Ed Cox : la techno le sourire aux lèvres

octobre 28th, 201311:30 @

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Ed Cox : la techno le sourire aux lèvres

Une rue passante à Cambridge, en Angleterre. Rien que de très normal, mis à part la présence incongrue d’un homme déguisé en clown : Ed Cox. Accompagné de son accordéon et d’un caddie contenant son « mur de son » qui diffuse un rythme de drum’n bass trépidant, il intrigue les passants, vieux ou jeunes, ainsi que les internautes qui ont pu découvrir sur Youtube sa musique : le « clowncore ». Rencontre avec un artiste à l’imagination débordante et pour qui les barrières musicales sont là pour être franchies, avec le sourire.
(NDLA : interview réalisée en 2008)

Quel est ton parcours musical ?
J’habite Cambridge, en Angleterre, et j’ai commencé à faire de la musique depuis mes 7 ans, en suivant des leçons de piano. J’ai joué ensuite dans un groupe à 10 ans, à l’école primaire et, vers 12-13 ans, j’ai laissé tomber le piano, qui ne m’intéressait plus, pour jouer de la basse dans un groupe de punk, avec le futur co-créateur de Life4landMonsta. C’est vers 16 ans que Monsta et moi avons monté un groupe de trip-hop, où je me suis remis au clavier, tandis que Monsta s’occupait du scratch et des rythmiques. Au même moment, je suivais une « foundation course » (NDLA : classe préparatoire avant l’université pour les musiciens) en musique contemporaine et populaire, que j’ai d’ailleurs raté !

Au lycée, je jouais dans deux groupes, un de punk folk et un autre de funk et drum’n bass. Nous avons continué à donner des spectacles durant un an, après le lycée, et c’est avec ce deuxième groupe que nous avons commencé à participer à des soirées techno et drum’n bass.


Un remix de Sizzla par Monsta, ami d’Ed Cox et cocréateur du label Life4land

Un an après, en janvier 2000, nous avons organisé avec Monsta la première soirée Life4land, et c’est à partir de là que nous avons commencé à produire de la musique électronique et à recruter de nouveaux membres. Life4land est ainsi devenu à la fois un label et un sound system. C’est d’ailleurs à cette période que j’ai commencé à apprendre en autodidacte l’accordéon, mais ce n’est qu’à partir de 2005 que j’ai commencé à utiliser cet instrument par-dessus un beat électro.

J’ai par la suite fait le musicien ambulant avec mon accordéon pour gagner un peu d’argent. Suite aux retours positifs de la part du public durant les free parties, j’ai trouvé que cela pourrait être une bonne idée de m’habiller en clown et d’aller me produire dans les rues.

Au même moment, j’ai commencé à jouer dans d’autres free parties à travers le pays, ce qui m’a permis de me faire connaître, en plus d’internet, et de commencer à trouver des engagements pour des fêtes légales. Depuis, je vis de la vente de CD, de concerts et de mes représentations dans la rue.

Peux-tu nous expliquer ce qu’est le clowncore pour des néophytes de la musique électronique ?
C’est un mélange de dance music (NDLA : musique électronique de façon large, à ne pas confondre avec l’eurodance) et de folk, fortement influencé par le ska, la jungle, l’acid techno, la drum’n bass, le blues, le dub ou le breakcore. Les Pogues ont été ma plus grande influence quand j’ai choisi l’accordéon, j’ai ensuite été avec une petite amie française passionnée d’accordéon. J’ai ainsi vécu en France pendant sept mois et c’est là que j’ai découvert une passion pour le jazz manouche.

Dans quels pays t’es tu produit jusqu’à présent, quelle a été la réaction du public face à ton style musical ?
Pour l’instant, j’ai donné des concerts en Angleterre, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en République Tchèque, en Hongrie et en Italie. Je suppose que cela dépend de leur humeur initiale, mais la plupart du temps les gens sont agréablement surpris et n’hésitent pas à sourire.

Pourquoi as-tu choisi de te déguiser en clown pour jouer ?
Suite à une blague d’un ami, qui trouvait que ma musique ressemblait à du « hardcore clownesque », ce style est devenu peu à peu un projet parallèle. Quand je jouais dans la rue, je trouvais que c’était une bonne manière de montrer mon travail au public. Cela cassait les clichés habituels sur la musique techno, qui était liée forcément aux drogues pour la plupart des gens. Et quand je vois des enfants de 4 ans comme des personnes de plus de 80 ans apprécier véritablement ma musique, je pense que ça marche.

Ce masque de clown et ces vêtements ont aidé certains à voir ma musique sous un angle positif. Je n’en suis pas vraiment sûr, mais cette panoplie est presque liée à ma musique désormais. Quand des gens achètent une place pour aller me voir, ils semblent parfois déçus que je ne sois pas forcément déguisé.

Au gré de mes déplacements, j’ai rencontré d’autres « congénères clowns » et maintenant, grâce à ce réseau, nous participons ensemble à des concerts. Le public peut ainsi apprécier durant ces soirées de la musique gipsy, suivie d’une rave, avec des clowns faisant du trapèze, du jonglage et bien d’autres choses. Grâce à ce « cirque infernal », cela devient pour le public une autre expérience qu’un simple clown jouant de l’accordéon sur de la techno.

Ta musique combine les deux aspects du clown, l’auguste et le clown blanc, avec le mélange de rythmes frénétiques et de parties mélancoliques, parfois dans la même chanson. Souhaites-tu prendre de la distance par rapport à la vision plus inquiétante du clown (comme le personnage de Pennywise dans Ca, de Stephen King) ?

Pas nécessairement, je pense que je ne dois pas refuser une idée même si je risque d’effrayer les gens. En fait, parfois, je suis ce clown, Pennywise. La plupart de mes mélodies semblent a priori enlevées, avec cette rythmique syncopée, alors qu’au final elle n’a qu’une place mineure dans mes compositions. Le timbre a un effet tout aussi important dans la perception : une même mélodie, avec un son de synthétiseur différent peut tout à fait basculer de la mélancolie à la gaieté.


Gispy Kid, l’un des premiers morceaux d’Ed Cox entendu par votre serviteur. Et qui fut suivi de cette réaction légitime : mais quel est le malade qui a composé ca ?

L’utilisation de l’accordéon ainsi que certaines de tes compositions influencées par le ska semblent, à première vue, étrangères à l’univers de la techno. Comment t’est venue cette idée de combiner ces styles ?

Quand j’ai commencé à produire de la musique, je ne me suis jamais résolu à rester dans un seul genre. J’ai appris à produire de la drum’n bass, de la techno ou de la dub. Cela a été une progression naturelle d’ajouter à de la jungle la rythmique syncopée du ska. C’était une expérience et cela a donné je crois un bon résultat. Ces idées viennent en jouant et en expérimentant. Récemment, j’ai beaucoup travaillé avec MDS et Ghost, ainsi que d’autres DJs de Life4land, et ils m’ont apporté beaucoup.

Actuellement, je travaille avec Stivs sur un autre projet reggae/dubstep/jungle, qui s’appelle The Dog Shit Crew et j’ai également commencé à jouer avec des amis dans un groupe ska-dance music, avec des saxophones, des synthés, de la basse, de l’accordéon et des chanteurs. Je me suis même mis à chanter, accompagné de mon seul accordéon, ce qui me change beaucoup du simple MC lors des sessions drum’n bass.

hardcordian

Le clowncore, comme tu le dis, est un de tes projets, mais pas le seul. Est-ce nécessaire pour toi de ne pas réduire ta musique à ce seul aspect ?

C’est la musique qui décide quel chemin elle veut prendre, et le clowncore a été une source d’inspiration suffisante pour en faire un CD (NDLA : Clowncore, composé de 21 titres de 2000 à aujourd’hui et reprenant 8 titres sortis sur Hardcordian). Ma musique peut être tout aussi bien ennuyeuse et normale. J’aime faire de la drum’n bass ou de la techno classique, je fais aussi de la dub. Dès que j’aborde un style musical, je veux toujours tenter le coup.

Tu fais partie du label Life4land, peux-tu nous expliquer son travail ?
Avec Monsta, nous avons démarré le label Life4land comme un sound system. De plus en plus de monde sont venus nous aider pour organiser des soirées, produire ou faire du djing. Nous avons commencé à sortir des CD et des vinyles début 2000, grâce à l’aide d’amis allemands. Actuellement, nous avons produit 5 vinyles et 5 CD. Contrairement à beaucoup de labels, Life4land est plus un réseau, un collectif de musiciens qui décident de travailler ensemble. Chacun des membres a ensuite sa propre communauté et peut décider de faire des concerts seul ou avec d’autres membres, à travers l’Angleterre ou l’Europe. Nous sommes environ 10 à 15 DJs, de trois générations différentes. Certains ont même participé à leur première soirée techno via celles de Life4land.

Quelle est l’attitude des hommes politiques en Angleterre concernant les free-parties ? As tu eu des problèmes pour en organiser et si oui est-ce toujours le cas ?
Les organisateurs de raves prennent le risque de se faire confisquer leur sound system et d’écoper d’une ASBO (Anti-social behaviour order). Par exemple, vous pouvez risquer la prison si vous organisez une autre rave par la suite. Les free-parties sont au plus bas actuellement dans le sud de l’Angleterre. C’est devenu un jeu du chat et la souris avec les policiers. Le matériel peut se faire confisquer, mais il y aura malgré tout une soirée ailleurs !

Propos recueillis par Gwendal
Photos : Ed Cox et Lil’ Pete

Liens
Site Myspace
Les disques d’Ed Cox sont disponibles sur le site Outerbound et sur le site de Life4land

Des mixes de Life4land, dont ceux d’Ed Cox, sont en libre téléchargement sur Braindamageradio

En bonus, deux morceaux d’Ed Cox plus mélancoliques mais tout aussi réussis :

Clown Koala

Petrified Forest

 

 

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