour Eminem, Seattle pour Cobain), même enfance difficile avec parents divorcés, contexte familial instable, pression sociale pendant les études (tensions raciales dans un quartier à majorité noire pour l’un, insultes homophobes pour l’autre lorsqu’il développe une simple amitié avec un lycéen ouvertement gay.)

La grosse différence entre le rockeur de Seattle et le rappeur de Détroit (et c’est d’ailleurs ce qui a certainement évité à Eminem de connaître le même destin que Kurt Cobain), c’est que, pendant que le premier s’enfonçait tout seul dans une dépression et un mal de vivre insurmontables, au point de ne trouver la paix qu’en se tirant une balle dans la bouche, le deuxième exprimait toute la rage qu’il contenait et développait un humour noir propice à cet état d’esprit.

En se créant un alter-ego représentant l’Américain moyen conservateur qui rejette tout ce qui est différent (le personnage de Slim Shady) , il peut à loisir jouer sur la provocation la plus féroce et renvoyer l’Amérique puritaine face à ses propres travers. Mais surtout, en se trouvant un mentor en la personne de Dr Dre, il trouvait quelqu’un pour le canaliser et diriger positivement toute cette énergie.

L’album est donc un succès tant critique que public. Et je me souviens qu’à l’époque, même les Inrocks avaient fait une couverture sur le rappeur blanc :

Le maître et l’apprenti vont continuer leur collaboration fructueuse, bardée de coups d’éclats comme Without Me sur l’album The Eminem Show, dont le clip, au visuel très marqué par les comic-books, accentue la relation mentor/élève des deux rappeurs en les faisant apparaître en Batman et Robin.

Ou Mosh, toujours sur le même album, un réquisitoire anti-Bush censuré pendant la campagne présidentielle de 2004 :

Après quelques années difficiles pour Eminem (addictions aux drogues, problèmes de justice, ennuis de santé, mort d’amis proches dans des fusillades à Detroit), il revient en 2009 avec Relapse et en 2010 avec Recovery, deux projets personnels où il décide de traiter de sujets plus intimes, et avec plus de sérieux (mais non sans garder son humour acide le temps de quelques titres…)

Et Dre est toujours aux commandes. C’est la chanson Crack A Bottle qui les réunit à nouveau et, encore une fois, le producteur de beats sort un sample improbable de son chapeau :

Les deux lascars n’ont certainement pas fini de nous sortir des titres impitoyable au son qui tue.  Car l’histoire ne finira pas là…

Alors rendez-vous très prochainement pour la cinquième et dernière partie de cette ode à Dre !

Texte : Moyenman

Dessin : Gwen

Retrouvez les autres articles ici : Partie 1 – Partie 2 – Partie 3 – Partie 5

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