Joe Dante : Cinq films pour cerner un (autre) génie

février 7th, 20132:00 @

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Joe Dante : Cinq films pour cerner un (autre) génie

« Joe Dante ? Le type qui a réalisé Gremlins ? On commence à faire dans le mainstream de la périphérie par ici ? » Et bien oui, ca arrive parfois. Car ce cinéaste a marqué durablement votre serviteur (comme un palanquée de trentenaires) par ses charges contre le mercantilisme, son humour déjanté digne des cartoons, et une tendresse et une sincérité indéfectibles pour les sujets traités dans ses films. Et si je n’oublie pas ceux qui le connaissent pas encore, avec des conseils de lecture que vous trouverez à la fin de cet article, le besoin s’est fait sentir de braquer la lumière sur cinq films peu connus du monsieur : Hollywood Boulevard, La Quatrième dimension, le film, Les Banlieusards, Panic sur Florida Beach et La Seconde Guerre de Sécession. C’est partiiiiiii !

« Bon dieu Brent, c’était Madame Deagle ! »

Bref.

– Hollywood Boulevard


Le premier “vrai” film de Joe Dante, même s’il n’est « que » co-réalisé, sort en 1976. Après The Movie Orgy, en 1968 (une compilation longue de 7 h d’extraits de films, de pubs et de bandes annonces 1) et avant Piranhas, en 1978, qui lancera sa carrière 2.

La bande annonce commentée à voir sur Trailers from Hell (pas moyen de l’intégrer :( )

Joe Dante et Allan Arkush, co-réalisateur, suivent la découverte du monde merveilleux d’Hollywood par une actrice un peu naïve, jouée par Candice Rialson. Pas d’empreintes sur Hollywood Boulevard en vue pour elle cependant mais les plateaux miteux d’un studio spécialisé en série B ( « Miracles Pictures : si c’est un bon film, c’est un miracle !« ).

Produit par Roger Corman 3 et tourné à l’économie (entre 25 000 et 50 000 dollars de budget seulement) 4, Hollywood Boulevard emprunte ainsi de nombreuses séquences aux oeuvres de son studio : New World Pictures. De La Course à la Mort de l’An 2000 de Paul Bartel à Women In Cages en passant par des perles bis moins connues comme The Big Doll House ou Night of the Cobra Woman, le film est un plaisir à voir pour tout cinéphile un peu déviant (Et la quantité impressionnante de plans nichons dans ce film devrait achever de vous convaincre).

La preuve que je ne mens pas !

Revers de la médaille, le film souffre d’un scenario un peu bateau, pour lier toutes les parties, et d’un rythme inégal, mais il reste très agréable à regarder. Outre les références citées précédemment, les deux réalisateurs expérimentent beaucoup, comme dans une scène entièrement musicale, et l’on sent déja la patte Joe Dante avec des séquences cartoonesques et une galerie de monstres en caoutchouc (comme Godzilla, Robby le Robot de Planète interdite 5 ou le gorille surmonté d’un bocal avec des antennes du film Robot Monster, nanar atomique) : deux de ses passions qui feront son succès.

Regarder Hollywood Boulevard : le film n’est malheureusement pas, à ma connaissance, disponible en zone 2 par chez nous, mais vous pouvez vous le procurez en zone 1 chez New Concorde Home.

En savoir plus : vous pouvez lire un article plus détaillé sur Grindhousedatabase mais pour les anglophones, rendez-vous sur Youtube pour une conférence-débat avec les deux réalisateurs :

– La Quatrième Dimension le film / Twilight Zone the Movie

Sautons directement en 1983 avec le film Twilight Zone. Fort du succès de Piranhas et de Hurlements (un des meilleurs films de loup-garous pour votre serviteur), Joe Dante s’apprête à sortir l’année suivante le cultissime Gremlins. Devenu très proche de Steven Spielberg, il est donc appelé à réaliser l’un des quatre segments du film, hommage à la série de Rod Sterling.

Bizarremment, ce sont les deux réalisateurs les plus connus à l’époque, Steven Spielberg et John Landis (Blues Brothers, Un fauteuil pour deux 6), qui livrent les segments les plus faibles. Ceci a néanmoins l’avantage de faire ressortir les deux derniers segments, réalisés par Joe Dante et George Miller (Mad Max I et II ). Je passe volontairement sur le très bon Cauchemar à 20.000 pieds de Miller pour m’attarder, logiquement me direz vous, sur celui de Joe Dante, It’s a Good Life.

Dante démarre doucement avec la rencontre accidentelle entre la jolie Kathleen Quinlan et un jeune garçon. Mais dès l’arrivée de la jeune femme dans sa demeure, il se lache complétement. Place à un mix improbable des dessins animés de Chuck Jones, des perspectives hallucinées du Cabinet du Dr Caligari 7 et de Damien, la malédiction. Fendard et flippant à la fois, que demander de plus ?

Regarder La Quatrième Dimension le film : le film est enfin disponible en DVD et Blu-ray depuis 2007 en France. Vous ne devriez pas avoir trop de mal à le trouver.

A lire : deux critiques à noter. La première par Damien sur Cinema fantastique. Le papier est sympa mais un peu dur, à mon goût, sur le segment de Spielberg. Et la deuxième par Jérémie Marchetti sur Horreur.com. Un bon article, mais évitez de le lire avant de voir le film car il dévoile beaucoup d’éléments de l’intrigue.
Pour les anglophones, une autre critique par Ryan Harvey sur Realm of Ryan. Quant aux plus fanatiques de l’excellente série The Twilight Zone, je vous conseille cet article sur la génèse du film sur Twilight Museum.

– Les Banlieusards / The Burbs

Réalisé en 1989, Les Banlieusards annonce, avec le recul, la descente du réalisateur. Pas en terme de talent, bien heureusement, mais les tensions avec les studios vont aller crescendo jusqu’au suicidaire 8, mais hilarant, Gremlins 2 en 1990. Outre un accueil mitigé des Banlieusards par la critique, Dante devra modifier la fin de son métrage, considérée comme trop sombre (Vous pouvez cependant regarder la fin alternative ici) .

Je pourrais continuer à vous vanter les mérites de ce film mais (encore merci internet !) d’autres l’ont fait mieux que moi (ou plus rapidement :D). Foncez donc lire cet excellent papier d’analyse de Zug sur le site de L’Ouvreuse, vous saurez tout. Mais regardez le film avant !

Je soulignerai quand même en vitesse l’amour de Dante pour cette vie de banlieue (un thème que l’on retrouve également dans Edward aux mains d’argent de Tim Burton) et, là aussi, les innombrables références au cinéma d’horreur et d’épouvante, autre grande passion de Dante (oui, ce type en a décidemment plein).

Regarder Les Banlieusards : par la magie des étals de DVD à vil prix qui peuplent nos supermarchés, vous devriez pouvoir retrouver le film dans une (minable) édition dans les 1°-15 euros.

– Panic sur Florida Beach / Matinee

Dernier long métrage avant le trou noir cinématographique des années 90. Dante continue de dérouler ses thèmes de prédilection en nous narrant l’histoire du roi de la série B Lawrence Woosley, interprété par John Goodman 9, débarquant dans la petite ville de Key West en pleine crise des missiles de Cuba, en 1962.

En dehors de la description de la fin d’une époque, celle des naïves et idylliques années 50, Panic sur Florida Beach rend un superbe hommage aux films de monstres de l’époque et à des hommes comme William Castle, Roger Corman, Jack Arnold ou Ray Dennis Steckler. A la fois réalisateurs, producteurs mais aussi imprégnés par le monde forain.

Mant, une parodie de film de monstre, à l’intérieur du métrage. Comme quoi le cinéma référentiel ne se résume pas qu’à Tarantino :)

Comme il l’explique dans ses interviews (cf plus bas), Dante reste nostalgique de cette époque, et de la facon dont était perçu le cinéma. Un divertissement populaire (dans le sens abordable financièrement), où le spectacle était à la fois sur l’écran et dans la salle 10, et teinté de sacré.

A ce titre, Gene, le jeune héros du film, est le décalque du jeune Dante, élevé aux doubles programmes. Dommage que la connexion entre le spectateur et le héros ne marche pas très bien (question d’âge pour une première vision peut-être) mais Panic sur Florida Beach se rattrape largement sur le reste.

Nous pouvons ainsi toujours compter sur les fidèles Dick Miller et Robert Picardo mais n’oublions pas les géniales parodies que sont Mant (hommage aux films de monstres radioactifs) et Shook Up Shooting Cart (flingage dans la tradition Joe Dante des films cucul de Disney comme la série de la Coccinelle). Et pour vous convaincre définitivement, vous pourrez compter sur la prestation de John Goodman, parfait en homme d’affaires à l’enthousiasme de gamin, et sa compagne dans le film, Cathy Moriarty, aussi belle que talentueuse.

Regarder Panic sur Florida Beach : là encore (et c’est une triste constante avec l’oeuvre de Joe Dante…), il faudra se contenter d’un DVD zone 2 sans aucun supplément 11

A lire : une critique en anglais par Sean sur le site Film Junk et surtout un passionnant entretien avec Joe Dante à propos du flim.

– La Seconde Guerre de Sécession / Second Civil War

La télé, purgatoire de Joe Dante. Fini les gros budgets mais il peut compter sur la chaine câblée HBO (Oz, Band of Brothers, The Wire, en j’en passe des dizaines, c’est eux) qui lui offre la possibilité de réaliser un téléfilm en 1997 : The Second Civil War, alias La Seconde Guerre de Sécession.

Gros atout de ce téléfilm, il bénéficie d’un casting béton : James Earl Jones (Thulsa Doom dans Conan le Barbare), Ron Perlman (avant le succès d’Hellboy), Beau Bridges, Dan “El presidente aqui” Hedaya ainsi que le grand James Coburn, alias Monsieur “J’ai autant la classe que Jacques Brel et en plus je porte bien la moustache12

Et surtout d’une idée de scénario en or : suite à des vagues massives d’immigrants du monde entier vers les Etats-Unis, le sénateur de l’Etat de l’Idaho décide de fermer ses frontières. Y compris pour un cortège d’orphelins pakistanais que lui envoie Washington. S’en suit une crise d’ampleur nationale où le spectateur navigue dans les coulisses du journalisme télévisé et de la politique.

Le tout mixé à la critique corrosive de Joe Dante, on ne s’ennuie pas un seul moment durant ce téléfilm, à regarder d’urgence. Tout juste pourra-t-on regretter (télé oblige) le côté un peu cheap des opérations militaires.

Regarder La Seconde Guerre de Sécession : une édition en langue française minimale peut se dénicher en occase. Ou vous pouvez vous tourner vers l’import, avec deux éditions disponibles (Ici et )

A lire : une analyse approfondie, en français, du téléfilm par Bernard Payen sur Objectif Cinéma et une deuxième, en anglais, par Gareth James, sur le blog Gareth On.

C’est en tombant sur cette image que je me suis rendu compte que mon prof de grec ancien au collège et au lycée est son sosie chauve. Ca donne le vertige.

– Joe Dante sur Internet

Boudé par le “système”, Joe Dante peut heureusement compter sur des hordes de fans, biberonnés à Gremlins. D’où une base documentaire de qualité, formée d’entretiens, de critiques et d’analyses de sa carrière. Petite sélection.

Commençons par les ressources en francais :
Un dossier exhaustif et de très grande qualité par Richard B sur Sci Fi Universe
Un très bon papier de Jérôme Dittmar sur la carrière de Joe Dante à lire sur Fluctuat
Un papier de Pierre Loosdregt à propos du livre Joe Dante et les Gremlins de Hollywood, disponible en français.
– Enfin, Noël oblige, une critique de Gremlins par Olivier Bitoun sur TV Classik,  intéressante quant aux liens tissés entre Spielberg et Dante. Dommage que la mise en page soit des plus inconfortables pour la lecture.

Les ressources en anglais :

Un dossier intéressant par Martyn Bamber est à lire sur Sense of Cinema. Mais je vous conseille également de lire ces trois interviews :

Une publiée dans le journal The Scotsman, et réalisée par Alistair Harkness, qui revient notamment sur son expérience amère du film Les Looney Tunes passent à l’action et, plus généralement, sur sa vision des studios de cinéma.

Une autre sur Den of the Geek, par Simon Brew, qui revient sur The Movie Orgy et Gremlins.

Et une troisième sur Empire, où Joe Dante répond à de nombreuses questions de fans :

Et pour les plus anglophones d’entre vous, foncez sur l’excellent blog audio The gentleman Guide to Midnite Cinema qui lui consacre un podcast entier. Et n’hésitez pas à fouiller le blog, il devrait ravir les amateurs.

Terminons enfin par un des autres projets de Dante, cette fois sur internet : le site Trailers from Hell. Vous pourrez y trouvez des dizaines de trailers de série B, commentés par Guillermo del Toro, Rick Baker, Edgar Wright ou même Bill Duke ! (Cooke !). Et bien évidemment Joe Dante, avec Creature from the Haunted Sea et Confessions of an Opium Eater.

En vous remerciant. Et Joyeux Noël à tous !

Texte et photo-montage (soyez indulgent, c’est le premier :) : Gwendal

Photos : Captures d’écran et sources trouvées sur le net (Je peux vous faire le détail si nécessaire mais là ca me saoule un peu :) )

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Et pour je serais prêt à payer cher pour m’en faire une séance marathon
  2. Un plagiat super fun des Dents de la mer qui permettra à Dante de se lier d’amitié avec Steven Spielberg. Pour plus d’infos, je vous renvoie à la dernière partie de l’article
  3. Le pape de la série B aux Etats-Unis, qui lancera moults réalisateurs, dont Scorcese, Coppola ou Ron Howard
  4. Il rapportera au final un million de dollars. Un bon investissement pour ce qui n’était qu’un pari à la base.
  5. Que l’on retrouve également dans Gremlins, à la foire des inventeurs
  6. Ce film est génial ! Et il y a Jamie Lee Curtis dedans :3
  7. visible en intégralité ici
  8. Dante a volontairement poussé le bouchon pour éviter les suites à rallonge que souhaitaient les studios
  9. Qui commençait à se faire connaitre, via la série Roseanne et surtout son rôle, en 1991, dans Barton Fink, des frères Coen
  10. Sièges vibrants, fumigènes et autres effets spéciaux étaient parfois utilisés lors de la projection des films
  11. Par pure poussée d’orgueil je peux quand même me vanter d’en posséder une version VHS :)
  12. Des personnes comme ça sont énervantes.