Dr Dre ou le remède par le beat (5/5) : Detox, le serpent de mer – L’oeuvre et la nostalgie

janvier 31st, 20134:05 @

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Dr Dre ou le remède par le beat (5/5) : Detox, le serpent de mer – L’oeuvre et la nostalgie

Chers lecteurs, bonjour ! Moyenman aura su faire durer le plaisir, mais voici enfin l’ultime partie  de son article consacré à Dr Dre. Fixant la ligne bleue de la West Coast, il attend son nouvel album, Detox, si souvent repoussé 1.  Serait-ce la fin du Docteur ? Un diagnostic qui n’est malheureusement pas à écarter, mais Moyenman vous dressera un bilan de santé plus détaillé que moi. C’est donc à vous, confrère !

Pendant qu’il produit pour la moitié de la planète rap et qu’il pulvérise les records avec son pote Eminem, qu’est-ce qu’il fait pour lui, Dr Dre? Ben il promet chaque année la sortie de son nouvel album, Detox.

Et chaque année il la décale. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis le légendaire 2001 et, pour le fan de Dr Dre, toujours rien à l’horizon en ce qui concerne un nouvel opus solo. Le projet ressort de l’ombre périodiquement, à la lueur de rumeurs toutes plus folles les unes que les autres, puis l’agitation retombe aussi vite qu’elle est apparue.

Outre le fait qu’il soit un perfectionniste acharné, la mort de son fils Andre Young Junior en 2008, des suites d’une overdose, a dû porter un frein considérable au projet, l’incitant certainement à revoir certaines priorités dans sa vie. On a ainsi entendu parler d’un album-concept (un album qui propose une oeuvre filée sur tout le disque, à l’image de Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band des Beatles ou The Wall de Pink Floyd) de duos incroyables et de plein d’autres choses. Mais il semble bien que non seulement Dr Dre préfère prendre son temps (et il le prend bien ce salaud) mais qu’il veuille également marquer le coup.

Marquer le coup en passant par exemple plus de temps en salle de sports, au point de finir par ressembler à un mastodonte protéiné de concours d’élevage, que dans son studio où, visiblement, il ne se sent plus aussi bien qu’avant.

Greu ?

De plus, il semble à l’heure actuelle prendre plus de plaisir à gérer sa ligne de casques audio à 500 dollars (Beats by Dre) qu’à produire de la musique à mettre dedans. Sans doute motivé par un désir de montrer un visage de pur businessman à la tête d’un empire financier, et pas seulement celui d’un B-Boy du ghetto qui a réussi en explosant les enceintes du quartier à coups de masses sonores.

Alors Detox, légende urbaine qui ne verra jamais le jour – tuée dans l’oeuf par la pression que se mettrait Dr Dre sur les épaules pour assurer derrière le succès de Chronic 2001 et le désintérêt progressif qu’il ressent vis-à-vis de la musique –  ou future bombe que nous aurons bien fait d’attendre ?

Il y a quelques temps, les choses semblaient s’accélérer vers une issue positive à la sortie de l’album. Quelques titres sont ainsi apparus sur la toile au milieu des démentis et des censures immédiates de la part de la maison de disque, mais quelques-uns ont survécu et nous ont laissé des indices sur l’album qui s’apprêterait à sortir. Par exemple, on a vu apparaître en 2010 une version non finalisée (sans mix final ni refrain) de Under Pressure, un duo supersonique avec Jay-Z.

Après avoir annoncé que cette chanson n’était pas finalisée, Dre décide finalement qu’elle ne sera pas dans l’album (Là, je m’arrête deux secondes pour émettre un avis personnel et faire une minute de silence en la mémoire du tube monumental que nous n’entendrons sans doute jamais…). Et finalement, Dr Dre consent à lâcher du mou et va proposer de quoi faire patienter les fans. Ca commence en novembre 2010 avec Kush, qui réunit Dr Dre, Snoop Dogg et Akon :

Et en voyant ce clip, je ne peux m’empêcher de penser au sentiment de nostalgie qu’il dégage. Parce que s’il reprend le visuel bling-bling de Still Dre ou The Next Episode, le fait de voir les rappeurs évoluer dans des images figées donne l’impression qu’ils évoluent dans un rêve. Dans les vestiges d’un passé.

On ne voit plus l’énergie des clips précédents, où la danse et les voitures donnaient un élan et une rythmique implacable. Ici, on voit Dr Dre et Snoop se déplacer au milieu d’images passées, presque irréelles, comme des photos jaunies trouvées au fond d’une boîte au grenier. Comme si lui et ses compères contemplaient leur oeuvre tout en aspirant à autre chose. Et cette impression se confirme avec le deuxième single qui apparaît le 1er février 2011 :

On y voit Dr Dre seul face à la mer. Il part dans sa voiture de sport (qui commence par Fer- et fini par -rari – j’espère que la firme italienne me rétribuera grassement à coups de V10 pour ce coup de pub planétaire) et repense aux moments forts de son passé, avant de se crasher royalement au volant de son bolide.

On suit donc sa convalescence et se rééducation pendant qu’Eminem lui hurle tout le bien qu’il pense de lui et tout ce qu’il lui doit et qu’il doit se battre. Essayant une dernière fois de donner la motivation au producteur, avant que celui-ci ne s’éteigne définitivement.

Cette chanson est un véritable hommage d’un apprenti à son maître, conscient qu’il lui doit plus qu’une simple carrière de star du rap. C’est une déclaration d’amour, virile, certes, mais complètement sincère, d’un gamin autrefois paumé qui craint de se retrouver de nouveau seul et perdu s’il devait perdre son mentor.

C’est aussi presque un testament, un point final à une carrière, toute une vie. Il s’arrête, se retourne une dernière fois en arrière pour contempler les bons et les mauvais moments, avant de repartir de plus belle vers quelque chose de nouveau. A la fin de la vidéo, Dr Dre se recueille sur la tombe de Eazy-E, bouclant ainsi une histoire commencée presque 25 ans plus tôt…

Cette impression de nostalgie trouvera son apogée le 15 avril 2012. Ce jour-là, Dr Dre retourne sur scène au festival de Coachella, en Californie. Sur ses terres, il rassemble son armée pour ce qu’il semble avoir été un dernier baroud d’honneur : Snoop Dogg, Warren G, Eminem, Wiz Khalifa, 50 Cent, Kendrick Lamar entre autres. Un line up de fou pour une dernière fois faire la fête, penser au bon temps passé ensemble et une dernière fois se souvenir.

Alors même les disparus ne seront pas oubliés. Nate Dogg, décédé un an plus tôt, le 15 mars 2011, connait un hommage funky en duo virtuel avec Snoop sur le titre Ain’t No Fun tandis que son portrait est diffusé sur les écrans géants. Mais Tupac, lui, sera carrément ressucité par la magie de l’Hologramme. Voir sur scène cette forme spectrale devait quand même être un poil flippant, car si la prouesse technique est incroyable, je me suis quand même demandé si le fait d’avoir la technologie autorisait de faire revivre ainsi un artiste décédé pour faire une performance quasi-réelle (Bon, j’avoue, l’adolescent en moi à quand même été ému de revoir sur scène ce mec disparu 16 ans plus tôt et qu’il écoutait dans son baladeur pour oublier le lycée…).

Après coup, il est évident que Dre semble hanté par son passé, au point d’en faire chanter ses fantômes et d’en ressortir les artifices. Le temps, au milieu du visuel coloré et bling-bling de voitures sorties de Pimp My Ride et d’image de jolies filles qui accompagnait Chronic 2001, de chanter une dernière fois Still Dre, son tube des tubes, son Big Bang originel, mais surtout, et on ne le savait pas encore, son testament; avant de disparaître sous la scène, comme si tout ce poids était définitivement devenu trop lourd malgré sa musculature de catcheur et vivrait maintenant sans lui, n’ayant plus rien à ajouter.

Texte : Moyenman

Illustration : Gwen

Et vous pouvez bien entendu retrouver les articles précédents ici : Partie 1 – Partie 2 – Partie 3 – Partie 4 

Et en bonus, le concert (avec l’apparition de 2Pac Shakur) :

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Tout comme votre serviteur avec le nouveau Exploited d’ailleurs !