Mème pas mal : Alexandre Astier

janvier 4th, 20137:32 @

0


Mème pas mal : Alexandre Astier

Merveilleux lecteurs de Centrifugue, bonjour ! Et avant de partir dans des phrases sans fin, je vous présente mes voeux de bonheur pour cette année 1. Ceci étant fait, continuons sur la route chaotique de mes pensées avec un Mème pas mal consacré aujourd’hui à une personne que vous devriez tous connaitre : Alexandre Astier, créateur (entre autres) de la série Kaamelott. Choix un peu bizarre, voire paradoxal, pour un site consacré aux périphéries culturelles. Mais avant de pousser des cris d’orfraie face à ce retournement de veste, rendons-nous au paragraphe suivant.

Le lecteur assidu aura sûrement remarqué que ma production d’articles de journalisme total est un peu à la ramasse ces temps-ci. La principale raison étant ma volonté de me consacrer un peu plus sérieusement au dessin, ce dont j’avais pu déjà vous causer par ici. Alors j’essaie de pallier un peu à cela en republiant d’anciens articles, histoire de ne pas vous laisser orphelins. En plus, comme ces sujets ne sont rattachés pour leur grande majorité à aucune actualité, cela ne pose pas vraiment de soucis à ma conscience professionnelle. Et ca vous évite de vous perdre dans le bordel qu’est devenu ce site.

Mais l’autre raison, plus inavouable, est que j’ai trouvé ces derniers mois peu de sujets périphériques susceptibles de me motiver suffisamment pour faire des recherches et ensuite vous présenter des trésors glanés çà et là. Pas de film, de musique ou autres oeuvres culturelles propres à me foutre sur le cul et à vous coller des étoiles dans les yeux.

Jusqu’à ce que – paradoxe s’il en est – l’explorateur des périphéries que je tente d’être chaque jour que dieu fait se décide à revenir vers le centre. Ainsi, suite au conseil avisé de mon confrère Théodore Brutal, de Tryangle.fr 2, j’ai profité des derniers jours de l’année 2012 pour m’enquiller enfin la série Kaamelott d’Alexandre Astier.

Et oui, je dois le confesser, en dépit de mon attirance pour le mythe arthurien depuis mon enfance – avec la lecture des oeuvres de Jean Markale ou la visite, sous l’oeil attendri de mon géniteur, du lac de Viviane ou de la tombe de Merlin, sis en la forêt de Paimpont – et de mes crises de rire à répétition devant Sacré Grââl ! des Monty Pythons, je n’avais jusqu’ici jamais pris le temps de me pencher sur cette série.

Encore un truc que je dois finir d’ailleurs…

L’absence de poste de télévision depuis des années n’aidait pas à la suivre correctement, ou alors de façon totalement destructurée, quand mon doigt glissait sur la zapette chez mes parents. Et peut-être faudrait-il également ajouter un a priori négatif sur la télévision française, tout hypnotisé que j’étais par l’inventivité en matière de séries venues d’outre-Atlantique.

J’aurais pû ainsi vous causer de Community, mais le grand Rafik Djoumi s’en est déjà occupé sur Capture Mag.

Toujours est-il, et il faut bien l’admettre, que j’avais eu tort de louper Kaamelott. A l’image de la série Daria, j’ai enfin pris le temps de m’enquiller les cinq saisons (la sixème, concernant la jeunesse d’Arthur, est en cours) afin de respecter l’histoire qu’Alexandre Astier avait entrepris de nous narrer. J’ai apprécié bien entendu à leur juste valeur l’absurde qui se dégageait de l’armée de bras cassés entourant le roi Arthur, les répliques qui fusent, les références au jeu de rôle ou à Star Wars. Mais, au final, c’est l’histoire de Kaamelott et son évolution – intra et extradiégétique, comme disent les savants- qui m’auront le plus séduit.

N’hésitez pas regarder les parties suivantes, c’est passionnant

La façon dont Astier est arrivé à utiliser ce créneau casse-gueule de “pastille télévisuelle”, coincée entre deux pubs, pour faire passer des concepts qui lui tiennent à coeur. S’attaquer au “mythe historique” qu’est le cycle arthurien, ce qui nous change grandement des téléfilms historico-pédagogiques sur la Résistance/La Guerre d’Algérie/La Déportation/L’Affaire Dreyfus/La Décolonisation. Respecter au maximum son sujet, avec un souci de véracité à l’écran (qui passe aussi bien par les costumes et les décors que la réalisation. Et la 5e saison en est une belle démonstration). Observer le changement de statut de la série, passant d’ovni télévisuel à objet de culte. Et surtout le talent pour arriver à raconter, sous son aspect comique, une histoire tenant finalement de la tragédie. Une histoire qui touche. L’histoire d’un type qui essaie malgré tout. Quitte à se décourager.

J’arrête ici mon laïus sur Kaamelott. Sur le net, les analyses ne manquent pas concernant la série Kaamelott sur le net, alors vous pouvez toujours commencer par ce petit dossier sur le site Le Village ou ce master de Sébastien Brossard et sa réflexion sur l’échec, cela devrait vous occuper.

Car je ne voudrais pas surtout pas me détourner de mon sujet d’origine, à savoir Alexandre Astier. Tout comme pour sa série, je connaissais peu la personne mais, à l’occasion du documentaire Suck My Geek de Tristan Schulmann et Xavier Sayanoff, j’avais particulièrement apprécié ses interventions. Ce fut vraiment un plaisir de voir ce documentaire tenter de rendre justice à tous ces passionnés bizarres dont j’avais fait partie, sans m’en rendre compte, pendant mon adolescence (et encore maintenant).

Mais, alors qu’on sentait une fierté dans la plupart des intervenants à se revendiquer de cette identité, à la défendre face aux non-initiés, Astier avait le chic de la faire comprendre à tous. En montrant qu’être geek avait plus à voir avec la quête de notre enfant intérieur, celui qui pouvait s’étonner de tout, que la satisfaction d’être membre d’une nouvelle élite.

Devenu une sorte de parrain des geeks français suite à ce documentaire, il serait pourtant incorrect de limiter Alexandre Astier à cette facette. Car quand on se penche un peu sur sa carrière, c’est justement son goût à passer d’un univers à un autre qui séduit le plus. Acteur, musicien, compositeur, auteur, metteur en scène, scénariste, réalisateur et j’en passe sûrement : il y a en lui quelque chose d’impressionnant, voire d’intimidant, à l’image d’un de Vinci ou d’un Dürer, qui pouvaient passer des sciences aux arts sans que cela leur pose le moindre problème.

Passer de la physique quantique à Bach tout en restant divertissant, moi j’dis chapeau bas.

C’est cette passion continue pour le savoir, quel qu’il soit, et surtout sa transmission, fait ainsi d’Alexandre Astier un chic type. Voire, oserai-je, un honnête homme. Et à ce titre il avait donc sa place en ces modestes lieux. Sur ce, je m’en retourne à mon panthéon aztèque, avant d’enchaîner sur une icône féline et une expérimentation sur l’histoire bavaroise. Mais nous en recauserons une autre fois !

Dessin, texte : Gwen

Et en bonus, un peu de jazz et de funk avec l’émission Jazz Fan sur TSF Jazz :

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Formule ô combien banale il faut bien l’avouer mais de un la corvée est faite et de deux je le pense vraiment
  2. Un site qu’il est bien. La preuve, j’écris des papiers là-bas à l’occasion