Interview : Killers, les flibustiers du metal français

octobre 9th, 20124:50 @

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Interview : Killers, les flibustiers du metal français

Edit : Republication de l’interview réalisée en 2010, à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe ce 10 octobre (Album que vous pouvez vous procurer ici)

Tâche ardue pour moi que de vous présenter Killers, l’un (si ce n’est le) plus ancien groupe de metal français en activité (bientôt 30 ans aux compteurs !).

Je ne pourrai en effet vous narrer mes souvenirs adolescents où, vêtu d’un t-shirt Iron Maiden, je secouais ma crinière de feu au son du groupe de Bruno Dolheguy. Non, moi à l’époque j’étais un punk à roulettes (ou plutot à palmes de bodyboard) et le metal ca me passait au-dessus de la tete. Bien heureusement j’ai suivi depuis une rééducation musicale prodiguée par mes camarades et le metal est devenu mon ami. J’allume depuis une bougie chaque soir en l’honneur de Saint Lemmy mais au fond de moi je rageais de ne pas trouver une pareille icône en cette douce France.

Et la lumière vint, il y a de cela quelques années, de mon camarade et estimé metaleux Youen qui me prêta Habemus Metal de Killers. Festival de guitares virtuoses et agressives, batterie nerveuse comme dans le punk, un côté épique et des paroles en français aussi bien troussées que celles de Reuno de Lofofora : j’étais converti.

Depuis j’arbore fièrement mon t-shirt Killers en société et n’ai de cesse de louer ce groupe qui prouve que l’on peut faire du metal en France (et en français). Même si cela doit se faire envers et contre tous, et que le talent n’est pas proportionnel à la reconnaissance médiatique.

Centrifugue se devait donc d’en parler et c’est désormais chose faite avec cette interview du fondateur de Killers, Bruno Dolheguy, dont la disponibilité et la gentillesse se devaient être soulignées. Rencontre.

– Pourriez-vous nous expliquer ce qui a donné naissance au groupe ? Les influences musicales, la façon dont vous avez découvert le metal, vos premières répétitions et concerts ?

Nous avons débuté en 1981 en faisant du bal, sous le nom de Genocide, durant une période d’environ deux ans, avec un répertoire essentiellement basé sur des groupes comme Status Quo, Deep Purple, Rory Gallagher, Ted Nugent, Van Halen, AC/DC, Trust, Saxon, Iron Maiden, Scorpions, Judas Priest, Krokus, Téléphone, Jacques Dutronc, Jean-Patrick Capdevielle, Francis Cabrel ou les Rolling Stones.

Nous avons inclus ensuite des compositions personnelles à notre répertoire, changé de nom pour Killers, et puis, de fil en aiguille, nous avons décidé de laisser tomber les bals pour tenter notre chance dans un tremplin rock qui s’est déroulé en 1984 à Bayonne. Nous avons remporté ce tremplin rock et, à partir de là, nous sommes décidés à sortir notre premier album.

Accept, Judas Priest et Metallica

Au niveau des influences communes à l’ensemble du groupe, on retrouvait Accept, Judas Priest et Metallica. Même si chacun avait bien sûr beaucoup plus d’influences musicales qui tournaient surtout autour des nombreux groupes de l’époque. Pour ma part, j’avais déjà un long passé musical rock en tant qu’auditeur passionné, puisque je suis tombé totalement accro en 1970, à l’âge de 7 ans. Je n’ai essayé de jouer un peu de guitare qu’en 1979. D’entrée, j’ai commencé avec des potes en faisant tourner des passages issus de morceaux que nos niveaux musicaux limités nous permettaient de jouer.

– Avec le recul, savez-vous ce qui a permis à Killers d’être toujours là ? Est-ce la seule passion de la musique ?
La passion de la musique a toujours été un élément prépondérant pour tous ceux qui ont permis à Killers d’être. Mais je pense que, pour une part non négligeable, c’est un certain esprit qui a globalement perduré.

Je suis responsable, dans tous les sens du terme, de certaines choses mais cela ne s’est jamais manifesté par une mise en avant de ma personne. J’ai toujours essayé de tout mettre en oeuvre pour que le groupe prédomine. Je pense qu’on était ensemble parce que nous partagions tous la même passion de la musique. Mais, au delà de ça, nous nous appréciions mutuellement, au point que nous aurions pu tout aussi bien nous retrouver autour d’une passion différente.

– Quels sont vos projets actuels ? Et qu’en est-il du projet de DVD à partir de vidéos d’archive sur les débuts du groupe 1 ?

Les documents ne sont pas si nombreux mais il en existe quelques-uns. J’en ai pas mal en ma possession mais il en manque. J’ai contacté à plusieurs reprises l’INA pour des recherches précises mais ils n’ont jamais daigné répondre (Edit : si un lecteur qui bosse à l’INA nous écoute… :) ). Je réessayerai encore mais, pour l’heure, ce n’est pas d’actualité. C’est dommage car je souhaitais commencer chronologiquement et, forcément, cela bloque tout ce qui a suivi.

Un nouveau batteur

Concernant notre situation actuelle, après 15 années de présence auprès de Killers, dont presque neuf en tant que batteur, Florent Pouey ne pouvait plus consacrer autant de temps qu’il le voulait et le fallait au groupe. Nous avons décidé en début d’année, d’un commun accord et toujours en excellents termes, de profiter de cette période sans concert pour rechercher un successeur.

Carlo Di Matteo nous a donc officiellement rejoint fin mars 2010. Nous avons immédiatement commencé à mettre en place un répertoire pour retrouver la scène au plus vite. Début juillet, nous nous sommes lancés en participant à la quinzième édition du plus gros festival se déroulant en Pays Basque nord mais on a dû interrompre notre concert, car une très grosse tempête a contraint les organisateurs à annuler la soirée du vendredi que nous avions inaugurée.

Nous sommes donc partis en fixant notre première date au 23 octobre à Montereau, en région parisienne (Edit : pardon d’avance à nos amis de Montereau pour la mise en ligne un peu tardive). Deuxième date prévue le 13 novembre à Torreilles, en terre catalane, puis dans la foulée nous jouerons le 27 novembre à Vouziers, dans les Ardennes, pour le vingtième anniversaire de ce festival historique auquel nous avons déjà participé et pour lequel nous gardons d’excellents souvenirs (Edit : là en revanche vous n’avez plus d’excuses :) ).

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« Pas question donc de fonctionner à l’arrache »

Comme tu le vois donc, nous avons choisi de procéder selon une logique qui nous rend d’abord disponibles pour retrouver la scène au plus vite. Cela nous permet de faire plus ample connaissance, en n’ayant pas à plonger directement dans la composition de nouveaux morceaux. On en sera à ce stade en fin d’année et on pourra donc s’y lancer plus concrètement avec déjà un certain vécu derrière nous.

Il n’y a absolument rien de prévu en terme d’échéance car on ne veut se mettre aucune pression. Je tiens absolument à présenter un nouvel album avec des morceaux assumés à quatre. Pour cela, nous prendrons notre temps et, compte-tenu du fait que la musique n’est pas notre seule activité, il nous faut faire selon ce paramètre important.

Avec la baisse des ventes effectives constatée ces derniers temps, je ne peux, par exemple, malheureusement pas consacrer autant de temps que je le pouvais à la musique. Il n’y a pas de solution miracle et je préfère que l’on prenne un peu plus de temps pour arriver à se mettre correctement en condition, et fonctionner d’une manière plus efficace avec le soucis d’être, à moyen terme, plus prolifique au regard du temps que nous pouvons consacrer au groupe. Pas question donc de fonctionner à l’arrache. Je compte bien arriver à tout mettre en oeuvre pour que l’on gagne en confort et je sais que cela nous sera bénéfique au final.

– Vous organisez un festival à Bidache, au pays Basque, depuis 2003, le Bidachemetal. Pouvez vous nous expliquer comment cela s’est mis en place, et de quelle façon ? Des concerts sont-ils encore prévus ?

Nous nous sommes tout simplement dit qu’il serait bien que l’on se bouge pour faire jouer des groupes qui le méritent. Par la même occasion, cela nous permettait de pouvoir jouer aussi. Nous n’en avons pas, pour autant, profité pour essayer de se mettre en avant.

A partir du moment où les disponibilités de la salle se sont réduites, conjointement à une « affluence » pas suffisamment élevée, nous avons essayé de susciter une dynamique autre, sur un principe d’échange d’organisation sur des bases bien précises. Voyant que cela ne suscitait pas assez d’adhésion, nous avons laissé tomber pour s’occuper un peu plus de nous. On y reviendra peut-être un jour mais cela sera beaucoup plus recentré sur des remerciements éventuels que nous souhaiterions concrétiser.

– Vous travaillez depuis longtemps avec le label Brennus. En quoi consiste leur travail avec vous ? Qu’est ce qui vous motive à travailler avec une structure relativement modeste et pas avec une major par exemple ? Cela a t-il des avantages pour vous en terme de création (temps de composition, travail en studio) ?

En terme de création, cela n’a aucune incidence puisque nous sommes libres de toutes ces considérations, préférant nous occuper de tout ça nous même. Cela n’a jamais fait partie des choses que nous étions éventuellement prêts à sous-traiter.

On y gagnerait sûrement sur certains aspects mais on y perdrait trop de choses qui pourraient nous mettre en danger d’indépendance. Dans cette optique, nous nous chargeons aussi de la fabrication de nos albums. On sait donc exactement où nous en sommes et nous n’avons pas à nous poser des questions à ce niveau. Brennus a donc plutôt, en ce qui nous concerne, un travail de distribution à assurer.

– Les albums et le merchandising du groupe sont disponibles sur votre site à des prix très abordables par rapport à ce que l’on trouve d’habitude en magasin (entre 4 et 8 euros l’album – 10 euros le nouveau – , 10 euros le t-shirt). Cela vous permet il de vivre de votre musique ?

Non, absolument pas. Quand bien même les prix se situeraient sur une fourchette « moins abordable », nous ne pourrions pas pour autant en vivre. Autant s’en faire une raison et apprécier de ne pas avoir à faire des courbettes pour essayer d’atteindre des paliers improbables. Ce faisant, on s’évite aussi pas mal de prises de têtes éventuelles puisque nous n’en faisons pas un objectif.

– J’ai lu également dans de précédentes interviews que vous continuez tous de travailler à coté. Est ce une envie de “garder les pieds sur terre” ou est-ce le seul moyen de continuer à jouer ?

Si la possibilité de ne pas travailler à côté était envisageable, il est bien évident que nous en serions les premiers enchantés. Ce serait un pied énorme et il est clair que notre création s’en retrouverait métamorphosée. Le fait d’avoir à continuer à travailler à côté n’est ni une envie, ni un moyen : c’est une obligation qui nous est faite pour pouvoir continuer notre chemin avec sérénité et perspectives.

– Toujours à ce propos, mon estimé collègue Youen avait lu que vos prix étaient trop bas pour que les magasins les distribuent. Qu’en est-il ?

Nous pratiquions effectivement des prix assez bas sur nos ventes directes. Pour que la distribution et les magasins puissent en faire de même, nous avons proposé des tarifs adaptés, en leur permettant bien sûr de maintenir une marge correcte. Ils n’ont pas voulu suivre cette direction et nous avons donc demandé à ce que nos albums soient déréférencés. On a proposé une voie plus directe qui n’a pas, à ce jour, trouvé beaucoup de candidats.

Je pense que la grande majorité des magasins n’a pas envie de se bouger un tant soit peu sur ce type d’initiative quand elle provient d’une seule source. Quelques rares unités ont répondu plus ou moins concrètement mais cela reste très marginal. Le bilan est donc globalement plutôt nul. Qu’ils continuent à crever le cul vissé sur leur conformisme, ça ne nous empêchera pas de continuer à penser qu’une partie importante du problème se situe au niveau des prix de ventes pratiqués.

– Question tarte à la crème mais pourquoi (à l’exception de l’album Killing Games je crois) avoir choisi de chanter en français ? Est-ce difficile d’arriver à ménager musique (mise très en avant dans le metal) et texte (pour qu’il reste compréhensible) ? Revendiquez vous des influences dans la tradition française de la chanson à texte (j’ai vu que vous aviez repris par exemple L’Aigle noir de Barbara) ?

Je revendique totalement des influences dans la tradition française de la chanson à texte. Je n’aurai pas la prétention de me sentir à la hauteur de celles que je vénère mais suivre ce sillon à mon modeste niveau me convient. Le chant d’expression française correspond à mes seules capacités d’écriture. Il n’y a jamais eu de postulat décrétant que c’était la seule voie envisageable. Il n’y a jamais eu non plus de désir particulier qui aille à l’encontre de cela.

« Ce n’est pas toujours très facile avec la langue française mais je pense que c’est toujours faisable »

A partir de là, on peut considérer que ce qui était naturel s’est imposé de fait chez nous. Dans la même logique, je n’ai jamais ressenti de problème particulier et insurmontable pour arriver à placer un texte sur notre musique. Le résultat vaut ce qu’il vaut, certains vont apprécier, d’autres non : on en est déjà à l’étape suivante qui relève des goûts de tout un chacun. Sans aller jusque là, j’en reste juste à assumer et assurer que ce qui est présenté ne pose aucun problème particulier de cohabitation forcée. Ce n’est pas toujours très facile avec la langue française mais je pense que c’est toujours faisable.

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– Vous avez également composé des chansons en basque (cf extrait ci-dessus). D’où vous est venue cette envie ? Est-ce que cette langue apporte un “plus” dans vos morceaux par rapport au français ou à l’anglais ?
Je vis depuis toujours en Pays Basque nord, sur une zone linguistique frontalière proche du Béarn. Mon père était bascophone et ma mère ne l’était pas. J’ai donc commencé à apprendre le Basque sur le tard. Je n’ai pas une maîtrise suffisante pour pouvoir en faire une langue d’écrit qui puisse me permettre de rivaliser avec le Français mais j’en ai une assez grande connaissance depuis plus de 30 ans que je la vis. Il était donc naturel qu’elle trouve une place dans Killers.

Cette place se serait même avérée être primordiale si je l’avais originellement maîtrisée mais ce ne fut pas le cas. Je considère donc que, viscéralement, c’est un « plus ». L’Anglais serait un « plus » en terme d’audience mais cela ne me correspondrait pas en terme d’identité. Il n’y a aucune critique envers ceux qui le font, c’est juste que cela ne m’a jamais vraiment inspiré.

– Est-il possible de faire un parallèle avec région à l’identité marquée et dynamisme de scènes metal et punk ? (Je pense par exemple à la Bretagne, où je réside, avec Enragés Prod et Mass Prod. Avez vous des liens avec eux pour organiser des concerts d’ailleurs ?)

Il y a eu une période où c’était totalement le cas. Maintenant, ça se vérifie un peu moins. C’est dommage car l’énergie de ces courants était vraiment très intéressante. Pour ce qui concerne les liens que tu évoques, ils n’existent pas. Je connais, salue et respecte leur dynamisme mais je pense qu’on doit être trop « étiquetés » metal pour qu’ils puissent penser que nos musiques puissent converger d’une façon plus concrète.

– Musicalement vous vous situez dans la catégorie metal, mais que cela soit dans le chant (le timbre me rappelle celui de Nico de Tagada Jones), les paroles (No Future dans A l’ombre des vautours par exemple), le coté Do It Yourself ou une personnalité forte qui trace sa route (comme Ian McKaye ou Henry Rollins), cela me fait beaucoup penser à du punk. Est ce que vous revendiquez cette influence (musicale ou culturelle) ? (Ou est-ce moi qui veut tout rattacher au punk-hardcore ? :) )

Je revendique totalement cette influence. Pas d’un point de vue d’appartenance directe, car cela n’a jamais été affirmé en tant que tel, mais en tant qu’attitude assumée, le parcours le confirme. J’ai franchi le pas en ayant envie de devenir acteur, en plus d’auditeur, en 1979 en partie sur le modèle des groupes punk qui se foutaient des considérations instrumentales purement techniques. L’énergie primait et exister était déjà une victoire.


Depuis la fin de Nulle Part Ailleurs, il faut s’accrocher pour écouter du metal en live à la télévision. Reste quelques exceptions comme ce passage, en 2003 si je ne m’abuse, du groupe Lofofora à l’émission Top of The Pop sur France 2.

– Le metal a plus de 40 ans d’existence mais le genre reste toujours un marché de niche en France. En dehors de Trust, je n’arrive pas à voir de groupes connus du grand public (même des groupes comme Lofofora ou Gojira, très connus chez les amateurs, n’arrivent pas à sortir de leur sphère). Est-ce que, “du haut de votre statut de plus ancien groupe français” (un peu pompeux mais bon :) ), vous arrivez à expliquer les raisons de ce blocage ? Est-ce du seulement à l’aspect brutal de cette musique ou y a t-il d’autres raisons ?

Il y a plein de raisons qui sont tout simplement liées au traitement qui est fait en France de pas mal de styles musicaux. Sans existence médiatique significative d’ampleur, tu ne peux prétendre à dépasser le cercle restreint des amateurs.

Je connais assez bien l’Espagne 2 depuis plusieurs décennies et j’ai pu observer que les groupes ont pu bénéficier de beaucoup plus d’exposition médiatique. Dès que cela s’est fait, le cercle des amateurs que tu évoques s’est élargi et, de ce fait, les groupes ont toujours plus ou moins conservé cette exposition médiatique.

« Personne n’a jamais pu bénéficier du centième d’exposition médiatique liée à Trust ou Téléphone »

En France, il y a eu nos périodes lycées avec Trust et Téléphone qui faisaient partie des têtes de gondole EMI ou CBS. A part cette période et situation particulière, personne n’a jamais pu bénéficier du centième d’exposition médiatique liée à ces deux groupes.

Quand je dis centième, je pourrai même dire millième voir dix millième. En disant cela, je ne rentre absolument pas dans des considérations de valeur artistique. Un groupe dix fois moins « bon », bénéficiant de cent fois moins d’exposition médiatique que ces groupes « phares », vendra dix fois plus que ses ventes actuelles. Sur ce simple fait, tu décuples tes ventes et ton audience, ce n’est quand même pas rien !

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– Vous taclez dans une chanson (Habemus Metal, sur A l’ombre des vautours, cf au-dessus) ceux qui piratent les albums. Mais vous ne faites pourtant pas partie du camp des Majors. Pouvez vous expliquer votre position dans ce débat, alors que les premiers e-mails d’Hadopi sont envoyés ? Et que pensez-vous d’un blog comme 80’s French Heavy Metal qui met à disposition des albums ? Cela ne permet il pas de faire connaître ces groupes, même s’ils peuvent également les léser ?

Concernant ce blog, cela ne peut pas léser les groupes à partir du moment où ils n’ont plus d’existence commerciale. D’un autre côté, ils ne pourront jamais s’appuyer sur un éventuel minime potentiel passé puisqu’ils sont, de fait, tombés par ce biais dans le domaine public. La contradiction est là mais il faut quand même reconnaître qu’elle n’a pas assassinée beaucoup de candidats à un retour potentiel.

Un soutien qui a besoin de se concrétiser

Il reste quand même que les habitudes de gratuité totale enlèvent des notions de conscience de soutien et d’appréciation affective qui sont extrêmement précieuses aux groupes en activité. Cela ne concerne pas tout le monde mais cela concerne de plus en plus de monde.

La réponse à cette situation précise ne se situe pas au niveau d’Hadopi, elle se situe au niveau de la prise de conscience que les groupes ont besoin d’un soutien important, concrétisé par des ventes effectives. Ces ventes doivent pouvoir exister sur des bases de prix raisonnables.

Si cette logique avait devancé la situation actuelle, les dégâts seraient assurément moindres. Les circuits de distribution ont commencé par se tirer une balle dans le pied et, finalement, la tête ne s’est pas avérée très éloignée. Concernant les groupes, il est bien évident que la majorité continuera en produisant X fois moins de choses s’ils vendent X fois moins : simple logique commerciale qui influe sur l’artistique potentiel.

–  Des groupes issus de la scène metal française vous ont marqué récemment ?
Je ne vois pas de groupe pour lequel je pourrais utiliser le terme « marqué ». Après, il faut quand même que je t’avoue, qu’en dehors de Killers, je n’ai pas beaucoup de temps pour écouter autre chose. Il ne s’agit absolument pas d’un nombrilisme mal placé, c’est juste que je n’ai déjà pas assez de temps pour pouvoir me consacrer autant que je le voudrais à nous, donc il est clair que j’en ai encore moins pour écouter d’autres groupes.

– Auriez vous quelque chose à rajouter pour conclure cette interview : un aspect du groupe qui m’a échappé, une info de dernière minute ou un mot aux (encore peu nombreux :) ) lecteurs de Centrifugue ?
Merci pour ton interview, j’espère que nous aurons l’occasion de nous recroiser à l’avenir. Bonne continuation et félicitations très sincères pour votre passion et votre éclectisme éclairé ;o)

Propos recueillis par Gwendal

Dessin : Gwendal, d’après une illustration du talentueux dessinateur et compositeur Xavier Lorente, complice de Killers depuis de nombreuses années.

Site officiel de Killers

Leur discographie abondante étant disponible sur cette page

Liens

– Killers n’étant pas radin quand il s’agit d’interviews, vous pouvez en retrouvez de nombreuses sur le net, dont une grande partie sont lisibles sur le site officiel de Killers. Parmi celles-ci vous pouvez lire l’interview de Fabien Maréchal et Manu Dassonville sur Annu-Art qui revient sur notamment sur le projet de DVD du groupe, ainsi qu’au passage la chronique de Fabien Maréchal de l’album A l’ombre des vautours, leur dernier album studio. A écouter également, une interview audio de 2001, histoire d’apprécier leurs accents chantants :)
– A lire également, une interview par Christophe Drumming, datée de 2007, sur le site Metal Impact
– Mentionnons enfin une interview de Taranis sur le site Les Fils du metal, qui revient sur la mort tragique en 2001 de Nicko Andrieux, ancien batteur du groupe.

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Killers n’étant pas radin quand il s’agit d’interviews, vous pouvez en retrouvez de nombreuses sur le net, dont une grande partie sont lisibles sur leur site officiel. Parmi celles-ci vous pouvez lire l’interview de Fabien Maréchal et Manu Dassonville sur Annu-Art qui revient sur notamment sur le projet de DVD du groupe.
  2. Une ouverture d’esprit en Espagne qui se retrouve également dans le cinéma d’horreur et fantastique, le film Les Autres d’Alexandro Amenabar ayant par exemple raflé sept Goyas (l’équivalent de nos Césars) en 2002. Mais, comme nous ne sommes pas à un paradoxe près, beaucoup de réalisateurs espagnols envient en retour notre liberté de ton dans le cinéma de genre :)
    Bref, si vous voulez en savoir plus à ce sujet, vous pouvez regarder Viande d’origine française de Xavier Sayanoff et Tristan Schulmann (itw des auteurs ici).