Joie et félicité du bhangra

décembre 21st, 20137:27 @

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Joie et félicité du bhangra

Lecteurs et lectrices de Centrifugue, public chéri, bonjour ! Comme d’habitude, veuillez agréer mes sincères excuses pour un rythme de publication toujours plus chaotique pour cause de crise de démence graphique. Mais passons plutôt à un sujet qui m’a fait décoller les doigts de mon stylet. Un sujet dont je souhaitais vous parler depuis des lustres : le bhangra. En cette fin d’année, quoi de plus adéquat en effet que de vous présenter une musique propre à vous mettre en joie, provoquer le déhanchement incontrôlé de vos corps meurtris par le foie gras et le chocolat, et vous faire oublier un instant le cynisme qui sied si bien à l’homme moderne. Sur ce, faisons appel à la puissance de Bhangraman, et sautillons jusqu’au prochain paragraphe !


BHAAAAAAAAAAANGRAAAAAMAAAAAAAAN ! 1

Le bhangra, quoi qu’est-ce ?

J’en avais causé très rapidement dans mon petit guide de la musique indienne il y a déjà quelques années, mais le bhangra c’est vraiment à part. Coloré et toujours à la frontière du kitsch pour l’Occidental moyen, cela ne dépareille pas avec l’imagerie de Bollywood, mais il y a un petit plus non négligeable : une rythmique endiablée, qui file la pêche et hypnotise à la fois. Et propre à se mélanger avec plein d’autres styles. Une musique mutante en somme. Et ca méritait du coup bien sa place sur ce site.

L’historien de comptoir que je suis à l’occasion pourra vous faire remonter la musique bhangra au XIVe et XVe siècles, dans la région du Penjab (au nord-ouest de l’Inde, à la frontière pakistanaise), où celle-ci était jouée lors des récoltes. Mais ce n’est qu’à la fin des années 70 et au début des années 80 que ce genre va vraiment se constituer, via les émigrés penjabis installés au Royaume-Uni qui vont s’inspirer de la musique occidentale.


Un morceau du Bhujhanghy Group qui sera l’un des premiers hits bhangra en Angleterre

Le bhangra connait un succès populaire croissant au début des années 80 auprès de la communauté indienne, avec notamment le label Multitone Records pour la musique. Quant à la danse, partie intégrante de ce style, elle fait l’objet de nombreux concours et devient un incontournable pour les mariages et autres fêtes familiales.

Woups, mauvaise bobine !

Pouf, pouf. Je disais donc un incontournable pour la fête :

Le bhangra va rester encore peu connu du grand public et des médias car les ventes colossales (dans les 30 000 par semaine) se font via des cassettes audio, qui ne sont pas prises en compte dans les classements de vente et autres émissions type Top of the pop. Vedette de l’époque, un chanteur comme Malkit Singh vendra pourtant près de 5 millions d’albums en 20 ans de carrière.


Un exemple de la facilité de la rythmique bhangra à se mélanger à d’autres musiques, avec Jeevan Singh jouant du dhol, instrument traditionnel indien.

Dans les années 90, à la faveur de l’explosion du sample, le bhangra va s’inspirer ou être intégré dans des genres aussi variés que le raï, le reggae, la jungle, le rap ou la house music. Alors que la musique s’occidentalisait fortement dans les années 80, avec l’ajout du synthé par exemple, les dj’s reviennent vers des morceaux plus traditionnels pour y piocher leurs samples. Ce qui ne se fera pas, à l’instar du hip-hop, sans de nombreuses entorses aux droits d’auteur 2.

Quelques exemples de groupes qui vont mixer le bhangra à la sauce 90’s au dessus. Et deux hits hip-hop utilisant des samples bhangra :

Depuis, le banghra s’est transformé en une musique de dancefloor, suivant les évolutions du hip-hop et de l’electro. De la “folk-pop”, comme on dit chez les Britons. Ce qui se traduit souvent par une imagerie bling-bling du plus mauvais goût, mais il faut reconnaître que, si l’on est capable d’en faire abstraction, le bhangra reste toujours aussi sympathique, avec ces chants puissants et une rythmique imparable.

Cet article étant réalisé entre deux crises de démence, je m’arrête ici dans mon verbiage avant de rechuter. Et voici donc plutôt une sélection de morceaux pas dégueu qui iront très bien lors d’un réveillon trop arrosé.

La playlist bhangra

– Deux morceaux de Punjabi MC qui figurent parmi mes préférés dans le bhangra :

-Un bon petit mix “bhangramuffin” :

– Un des grands hits bhangra des années 80, avec l’ajout de synthé :

– Le morceau Tunak Tunak Tun, qui est devenu un mème internet en 2012, avec plus de 7 millions de vus, jusqu’à devenir la danse officielle des Dranei dans World of Warcraft. La grande classe. Et pour les fans hardcore, vous pouvez même trouver une version de 10 h !

– Un morceau de Dj Dips, qui arrive à garder la légèreté propre au genre. Et en plus y a une chanteuse <3

– Un peu de Tigerstyle, qui mélange le bhangra aux sons electro à la mode :

– Un chouette morceau de Tru-Skool qui revient aux sources, et permet d’avoir un aperçu du talent des chanteurs bhangra :

– Vous aurez sûrement les yeux qui fondent en regardant ce clip de Dalvinder Singh, mais voila un petit morceau qui rend joyeux :

– Et enfin un mélange plutôt bien foutu entre musique bhangra, brass band et klezmer : le groupe Red Baraat.

Pour ceux qui en veulent plus, j’ai ajouté de nouveaux morceaux à ma playlist “Inde” sur Youtube, alors n’hésitez pas à y aller. Sur ce, de très bonnes fêtes à tous, et très bientôt sur Centrifugue !

Texte, illustration : Gwendal

Pour aller plus loin

Un documentaire sur une troupe de bhangra aux Etats-Unis vient d’être financé sur Kickstarter, hâte de voir ce que ca donne :

Sinon vous pouvez vous rendre sur le site Bhangra.org, ou vous procurer les compilations Rough Guide to Bhangra Dance et The Rough Guide to Bhangra.

Bonus

Je ne pouvais pas vous laisser sans une autre louchée de BAAAAAAAAAAANGRAAAAAMAAAAAN ! 3

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Qu’est ce que j’ai à gueuler comme ca, moi, au fait ?
  2. Mais c’est si bon…
  3. Mais bon dieu, qu’est ce que j’ai à brailler ? L’alcool, sûrement.