Mème pas mal : le mème c’est quoi déja ?

octobre 18th, 201310:00 @

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Mème pas mal : le mème c’est quoi déja ?

Lors de mon précédent papier sur Colette Magny, j’avais eu le temps de vous expliquer le concept de cette nouvelle rubrique, mais, étourdi que je suis, j’avais oublié de m’attarder sur son titre : Mème pas mal. Dépassons le jeu de mots subtil pour mieux nous attarder sur ce terme de mème. D’où vient-il, quel est sa mission sur terre, le désormais célèbre lolcat en est-il un ? Vous saurez tout en passant au prochain paragraphe.

Mème. Et non pas même. La différence est subtile mais voulue par son créateur, l’éthologue et biologiste anglais Richard Dawkins, qui l’utilisera, au détour d’un paragraphe, dans son best-seller Le Gène égoiste. Mème signifie pour lui “une unité d’information contenue dans un cerveau et échangeable au sein d’une société”.

Le best seller de Richard Dawkins (pourtant jugé le moins intéressant par son auteur). Edité chez Odile Jacob il est encore disponible en librairie.

Pour faire simple, chacun a en lui un fichier “cheval”, par exemple, dont le contenu évoluera par l’apport d’informations que l’éducation ou nos relations nous prodiguerons. Nous retrouvons ainsi dans le terme mème l’analogie avec le mot français “même” (notre définition du cheval est, grosso modo, la même qu’une autre personne) et avec le gène (capable de mutations, par l’apport d’informations supplémentaires dans le fichier “cheval”).

Je passe sur le contenu principal du livre, à savoir l’extension de la théorie de l’évolution de Charles Darwin à l’échelle du gène. Pour passionnante qu’elle soit (le parallèle avec la physique quantique n’est pas si loin), je m’éloigne du mème. Et mes connaissances scientifiques me feront écrire beaucoup trop d’approximations. Allez quand même faire un tour du côté de l’écologie comportementale si vous avez le temps.

Revenons donc plutot à ces “unités d’informations culturelles” soumises aux lois de l’évolution. Si comparaison n’est pas raison, l’exemple d’un mème internet 1  comme le lolcat est assez parlant : l’idée, en fonction de sa popularité, est copiée, reprise, détournée, transformée. Jusqu’à passer d’un cercle restreint (les utilisateurs d’imageboards comme 4chan ou le forum Usenet) à une reconnaissance mondiale (Article dans Time, site Can I has Cheeseburger qui vient récemment de lever 30 millions de dollars). Une propagation virale qui intéresse également les entreprises (comment faire connaitre sa marque ?) et qui a inspiré à l’auteur Jean-Michel Truong le livre Totalement inhumaine, qui développe cette idée de mèmes prêts à vivre sans nous.

 

Le livre de Pascal Jouxtel, président de la Société francophone de mémétique. En contrepoint, vous pouvez également lire La culture, le gène et le virus : la mémétique en question, de Dominique Guillo

Comprendre les mécanismes qui permettent la transmission et les évolutions de la culture 2 est ainsi devenu le but d’une discipline récente (années 80, peu après le livre de Dawkins donc) : la mémétique. A titre personnel je reste encore dubitatif quant au flou qui entoure encore la mémétique (Quelle définition et périmètre exact donner au mème ? N’est ce pas revenir au signe ? Risques d’approximations quand on brasse des disciplines aussi diverses que l’anthropologie, l’économie, les neurosciences ou la psychologie). Mais l’approche est suffisamment originale pour vous mentionner le site de la Société Francophone de mémétique si vous souhaitez la découvrir et vous faire votre avis.

Mais parler de mème sur Centrifugue sans citer Herman Hesse serait péché. A la dimension scientifique dont je vous ai pour l’instant parlé, l’auteur y ajoute, en 1943, avec le livre Le jeu de perles de verre, la poésie. Ce jeu, dont les règles ne sont pas précisées 3, a pour but de combiner les concepts les plus divers (renfermés dans chaque perle) pour former des enchaînements harmonieux.

Hesse, en cherchant à synthétiser art (et en particulier la musique) et science, se place directement dans le sillon du philosophe Pythagore ou la caractéristique universelle de Leibniz, cette langue propre à décrire le mieux l’univers. Mais y incluant un aspect ludique, Hesse s’en détourne. Plus qu’un moyen d’atteindre une langue universelle, une formule qui expliquerait tout, il s’agit surtout d’expérimenter et d’admirer les possibilités du jeu. D’observer ce que le chaos, le hasard, peut créer d’harmonieux.

Tout ca pour en revenir à Centrifugue.fr. A sa modeste échelle, ce blog essaie d’en faire de mème (oui, je devais la faire celle la) : en créant des ponts, grâce aux liens hypertextes à l’intérieur et l’extérieur du blog, entre des perles de verre aussi dissemblables que Steven Seagal et Jean-Michel Basquiat ou la musique baroque et le breakcore 4. A vous ensuite d’y trouver une harmonie personnelle :)

Pas loin de 5000 signes pour expliquer un jeu de mots, c’est un record. Et j’explose au passage la règle de concision de cette rubrique. Alors tant que j’y suis, autant aborder vite fait cette idée de perles sur Internet qui est des plus utiles pour y mettre un peu d’ordre.

La blogosphère politique (journalistes, syndicats, élus, etc) dans quatre pays européens et les liens qui les unissent. Un exemple de carte créée par Linkfluence.

Le plus évident c’est bien sûr le site Pearltrees qui permet de créer des cartes thématiques (comme le fait Rue 89). L’utilisateur peut alors visualiser les liens entre chaque perle (celle-ci pouvant être une vidéo, un article, un dossier, etc). Mais j’en profite pour également mentionner le boulot de cartographie du web de Linkfluence. Je serai bien en peine de vous expliquer toute la subtilité de leur boulot (vous pouvez cependant lire cet article par Verbal Kint) mais leurs cartes, outre le fait d’être intéressantes (voir à ce sujet celle sur la présidentielle américaine de 2008 ou leur travail récent sur les mémos de Wikileaks), m’ont donné des idées démentes pour Centrifugue.fr et mes petits mickeys. Il me faudra auparavant traiter les innombrables sujets qui trainent sur mon ordi (dont la seconde partie du guide sur Timothy Leary), et culpabiliser suffisamment mon estimé camarade Franck - qui s’y connait aussi en musique – pour concrétiser tout cela, mais j’ai bon espoir !

Sur ce, n’hésitez pas à jouer aux perles de verre sur ce blog en cliquant comme des fous sur les liens et à tantôt.

En vous remerciant.

Texte et dessin : Gwendal (Les portraits utilisés sont, de gauche à droite, ceux d’Aristote, Igorrr, Leibniz, Richard Dawkins, Cheeseburger Cat et Charles Darwin)

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. A propos des mèmes internet, deux sites exhaustifs : Know Your Meme et Encyclopedia Dramatica
  2. Qui ne se limite pas – encore heureux – à un chat qui ne sait pas écrire
  3. Des passionnés ont cependant créé une adaptation jouable en anglais
  4. Si, si, ca existe. Ca s’appelle Igorrr et c’est vachement bien.