Golgo 13 : en silence et en douceur

mai 9th, 201110:20 @

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Golgo 13 : en silence et en douceur

142 volumes en 40 ans, 130 millions d’exemplaires vendus, c’est peu dire que Golgo 13 est une des mangas les plus connues au Japon. Mais, malgré l’enthousiasme des lecteurs français pour le manga en général, ce titre de Takao Saito reste, à tort, encore inconnu du grand public. Un oubli réparé par la publication de deux énormes tomes (plus de 1300 pages chacun!) chez Glénat, regroupant les histoires les plus appréciées.

Publié depuis 1969 au Japon, Golgo 13 raconte les aventures du tueur à gages Duke Tôgô, plus connu par ses clients sous le nom de code Golgo 13. Tireur d’élite quasi infaillible (son seul tir manqué est dû à l’enrayement de son arme), doté d’une condition physique olympique, expert en arts martiaux, polyglotte (plus de 20 langues!), Golgo 13 pourrait faire de l’ombre à Chuck Norris, Rambo et Steven Seagal réunis.

Espionnage, assassinat, enlèvement, détournements d’avion, et même sauvetage d’une centrale nucléaire : tous les grands classiques des films d’action/espionnage sont revisités par l’auteur. Et malgré un personnage principal quasiment invincible, et au charisme indéniable, Takao Saito a le talent d’éviter la parodie. Plus que la réussite du contrat, dont le lecteur se doute dès le départ, le récit s’attarde avant tout à nous plonger à chaque histoire dans un univers spécifique .

États-Unis, Allemagne, Chine, Inde, Philippines, c’est dans un véritable tour du monde que Takao Saito nous embarque. Architectures, vêtements, véhicules, l’auteur, tout comme Hergé, a le souci du détail et n’hésite pas à se documenter pour rendre le plus crédible possible la scène où évoluera Golgo 13. Takao Saito sera d’ailleurs l’un des premiers mangaka, avec Osamu Tezuka, à développer le travail en studio. Au sein de Saito production, les tâches se sont réparties entre différents collaborateurs (iconographie, décors, tramage, recherches documentaires, etc.), jusqu’à atteindre actuellement près de 40 employés.

La grande différence avec les aventures du petit reporter réside cependant dans le ton de ses récits. S’inscrivant dans le courant réaliste du manga (le gegika), Takao Saito ne se contente pas d’une description géographique ou touristique, simple décor des prouesses de Golgo 13. Ses aventures s’inscrivent dans un contexte historique (la dynastie des Romanov, la Révolution chinoise, l’unité 731 qui mena des expériences similaires à celles de Mengele) ou nous emmènent dans les couloirs des négociants en diamants, des entreprises ou des gouvernements. Tout un monde, avec ses codes, son langage et ses intérêts, décrypté et le rendant ainsi plus concret, et aussi moins idyllique, pour le lecteur.

Un ton qui induit ainsi un traitement des histoires particulier. Si le tueur à gages Golgo 13 reste le héros de l’histoire, sa présence est bien souvent fugace. Tel l’homme sans nom interprété par Clint Eastwood, Golgo 13 est une personne avare en paroles. Preuve de ce mutisme, sa réplique la plus célèbre est d’ailleurs « … ». Sa tâche n’est donc pas de disserter mais de mener à bien sa mission. Il en résulte une attention poussée de Takao Saito sur les personnages secondaires de chaque histoire (dont certains sont récurrents, comme le journaliste américain Mandy Washington), nous permettant de comprendre l’environnement et les raisons véritables du contrat.

Edit : Je viens de découvrir qu’il existe, en plus d’une série animée, une adaptation ciné de Golgo 13 avec le grand Sonny Chiba (The Streetfighter et, plus récemment Kill Bill, dans lequel il joue le rôle du fabriquant de sabre Hatori Hanzo). A tenter.

Ces choix scénaristiques se manifestent également dans le graphisme. Le travail de documentation est payant en ce qui concerne les décors, permettant une très bonne immersion dans le récit. Mais il faut reconnaitre que Takao Saito n’a pas le même coup de crayon pour ses personnages, en particulier des visages féminins assez grossiers et bien éloignés du charme développé par ceux de Tezuka. Mais, tout comme ce dernier, il possède un talent indéniable dans l’art du découpage, s’inspirant beaucoup de la grammaire cinématographique. L’auteur alterne ainsi les passages didactiques (sur le fonctionnement d’une centrale nucléaire par exemple), et les interventions de Golgo 13. Très souvent sans dialogues, ces passages sont des modèles de vivacité, jouant avec les cases, et ont une force graphique qui compensent largement ces quelques imperfections.

Ces deux tomes publiés en France sont donc chaudement recommandés pour tout amateur d’aventure et d’action, pour peu qu’il soit un minimum exigeant quant à la qualité des histoires. Tout juste est-il possible de regretter, après la lecture de ces deux tomes, de ne pas avoir l’intégralité des histoires en français. Une tâche malheureusement titanesque et incertaine commercialement. Reste peut-être une solution : se cotiser et engager Golgo 13 pour remplir ce contrat.

Texte : Gwendal

Best 13 of Golgo 13 : Le choix des lecteurs et Best of Golgo 13 – Tome 2 : Le Choix de l’Auteur. Takao Saito. Editions Glénat. 19 €

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