Les Pixels de Pont-Aven : Jean-Pierre Marielle, ce héros

octobre 25th, 20122:18 @

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Les Pixels de Pont-Aven : Jean-Pierre Marielle, ce héros

Mes amis, aujourd’hui est un grand jour ! Pensez-donc, cela faisait des mois – des années même ! – que votre serviteur voulait écrire un papier qui rendrait justice à l’un des plus grands acteurs français : Jean-Pierre Marielle. Jean-Pierre “Nom de dieu d’bordel de merde” Marielle ! Mais voilà, seul devant sa feuille blanche, le journaliste total se retrouve bien vite écrasé par l’ombre d’un tel géant. Que dire, que faire qui n’ait point été fait et refait par d’autres ? Cette question me tauradait depuis. Me paralysait même. Jusqu’à une épiphanie il y a quelques semaines, par la voix du Saint Esprit, ou plutôt de mon collègue Xis. Et c’est ainsi que naquit Les Pixels de Pont-Aven, que j’ai l’honneur de vous présenter ce jour. Mais pour tout savoir de sa génèse, direction le prochain paragraphe, nom de dieu d’bordel de merde !

Les hommes et femmes de qualité susceptibles d’entrer dans mon panthéon personnel subissent chacun une sélection drastique. Et rares sont ceux à franchir le pas de mon royaume psychédélique. Mais les heureux élus peuvent ête assurés qu’ils reçevront alors en retour une adoration démesurée, à la limite du gênant, de ma part. Ce dont pourraient témoigner – si du moins ils étaient au courant – de chics types comme Henri Laborit, Franquin, Osamu Tezuka, Bill Murray, Sigourney Weaver, Jamie Lee Curtis ou les insensés qui ont accueilli dans une étable bretonne le messie du journalisme total.

Et parmi tous ces êtres humains qui vous rendent la vie moins moche, il y a Jean-Pierre Marielle. Tout a été dit sur sa voix, sa prestance, son jeu d’acteur ou sa filmographie afin d’expliquer une telle aura. Véritable surhomme nietzschéen, Jean-Pierre Marielle vous irradie de sa puissance. Il est Jean-Pierre Marielle. Point barre.

Mais je voudrais ici souligner un autre aspect qui fait définitivement basculer cet homme dans le culte. Et vous donne envie de rentrer dans l’ordre des Mariellites, tonsure et port de la moustache compris. Oui, mes amis ! Comme l’avait si magistralement décrit Gaëlle-Marie Zimmermann sur le défunt site ZoneZeroGene, nous pouvons certifier que Jean-Pierre Marielle est un authentique romantique de la bite.

Et j’en prend pour preuve l’admirable film de Joel Seria, Les Galettes de Pont-Aven. Réalisé en 1975, Jean-Pierre Marielle y compose le rôle d’Henri Serin, représentant de commerce dans le parapluie et artiste frustré. Sur un coup de tête, il plaque tout et part vivre son rêve dans le Pays Bigouden. Pour le meilleur et pour le pire.

Tout comme dans Comme la Lune, également de Joel Seria, le personnage principal incarné par Jean-Pierre Marielle est un parangon de virilité. Pardessus avec L’Equipe fourré dans la poche, moustache, bagout et gauloise au bec, on peut dire qu’il en impose. Et notamment auprès de ces dames.

Avec 40 ans de décalage, les codes de ce monde révolu – comme la moquette murale orange – sont propices à l’ironie et ont le charme du surrané. Et l’orientation résolument grivoise des Galettes de Pont-Aven d’offrir réplique et scènes encore aujourd’hui dans toutes les têtes (et surtout celles de mes amis). Mais s’y limiter serait passer à côté de la poésie qui se dégage de ce film. La poésie du cul. Et Jean-Pierre Marielle est son aède.

Sous les atours d’un représentant de commerce un peu beauf et confis dans ces certitudes se cache en effet un être en quête d’absolu. Un absolu qui s’incarne dans le cul d’une femme (Quoi de plus beau en effet). Coincé entre l’hypocrisie de la frustration et la vulgarité de l’excès, croyant toucher au but puis tombant dans la déchéance, Henri Serin sera finalement sauvé par l’innocence juvénile et la poésie véritable qui nait du désir.

Tout cela ne nous dit pourtant pas pourquoi Les Pixels de Pont-Aven sont apparus, me souffle à l’instant un aimable lecteur de Carpentras. Ce à quoi je répondrai qu’il ne faut pas m’interrompre quand je suis pris d’une envolée lyrique. Et de toute façon j’y viens !

Pourquoi donc un tel mélange entre culture franchouille des années 70 et vidéoludisme 8 bit ? Je pourrais vous expliquer avec aplomb et grille freudienne à la main que ceci est un moyen de tisser un lien générationnel entre la “culture à papa” faite de films d’Audiard, Blier et Seria et celle des trentenaires rivés à leur Atari ST et autres consoles Nintendo. Que c’est la rencontre entre la verve et l’humour au vitriol qui caractérisait les années 70 et la naïveté et l’enthousiasme des bambins gavés aux Chevaliers du Zodiaque. Ou la réconciliation symbolique entre le local breton et l’universel numérique.

Mais tout ceci serait pure masturbation intellectuelle a posteriori (même si je garde ca de côté pour un vernissage, ca peut toujours servir). Car la réalité est beaucoup plus prosaïque.

C’est dimanche, je découvre depuis quelques jours les merveilles du pixel art (dont j’essaierai de vous causer une autre fois) en faisant mumuse sur mon ordinateur. Soudain, franchissant la porte de mon bureau, l’apôtre Xis, mon aimable et estimé colocataire, s’enquiert de mon activité graphique.

Comme à notre habitude, la conversation est chaotique mais de haute volée intellectuelle. Et les mèmes “pixel art” et “Jean-Pierre Marielle” de commencer à flotter autour de nous. C’est alors qu’à l’instant où j’allais placer une remarque caustique et finement observée, mon camarade m’assène cette sentence frappée du sceau de l’évidence : “Jean-Pierre Marielle en pixel art, c’est Super Mario Bros sans sa casquette”. Et celui-ci de repartir, tel Zarathoustra, en haut de sa montagne (Enfin dans son bureau, à quelques mètres du mien).

Décontenancé pendant quelques instants, je ne sais que faire de cette révélation, cette évidence qui me frappe de toute sa force. Heureusement, mon cerveau dément a tôt fait de la saisir à bras le corps. Et la main, tremblotante, de rechercher sur les internets la documentation nécessaire pour préparer l’incantation qui matérialisera cette vision (à savoir les sprites de Super Marios Bros 3). Quelques minutes plus tard, elle était là :

Fidèle à ma réflexion aléatoire et arborescente, les idées commençaient à s’entrechoquer. Après Jean-Pierre Marielle en Mario, la suite logique était Jean Rochefort en Luigi, puis le gros Noiret en Toad. J’exultais devant mon écran, pris de rires déments.

C’est épatant !

Je réalisais pourtant bien vite la puissance démoniaque qui émanait de ces sprites. Il me fallait la contenir rapidement avant qu’elle ne m’engloutisse. Trouver une idée sufisamment engloblante et solide. Arriva donc alors à moi, après intense réflexion, ce titre qui résumait tout : “Les Pixels de Pont-Aven”.

Et c’est donc de cette manière que je me suis lancé dans cette épopée graphique, grâce aux joies du hasard providentiel. Fourbu mais fier du devoir accompli, c’est avec un plaisir non dissimulé que je vous laisse donc admirer le résultat (et que vous pouvez retrouver en intégralité, et en plus grand, sur ma galerie Flickr) :

Sur ce, mes amis, je vous salue. Et que Jean-Pierre Marielle vous garde !

Textes, dessins : Gwen

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