Licensed to thrash ! – le thrash metal en 10 leçons

août 30th, 201211:10 @

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Licensed to thrash ! – le thrash metal en 10 leçons

Note de l’auteur : Comme Gwen le taulier a laissé traîner les clefs du camion, votre dévoué en profite donc pour partir faire un tour avec. Et d’embarquer par la même occasion quelques autostoppeurs-lecteurs (qui a dit otages?) vers d’autres contrées aux paysages verdoyants, au ciel d’azur, à l’eau tempérée, aux descriptions superflues et aux phrases bien trop longues.

Vous aurez remarqué, amis lecteurs, que Centrifugue.fr (mâtin, quel blog !) aime bien vous entretenir de pittoresques coutumes musicales… Ce sublime billet d’humeur n’échappe pas à cette règle et l’auteur de ces lignes vous entretiendra ce jour d’un joyeux foutoir musical, né dans les années 80 : le thrash. En voiture, Simone !

Une brève histoire du thrash

Merveille des merveilles, incarnation éternelle du juvénile boucan qui insupporte les voisins, cette délicieuse entité bruyante a vu le jour vers 1982, en Californie, d’une modification jusqu’au boutiste de la NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal). Motörhead, Saxon et autres étaient à cette époque ce qui se faisait de plus metal, alors que les punks avaient poussé la rage et la férocité vers d’autres directions.

Il n’a pas fallu longtemps pour que quelques musiciens essaient de mélanger le tout, obtenant une tambouille pas forcément très digeste, mais sacrément savoureuse : le thrash. C’était nouveau, c’était goûtu, personne n’avait jamais fait ça et, le tape trading aidant, l’enthousiasme s’est vite répandu, en particulier vers l’Allemagne.

La pochette de Thrashzone, des Dirty Rotten Imbeciles, chaînon manquant entre thrash et hardcore.

Il faudra presque dix ans pour que les musiciens arrivent à boucler à peu près toutes les possibilités offertes par le genre. Mais les délires techniques des shredders lassent l’auditoire et 1992 fut l’année de la fin. Même si certains firent le choix de continuer malgré tout, avec plus ou moins de bonheur.

Metallica et Megadeth ont ainsi fait le choix de ralentir le tempo, de simplifier la musique, de devenir mainstream. Pari plus que gagné pour les Four Horsemen, même si ça leur a valu la désaffection de nombre de fans.

Ceux qui choisirent de rester extrêmes ont quand même du s’adapter pour survivre : pousser vers le death metal (Testament), le Nü Métal (Slayer) et dans une moindre mesure le death metal et le grunge. Ou plus simplement remonter de nouveaux groupes. Robb Flynn, estimé leader de Machine Head, fut ainsi guitariste dans deux fomations thrash : Vio-Lence et Forbidden.

1993 fut l’année de fondation de Korn, et le metal ne fut à nouveau plus jamais pareil. Mais ça, c’est un autre histoire…

La playlist pour briller en société

Afin d’illustrer ce sublime papier, votre Monsieur Loyal vous a préparé une playlist aux petits oignons, le meilleur moyen de vous faire découvrir ce style. Mais pas de méga stars ici, pas de Big Four of Thrash. Rien que des groupes pas ou peu connus. Et c’est bien plus intéressant comme ca !

– Morbid Saint –  Assassin (Spectrum of Death, Avanzada Metalica, 1989)

Morbid Saint, le meilleur du thrash underground ! Voila un groupe qui aura eu une durée de vie et une production limitées (3 LP dont deux démos, entre 1986 et 1994) mais dont l’écoute aura retourné tous les bienheureux qui auront pu mettre l’oreille dessus. En particulier sur leur grand fait d’armes, Spectrum of Death.

Enregistré avec des moyens sûrement limités, cet album est un bloc de férocité à peine contenu, exécuté avec une maîtrise qui peut faire rêver bien des groupes professionnels. Surtout si l’on se rappelle qu’en 1988 Protools n’existait pas. Les musiciens sont au top, les compositions super bien pensées, l’énergie est solide tellement elle est palpable. Reign in Blood de Slayer, meilleur album thrash de tous les temps ? Ca, c’est loin d’être certain !

Et réjouissez vous, le groupe s’est reformé en 2009, un peu pour fêter ça. Leurs précédents efforts ont déjà été ressortis dans le passé sur différents labels et le groupe a réenregistré Spectrum of Death, augmenté de deux nouveaux morceaux. Si cette version est aussi bien distribuée que les premières, ce groupe n’a cependant pas fini d’être légendaire…

– Sacred Reich – Surf Nicaragua (Surf Nicaragua, Metal Blade, 1988)

Je vous arrête tout de suite : pas question ici de la peste nazie. Loin de là. Groupe politisé et quelque peu provocateur, Sacred Reich donne d’abord sur cet EP l’impression de légèreté idiote et de bourrinage décomplexé avec le morceau titre. Mais ca ne dure pas et on se rend vite compte qu’en fait ce disque n’est pas très drôle du tout. Il est même assez désespéré. Totalement antimilitariste, très bien composé et impeccablement joué, ce disque nous offre également une savoureuse reprise de Black Sabbath, War Pigs.

Dommage que la production ait vieilli, mais pour 1988 ca reste très honnête. Ce qui est marrant, c’est que War Pigs (qui date de 1970, sur l’album Paranoid) dispose du coup d’une production paradoxalement moderne, qui fait furieusement penser aux délires doom de Cathedral sur l’album The Ethereal Mirror. A ceci près que Lee Dorian, ancien chanteur de Napalm Death, a sorti ses pattes d’eph’ 5 ans plus tard!

Tankard – Need Money for Beer (B-Day, AFM Records, 2002)

L’Allemagne, l’autre pays du thrash ! Les deux écoles, américaine et allemande, sont assez différentes. Les Allemands ayant fait le pari d’un style plus agressif, avec des voix plus sèches. Sodom, Destruction ou Kreator en sont les plus parfaits exemples. Mais les citer aurait été trop facile ! Aussi, posons l’oreille sur les moins connus Tankard, groupe fort sympathique et tout à fait débonnaire.

Classe, beauté : ça, c’est du travail amé… heu, allemand!

Tankard aime l’alcool, et ca se sait (La preuve avec leur nom, qui veut dire chope en anglais). A peu de choses près, ils ne chantent que sur ce sujet depuis 1982. Détail assez intéressant dans le sens où, au niveau de l’ancienneté, ils sont antérieurs à bien des pointures du style, Metallica en tête.

Tankard a aussi la particularité de ne jouer presque exclusivement que dans les festivals estivaux. Et rarement hors de l’Allemagne. Il faut dire qu’ils ne sont pas professionnels et qu’ils ont tous des boulots pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ou ça mène, l’amour de la biture…. 28 ans de carrière, ça vous pose plus qu’un homme. Ca vous pose aussi ses packs.

– Sadus – Through The Eyes Of Greed (A Vision of Misery, Roadrunner, 1992)

Sadus est le groupe qui aura permis à Steve Di Giorgio (basse) de commencer à se faire remarquer. Suffisamment pour que Chuck Schuldiner, fondateur de Death, l’embauche pour jouer sur le mythique album Human. Paradoxalement, même si Sadus marchait pas mal dans le milieu underground, c’est ce travail avec “Evil Chuck” qui aura réellement permis à ce groupe de se faire connaître et d’enregistrer A Vision of Misery, ainsi que ses albums suivants. La carrière de Di Giorgio s’est également faite grâce à ça : lui et sa basse Fretless (et son “boiiiiing” si caractéristique) sont depuis des mercenaires musicaux fort recherchés.

Quoiqu’il en soit et malgré cette histoire personnelle un peu inhabituelle, Sadus est un excellent groupe, qui mérite de voir son univers exploré plus avant.

– Attomica – Deathraiser (Disturbing the Noise, Cogumelo Records, 1991)

Lier Brésil et thrash est facile. Le faire sans citer Sepultura l’est beaucoup moins ! Attomica existe pourtant depuis 1985 et, un peu à la façon des inusables Basques de Killers (Note de Gwen : on y reviendra bientôt j’espère. Edit : c’est fait !), ça tient envers et contre tous. Sur six albums et une demo, quatre disques l’ont été en auto production, ce qui représente une remarquable intégrité. Hélas, votre serviteur ne parlant pas le portugais couramment, il lui a été difficile d’en savoir plus.

– Xentrix – No compromise (Shattered Existence, Roadrunner, 1989)

Représentant de la très méconnue scène thrash britannique, Xentrix a probablement souffert de son éloignement des principales localisations thrashy américano-teutonnes de l’époque, d’une identité musicale à la Testament-en-moins-bien et de la focalisation de l’époque sur la scène extrême du Royaume Uni. Rappelons que cette année là -1989- Carcass sortait Symphonies of Sickness et posait son assise sur le monstre grindcore qui balbutiait encore.

Demandez à un amateur de metal de vous donner le nom d’un groupe de thrash anglais, pour voir. Vous risquez d’attendre longtemps!

Anecdote amusante, la présence sur cet album de la reprise métallisée de Ghostbusters.  Oui, LE morceau que tout le monde connait. Who you gonna call ?

– Channel Zero – No Light (At the End of Their Tunnel) (Channel Zero, Shark Records, 1992)

Excellentissime mais éminemment malchanceux groupe bruxellois, Channel Zero débute son premier album par ce morceau puissant et technique. Malgré des soutiens de taille (Body Count et le finaud producteur belge André Gielen – Peuh ! de Lofofora – pour ne pas les nommer), de jolies premières parties en ouverture de poids lourds de l’underground du calibre de Biohazard ou d’Obituary et une impressionnante montée en puissance du potentiel, leurs ventes n’ont jamais vraiment décollé… Ce fut d’autant plus décevant que les espoirs étaient élevés. Channel Zero a splitté en 1997, passablement écoeuré.

Le groupe s’est reformé récemment pour rejouer un peu et faire des concerts, tous sold out. 12.000 places vendues pour 5-6 concerts, en quelques jours, en Belgique, on appelle ça un retour gagnant.

– Defiance – Killing Floor (Beyond Recognition, Roadrunner Records- 1992)

Formé en 1985 autour d’un très solide noyau technique, en pleine euphorie thrash, le combo californien a connu les mêmes galères et espoirs que tous les autres groupes plus ou moins méritants qui essayaient de récolter les quelques miettes laissées par les célébrités du genre.

Après un premier album pourtant mis en boîte par le très célèbre Jeff Waters d’Annihilator, le groupe est déçu par le résultat final. Defiance a réussi malgré tout à sortir son épingle du jeu. Probablement grâce au développement d’une réelle identité musicale ainsi que par l’embauche d’un nouveau chanteur, Steev Esquivel. S’ensuivirent un deuxième album mieux produit (le producteur de Satriani sur Surfing with the Alien, John Cuniberti, expliquant peut être cela), des concerts et la mise en rayons d’un troisième effort, le très intéressant Beyond Recognition duquel est prélevé ce savoureux extrait.

Une chose est sure, en 1992, Defiance est un groupe mature, en pleine capacité, doué d’une indéniable personnalité. Sans doute conscients que le thrash agonisait cette année là sous les coups de boutoir du grunge, la bande a opté pour une approche très moderne, alliant leurs racines à des influences jazz fusion, autre style très populaire chez les musiciens à cette époque. Tout ceci a contribué à faire naître cette pépite de technicité et d’inventivité. Mention spéciale à Matt Van Der Ende (batterie) vraiment au top ! (Note de Gwen : et c’est un batteur qui vous le dit)

Hélas, sans doute la faute à une désaffection du public pour le style, leur label (Roadrunner) les a quelque peu mis au placard, jusqu’à leur disparition dans les années 90. Le groupe s’est remis au travail en 2006, ressortant ses anciens disques et travaillant sur du nouveau matériel, apparemment dans la lignée de Beyond Recognition.

Pour ceux qui aimeraient la voix du crooner Esquivel, celui ci a poussé (suite à Defiance, soit à partir de 1994) la chansonnette pour Skinlab, sympathique combo dans la lignée de Machine Head.

– Whiplash – Burning of Atlanta (Ticket to Mayhem, Roadrunner Records, 1987)

La preuve que le style n’est pas cantonné à la Californie ou à l’Allemagne. Whiplash nous vient du New Jersey et offre une performance de haute volée sur son deuxième album, Ticket to Mayhem. Le groupe des trois Tony (Scaglione- batterie, Bono – basse, Portaro – guitare, chant) impressionne par sa maîtrise et sa facilité. La preuve, Scaglione fut le remplacant temporaire de Dave Lombardo dans les rangs de Slayer en 1986, lorsque celui-ci partit pour des raisons financières, peu de temps après Reign in Blood (Pour mieux revenir ensuite, mais ça n’est pas le propos).

Quoiqu’il en soit, Burning of Atlanta est un excellent morceau, qui fait un peu penser à Rattlehead de Megadeth, en moins enragé mais plus tragique.

– Coroner – Masked Jackal (Punishment for Decadence, Noise Records, 1988)

Coroner. Le groupe que tous les autres citent comme influence majeure, mais que le métalleux moyen ne connaît pas, ou presque… Pourtant, sans les Zurichois, il n’y aurait sans doute pas eu Atheist, Carcariass ainsi que d’autres groupes ultra techniques. Les Suisses sont l’exemple type du groupe en avance sur tous les autres. Ainsi que celui du groupe qui a souffert d’un manque flagrant de soutien de la part de son label. Celui-ci allant même jusqu’à les pousser à se saborder en désespoir de cause.

Leur ultime tournée eut lieu en 1996 et ils restèrent très longtemps sourds aux demandes de reformation. Le Hellfest a pourtant réussi à les refaire remonter sur scène. Concert prévu pour 2011. Si l’éventualité d’un nouvel album est à ce jour exclue, ils cherchent des dates dans des festivals. Avis aux amateurs.

Anecdote savoureuse : après Coroner, Tommy Vetterli (guitare) a tenu le même poste pour Stéphan Eicher. Gageons que sa femme a souvent du lui demander si elle pouvait, si il le permettait, déjeuner en paix.

Enfin en paix!

Et voila les enfants, c’est tout pour aujourd’hui !

Edit : En dépit de la culture encyclopédique de mon estimé camarade Youen, je me rends compte qu’il manque au moins cette chanson du groupe brésilien Violator, qui résume à merveille l’essence du thrash.

Et de vous conseiller également l’écoute du podcast special thrash diffusé un temps sur All Go No Slow ! (dont vous pouvez retrouvez l’interview du taulier Mike sur ce blog)

Dessin : Gwendal
Texte : Youen

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