Nesblog : du vidéoludique au politique

Chers lecteurs de Centrifugue, bonjour ! Je ressors de mon coma à durée indéterminée afin de poursuivre une série débutée avec MetaTV puis le 7e Antiquaire, à savoir la façon dont Internet offre désormais la possibilité à de nouvelles formes médiatiques d’émerger dans le paysage francophone. Et il était plus que temps de se pencher sur un exemple qui m’intrigue depuis quelques années déjà : Nesblog. Regroupant des youtubeurs populaires comme le Joueur du Grenier, Usul, Realmyop, CdV ou Karim Debbache (mais pas que, comme vous pourrez le constater en consultant mon article graphique), ce site offre un bel exemple de laboratoire pour le journalisme futur (et la création en général), qui questionne, avec l’aide essentielle du jeu vidéo, aussi bien le contenu, la forme que le financement de celui-ci. Passons donc à travers le miroir du pixel pour en savoir plus !

Le phénomène des youtubeurs expliqué à ta mère

Comme j’avais déjà pu l’aborder avec MetaTV, l’arrivée de plateformes de vidéo en ligne en 2005 comme Youtube, Wat TV ou Dailymotion et la généralisation du haut-débit ont donné la possibilité technique à tout un chacun de créer son propre contenu vidéo et de le partager facilement. Tout comme pour le blog (apparu pour la première fois en 1992 avec l’informaticien Tim Berners-Lee mais dont la popularité explose à partir de 95-97 avec l’accès du grand public au net puis, début 2000, avec la généralisation du haut-débit), il s’agit avant tout de faire partager ses passions. Et la plus populaire actuellement n’est autre que le jeu vidéo qui, il est toujours bon de le rappeler, a dépassé en chiffre d’affaires le cinéma depuis 2004, soit désormais depuis plus de 10 ans.

Cet accès à la technologie et la popularité du jeu vidéo ont permis en grande partie l’apparition du phénomène des youtubeurs, avec la monétisation de leurs vidéos depuis 2007, notamment sur Youtube (d’où ce néologisme). S’il n’est pas le premier à pouvoir en vivre  (certains membres de Nesblog, comme RealMyop, Cdv ou Le Joueur du Grenier le faisant par exemple dès 2010 en France), le Suédois Pewdiepie est devenu, au niveau international, l’une des premières stars de cette communauté, capable de générer plusieurs millions d’euros grâce à la diffusion de ses tests de jeux vidéo sur sa chaîne Youtube.

Voila pour le cadre, très vite brossé, du “phénomène youtube”. Si vous souhaitez poussez plus loin ce sujet, vous pouvez lire cet article de Pascale Krémer ou regarder cette émission d’Arret sur images de l’été 2013.

Le cas Nesblog

Pourtant, plus intéressant à mon sens que ces nouvelles stars, qui s’intègrent peu ou prou dans le monde médiatique plus ancien (en devenant un équivalent des stars de cinéma ou des présentateurs télé), est d’aller regarder, comme à mon habitude, un peu à coté, dans les marges. Et c’est là qu’on tombe donc, entre autres, en France, sur Nesblog.

Créé en 2008 par RealMyop et CdV, amis d’enfance et présentateurs de 88 Miles à l’heure, émission de speed run (l’art de terminer un jeu le plus rapidement possible. Sur cette discipline très particulière, vous pouvez d’ailleurs lire cet article très complet d’Etienne Chaudagne ou cette vidéo d’introduction au speedrun par RealMyop), Nesblog est un site qui va fédérer peu à peu des créateurs de contenus (en majorité de la vidéo), dont les plus connus vont être Usul (qui arrive sur Nesblog en 2011), le Joueur du Grenier (en 2012) ou Karim Debbache (en 2013).

Comme je l’aborderai un peu plus loin, cette collaboration est plus complexe qu’un collectif ou qu’une entreprise classique, car chacun des créateurs ou techniciens a un statut particulier. Mais la mise en commun du matériel et des compétences pour la création de vidéos ainsi que l’aide technique et administrative pour une profession émergente (« créateur de contenu vidéo pour le web ») a créé, de facto, ce que certains internautes appellent, gentiment ou de manière fantasmée, la “mafia nesblog”. Une mafia qui, de l’aveu même de ses membres, n’est pas la plus efficace pour générer du cash comme Don Corleone. Mais nous verrons tout cela un peu plus bas.

A défaut d’une ligne éditoriale gravée dans le marbre qui détermine un objectif commun, il y a donc au moins une envie de casser l’isolement propre au créateur et de mettre en commun idées et moyens. « Rassembler tous ceux qu’on aime et qui ont besoin d’aide« , comme le résume RealMyop. Mais on trouve tout de même deux aspects qui permettent de définir » l’esprit Nesblog » :  une volonté assez farouche de rester sur ce média qu’est Internet et l’utilisation du prisme du jeu vidéo pour regarder le monde.

Et, depuis quelques temps, entre la nouvelle série d’Usul Mes chers contemporains, les épisodes WTF d’Alby’s Hobbies, la rubrique Plein les yeux avec les dessins d’Oxyd, Gaetz ou Orioto, ou Koma (consacré au manga), le travail de Nesblog commence à dépasser le simple sujet du jeu vidéo pour s’orienter un peu plus largement vers la culture populaire et contemporaine. Ceci tout en gardant, et c’est le plus important à mon sens, deux éléments importants liés au jeu vidéo : l’interactivité et l’hybridation.

“Ils sont un peu comme moi”, c’est cette idée qui fait la force des youtubeurs. Accessibles potentiellement en un clic, attentifs aux retours de leur communauté et répondant à leurs interrogations, ils établissent également une relation sur la durée, par le format épisodique de leurs créations vidéo. Un rendez-vous régulier qui, comme le soulignait d’ailleurs Dorian Chandelier dans un Radio Usul, peut se rapprocher de ce qui a fait le succès populaire des romans-feuilletons du 19e siècle.

Bien entendu, ce mythe de l’horizontalité se prend du plomb dans l’aile assez facilement dès que certains youtubeurs rétablissent des mécanismes propres aux médias traditionnels, comme la starification (que l’on observe durant les conventions geek/manga/jeu vidéo rassemblant ces youtubeurs), l’assimilation au système traditionnel (avec les filiales de chaînes de télévision qui investissent la création vidéo sur internet, comme M6 avec Golden Moustache ou Canal+ pour Studio Bagel) et leurs rapports peu clairs avec la première source de financement sur Internet qui reste la publicité (via les placement produits dans des vidéos ou tweets sponsorisés) .

Il n’en reste pas moins que le principe d’horizontalité, par rapport à des décennies de verticalité (dépendance au politique, au média mainstream qui vous embauche ou aux contraintes publicitaires), permet au moins de penser un autre rapport avec l’élément déterminant qu’est le public.

Pour ce qui est de l’hybridation, d’autres le diront mieux que moi (voir vidéo ci-dessous) mais, pour aller vite, le jeu-vidéo actuel permet de mixer à un près toutes les formes d’art. Du graphisme à la narration en passant par la sculpture (depuis l’apparition de la 3D), l’architecture avec les mondes ouverts type GTA, le 7e art avec les désormais incontournables cinématiques ou même la danse (le succès des jeux de rythme), le jeu vidéo trouve sa richesse dans la symbiose des genres, la transversalité.

Or ce qui frappe le plus quand on consulte le site Nesblog est de voir la multitude d’approches qu’ont les contributeurs sur un sujet apparemment aussi innocent que le jeu vidéo :

Cette multiplicité du traitement d’un sujet est finalement en parfaite adéquation avec le média Internet. Et montre en creux les lacunes du journalisme plus classique. Depuis l’arrivée de la presse dans le monde numérique aux alentours de 1995, soit maintenant 20 ans, le sentiment qui domine mon esprit est en effet celui d’une incompréhension de ce média par la plupart des journalistes (Ou une trop bonne compréhension pour ceux aux manettes, car Internet est le meilleur outil pour casser leurs positions de pouvoir si durement acquises). Vingt ans pour tester, découvrir et, au final, la presse numérique se résume dans son immense majorité à un simple transfert des contenus audio, audiovisuels et écrits. Un copier-coller qui n’apporte rien de plus (et même moins si l’on aborde la question du financement, comme nous le verra plus bas).

Et ce sont des structures très modestes, en moyens, en matériel et en personnes, où l’on bidouille dans son coin, qui, pour l’instant, utilisent le mieux Internet. L’inertie propres aux plus grosses structures et les problèmes encore importants de financement sur le net (cf les cas récents de Mediapart et Arrêt sur images concernant la TVA) expliquent bien évidemment une plus grande liberté de Nesblog, mais cela ouvre peut-être de nouvelles perspectives au journalisme qu’il s’agirait de ne pas éluder.

JDG et Usul : deux parcours à suivre

Même si mon appréciation de Nesblog se veut globale, je tenais tout de même à me focaliser sur deux exemples pour mettre en lumière l’apparition de nouvelles formes de création : Usul et le Joueur du Grenier.

Après avoir réalisé avec Dorian Chandelier, d’octobre 2011 à janvier 2014, près d’une centaine de chroniques sur l’univers du jeu vidéo, Usul s’est lancé depuis le mois de mai 2014 dans une nouvelle série d’émissions : Mes chers contemporains.

Travail sur les archives, vulgarisation, interrogations sur la société contemporaine via des figures connues : on sent bien la patte Pierre Carles / Bourdieu / Halimi qui, par leur travail sociologique dans les années 90, avait amené l’adolescent que j’étais à se questionner sur le rôle des médias.

Nous sommes bien sûr loin de l’objectivité vantée dans les écoles de journalisme comme valeur cardinale de ce beau métier. Et l’internaute pourra s’énerver à l’occasion des partis-pris gauchisants propres à Usul. Pourtant, au delà de ces critiques parfois justifiables sur la manière d’affirmer aussi ouvertement son point de vue (ou peut-être est-ce parce que nous n’avons plus l’habitude des points de vue divergents dans les médias classiques), je ne peux m’empêcher d’admirer la qualité de ce travail.

Perte de lucidité due à une admiration commune pour Henri Guillemin et Franck Lepage ? Il y a sans doute de cela. Ce qui me fait pourtant attendre avec une certaine impatience une de ses nouvelles vidéo reste sans conteste la manière dont Usul arrive à mettre en scène sa réflexion personnelle.

Embryonnaire (du fait du format court) mais déjà affirmée à l’époque du 3615 Usul, sa grille d’analyse embrasse de plus en plus de sujets. Ce qui ne se fait pas sans heurts, à l’image de son émission sur Etienne Chouard qui lui a amené pas mal de critiques (et qu’il a repris à son compte en réalisant un making of où il explique les limites de sa première vidéo). Il y a pourtant quelque chose de finalement humble dans la manière de vouloir partager sa réflexion, forcément chaotique et évolutive.

Cela créé un rapport en quelque sorte intime – comme on pourrait l’avoir avec un ami en soirée – qui change sa façon de percevoir l’information. Celle-ci n’est plus abordée comme quelque chose venu d’en haut, en fonction du bon vouloir et de l’intérêt des grands médias, mais comme une tentative de maillage horizontal, en rassemblant les informations désormais disponibles à tous dans un ensemble subjectif, certes, mais cohérent.

En affirmant cette subjectivité, tout en faisant preuve de pédagogie dans la forme, Usul change à sa petite échelle l’image du journalisme actuel. Le spectateur, via les 3615 Usul, ses émissions de Radio Usul et ses conférences peut comprendre son parcours et le lieu d’où il parle et observe le monde. On peut bien entendu critiquer cette position, et il sera intéressant de voir comment Usul va continuer ce travail. Mais le journaliste retrouve ainsi un visage et ca change beaucoup de choses.

Le lecteur pourrait s’étonner que j’enchaîne sur l’exemple du Joueur du Grenier dans ce papier résolument intellectualisant. Car après tout, ce qui a entraîné l’énorme popularité de Fred et son camarade Seb (près de 2,5 M d’abonnés sur Youtube) est un mix a priori plus anodin : le jeu vidéo et l’humour.

Tout comme pour Usul, mon esprit critique doit certainement céder face à leur très bon mélange de nostalgie et d’humour absurde. Cependant, là encore, c’est un nouveau projet, le Bazar du grenier, qui est la raison essentielle pour en parler ici.

Lancée en avril 2015, cette chaîne propose, en parallèle aux désormais emblématiques épisodes du Joueur du Grenier, de nouveaux formats vidéos. On retrouve bien sûr du let’s play classique (qui consiste pour un youtubeur à faire découvrir un jeu vidéo au spectateur) mais également des formes plus originales, en particulier Aventures et la série de let’s play narratifs basée sur le jeu This War of mine.

Aventures est une série de vidéos retranscrivant l’expérience que tout un chacun peut vivre grâce au jeu de rôle. Guidés par le maître du jeu Mahyar Shakeri, quatre personnes (Fred et Seb du Grenier, Krayn – contributeur de Nesblog et spécialisé dans le jeu vidéo de rôle – ainsi que Bob Lennon – youtubeur très populaire, avec son comparse Fanta, dans le domaine du let’s play) explorent un univers médiéval-fantastique.

Découpés en épisodes d’environ 30 mn, le visionnage est assez intuitif. Au centre, l’espace de jeu où peuvent se déplacer et agir les personnages, en haut à gauche une caméra braquée sur le maître du jeu et, sur la droite, le même procédé pour les joueurs. Par ailleurs, depuis le mois d’août, des soirées spéciales sont organisées, avec streaming en direct sur Dailymotion.

Comme de coutume en cet article, je ne peux être objectif dès que l’on parle de jeu de rôle. Car au delà d’un univers plaisant, fait de magie et de créatures démentes, l’intérêt réside dans la création d’un espace où l’imagination peut s’épanouir. Ou plutôt les imaginations. Jugées parfois injustes ou fastidieuses, les règles du jeu de rôle sont justement là pour faire le lien et garder une cohérence entre les imaginaires.

J’entends bien certains grincheux arguer qu’il est plus passionnant d’y jouer soi-même, d’interagir sur un univers plutôt que se placer en simple observateur, comme on pourrait le faire avec un film. Ce à quoi je ne pourrais donner tort, tant je garde de merveilleux souvenirs de mes quelques parties de jeu de rôle. Il faudrait pourtant nuancer cet avis par le fait que le public, à l’occasion de soirées spéciales depuis le mois d’août, peut assister en direct à une partie. Et intervenir, via un module de vote, pour influer sur la direction de l’histoire.

Ce serait pourtant pinailler. Et passer à côté du point qui rend Aventures le plus intéressant. Depuis la diffusion du premier épisode du Joueur du grenier, on sent une réelle ambition dans leur travail. Ambition, le mot peut apparaître pompeux, voire ambigu à l’heure de la course à la célébrité. Je le trouve pourtant juste pour qualifier cet effort d’innover et d’améliorer à chaque fois ce que l’on créé.

Que cela soit par la technique (meilleure image et prise de son au fil des épisodes, effets spéciaux, costumes puis, dernièrement, prise de vue originales via un drone) ou par l’écriture (ajouts de gags et de personnages récurrents, références nombreuses à la pop culture), l’univers du Joueur du grenier s’est étoffé et solidifié. Et le succès qu’il remporte est somme toute logique, ayant su marier popularité (du jeu vidéo et de l’univers geek de façon large) et talent (idées et technique).

Pourtant, en écoutant les différentes interviews disponibles sur le net de Fred et Seb, on sent chez eux la peur de tomber dans la formule, le train-train. Cela s’est manifesté assez vite dans le Joueur du Grenier avec la participation d’un autre membre de Nesblog, Karim Debbache, au travail d’écriture. Profitant de sa passion pour le cinéma (Regardez Crossed, c’est un ordre), les épisodes se sont détachés peu à peu du jeu vidéo critiqué afin de construire des histoires parallèles, en particulier avec le triptyque consacré aux jeux de rôle et la série des Papy grenier.

C’est cette envie d’offrir au spectateur un univers à la fois familier (celui du jeu vidéo, du “monde JdG”, avec son humour, ses références, ses personnages et la participation ponctuelle d’autres youtubeurs) et en constante évolution qui est suffisamment rare pour être relevée.

L’autre exemple qui démontre bien cette vision est la série de vidéos réalisées à partir du jeu This War of Mine. Développée par 11 bits Studios, il prend pour cadre une guerre civile similaire à l’ex-Yougoslavie. Au joueur de contrôler les actions d’un petit groupe de civils pris au piège entre deux feux. Et tenter de survivre, quitte à enfreindre ses principes moraux. Utilisant le principe de la survie actuellement très populaire (comme le montre le succès de Walking Dead, BD déclinée d’ailleurs depuis en série et en jeu vidéo), This War of mine a déjà pour atout de renverser l’image habituelle de la guerre dans le jeu vidéo. Au revoir l’exultation du head shot après un assaut intrépide et bonjour la peur de mourir de froid ou de faim.

Or, en mixant phases de gameplay, techniques de cinéma (montage, zoom) et narration dans le let’s play qu’il consacre à ce jeu, le Joueur du Grenier rajoute une dimension immersive inédite, et même par moments de l’empathie pour des êtres faits de pixels. La lenteur, l’ambiance sombre, le doute et le questionnement moral ont de quoi rebuter les fans (un épisode de This War of Mine est vu par environ 200 000 personnes contre plusieurs millions pour les épisodes classiques sur le retro gaming) mais je ne peux m’empêcher d’y voir une idée passionnante pour enrichir le reportage de terrain. Y apporter des éléments jusque là exclus au nom de la sacro-sainte objectivité. Du ressenti.

Faute de temps, et pour ne pas m’éparpiller encore plus, je vais m’abstenir de développer ce point, mais vous pouvez aller jeter un coup d’oeil sur le site Game Trekking de Jordan Magnuson qui adapte ses reportages sous forme de jeux vidéo ainsi que sur In Memoriam par Lexis Numérique, qui donnait la possibilité au joueur d’aller chercher des indices sur des sites internet, dont des articles de journaux.

Tout comme Usul, je manque un peu de recul face à ce travail du Joueur du Grenier, et il sera des plus intéressant d’observer la façon dont la chaîne va évoluer. Mais, d’ores et déjà, on ne peut que saluer cette volonté d’expérimenter, tester, innover, voire se planter.

Le financement : nerf de la passion

Revenons à des considérations plus matérielles, mais pas forcément bas de plafond, avec la question de l’argent. L’élément qui ressort de la plupart des expériences de youtubeurs ou des blogueurs – y compris ceux qui arrivent à en vivre – quant à ce qui les motive à publier est la passion. Le plaisir de créer un artefact et de le mettre à disposition de tous. Louable intention s’il en est mais une passion est, par nature, dévorante. On y consacre du temps, de l’énergie et, fatalement, se pose la question de “comment continuer à faire ce qui nous plait ?”. Surtout quand il y a un loyer à payer.

Au sein de Nesblog, les parcours sont assez différents pour y répondre d’un bloc mais deux éléments ont permis jusqu’à présent à cette communauté de poursuivre son travail : la monétisation des vidéos et leur partenariat avec Jeuvideo.com. Pour ce qui est de la monétisation, cette vidéo du Rire jaune l’explique assez bien :

Mais si vous n’avez pas le temps de la regarder, il y a trois grandes façons de monétiser une vidéo :

  • Enclencher l’option une fois que vous avez créé un contenu (c’est ce qui se passe généralement pour une vidéo virale ponctuelle d’un inconnu)
  • Signer, quand vous commencez à avoir une certaine visibilité/popularité,  un contrat avec un Network (on en compte des milliers mais le plus connu est Machinima). Celui-ci va alors gérer le placement des pubs au début des vidéos et surtout s’occuper des éventuels problèmes de droits (réutilisation d’extraits de films ou de jeux vidéo qui n’appartiennent pas au youtubeur). C’est par exemple l’option choisie par le Joueur du Grenier, qui lui permet de garder les droits sur ses vidéos, s’il souhaite ensuite les sortir en DVD.
  • Et, troisième option (pas développée dans la vidéo), être rémunéré de façon plus classique à l’épisode, via une boîte de production (cas de Studio Bagel et Golden Moustache) ou un site (comme Nesblog avec Jeuvideo.com), et qui pourra aussi se charger des questions de droits d’auteur. Mais c’est le risque pour le youtubeur de partager ses droits avec la société qui le produit.

Pour ce que qui est des revenus proprement dits, il est très compliqué de donner des chiffres précis, car les gros youtubeurs ont parfois un contrat de confidentialité qui leur interdit de les divulguer et le tarif “vidéo vue / argent reversé” est encore très fluctuant, en particulier à cause de l’explosion du nombre de vidéos. Plus y en a, moins cela vaut. Bienvenue dans le monde marchand.

Par ailleurs le nombre de vus pour une vidéo ne permet pas de bien estimer ces revenus (calculés souvent au doigt mouillé à partir du “1 euro pour 1 000 vus”), car il convient d’enlever de ce chiffre brut les vidéos non monétisées ou dont la monétisation va un tiers (qui possède les droits d’un jeu vidéo ou d’une musique utilisés pour réaliser une chronique par exemple) et le nombre de gens disposant de l’extension pour navigateur internet de type Adblock car, en zappant la pub, ils n’apportent logiquement pas de revenus au youtubeur

Et à cette somme supposée, qui ne constitue que les recettes et pas le bénéfice, il convient ensuite d’enlever les taxes (23% si l’on est sous statut d’auto-entrepreneur, 50 % ou plus si les revenus dépassent les 32000 euros par an), les dépenses d’investissement dans le matériel (caméra, éclairage, micro, fonds verts, costumes, etc) puis, sur cette somme finale, la diviser entre le nombre de personnes impliquées dans la création du contenu.

Si on met donc de côté les cas très particuliers des stars, dont fait partie actuellement le Joueur du Grenier (Avec plusieurs millions de vus, ils peuvent en effet cumuler des partenariats avec des grandes marques via du placement produit sur leur vidéos et leurs réseaux sociaux et atteindre ainsi les 10 à 20 000 euros par mois), les sommes engrangées sont, au final assez modestes du côté de Nesblog.

En s’intéressant à des sujets de niche, leur nombre de vus varie de quelques dizaines à centaines de milliers, ce qui leur permet d’atteindre l’équivalent d’un smic, de l’aveu même de RealMyop au site Ecran large, à l’occasion du conflit avec Jeuvideo.com (voir plus bas). Voire moins, comme l’explique Charles, de l’émission Afterbit, également diffusée sur ce site.

Rien de scandaleux donc (et ceux qui le seraient éventuellement feraient mieux d’aller voir du côté du Cac40). Mais l’incompréhension est légitime, pour les plus âgés d’entre nous, de voir des types de moins de 35 ans s’amuser tout en arrivant à en vivre (un peu). “Ce n’est pas sérieux”, pourraient-il dire. Et ils auraient raison dans la majorité des cas. Combien de youtubeurs ou de blogueurs en devenir ont en effet lâché l’affaire, au fil des mois ou des années, en se rendant compte que, derrière le fun affiché devant l’écran, cela demandait du boulot et de la régularité en coulisses ?

Jeuvideo.com et Nesblog : une page se tourne

Si j’avais été un véritable journaliste total, j’aurais du écrire cet article il y a bien 2 ou 3 ans, quand l’effervescence autour des youtubeurs étaient à son pic. Mais que voulez-vous, je prends mon temps plutôt que de courir après l’actualité. Et finalement ce n’est pas plus mal car, cet été 2015, une page s’est en quelque sorte tournée pour Nesblog, avec “l’affaire Jeuvideo.com”.

Pour ceux qui veulent creuser, je vous conseille de lire l’interview de Realmyop mentionnée plus haut ou consulter ce sujet sur le forum de JVC mais, pour résumer encore une fois, les vidéos créées par les membres les plus connus de Nesblog – une dizaine -, après un passage par le défunt Jeuvideo.fr ou Dailymotion, étaient hébergées par le site Jeuvideo.com.

Cela leur assurait des revenus et une visibilité, tout en gardant une assez grande liberté éditoriale. Si le tarif était plus généreux que sur Youtube pour une vidéo (environ 1 000 euros par épisode), les critiques de la communauté et des auteurs sont devenues de plus en vives quant à la politique du site qui a décidé de mettre l’accent sur “l’usine à clics”.

Car il y a deux techniques pour avoir de la visibilité sur les Internets :

  • Devenir un point de référence qui, par sa qualité (humour, créativité, originalité, pertinence, etc), va attirer au fur à et à mesure les gens. Et ceux-ci vont contribuer à le faire de nouveau grandir quand il le partageront à leurs connaissances. (NDR : Ca c’était mon plan à la base pour Centrifugue ! Touchante naïveté)
  • Produire du contenu à la chaîne à partir de copier/coller de contenus d’autres personnes. En le modifiant vaguement afin de ne pas verser dans le plagiat pur et simple, tout en l’optimisant avec des mots-clés précis, pour faire plaisir aux robots de Google chargés du référencement. L’article est plus visible dès la première page de recherche, les gens cliquent dessus, restent vaguement 30s sur la page et, après l’avoir éventuellement partagé à un pote, accompagné d’un “lol” bien senti, ils l’auront oublié le lendemain. Mais ils seront plein à l’avoir fait.

Or, comme de bien entendu, faire de la qualité c’est sympa mais cela prend du temps. Et le temps c’est de l’argent. Dès lors, copier/coller prenant deux secondes, il n’est pas difficile d’imaginer de quel côté penche la balance. Il est donc fort probable que, d’un point de vue économique, verser ces quelques milliers d’euros à des créateurs n’était, au regard de leur nombre de vus, plus jugé rentable pour Jeuvideo.com. D’où ce coup de pression du site, durant l’été 2015, adressé à leurs créateurs de vidéos (Nesblog, avec l’exemple d’Afterbit, mais également Parlons peu, parlons pub) afin qu’ils leur apportent des contenus plus séduisants.

Et, comme dit RealMyop dans l’entretien sur Ecran large, ce fut un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le ton s’est apparemment calmé entre JVC et Nesblog depuis l’été mais, en décembre 2015, ce dernier ne sera plus rémunéré et arrêtera donc la fourniture de contenus.

En raison de critiques régulières de Nesblog et des utilisateurs sur le manque de mise en avant des contenus sur le site Jeuvideo.com et des problèmes de lecteur vidéo, les émissions déjà diffusées ont été transférées depuis 2013 sur Youtube (avec un délai, pour ne pas pénaliser le premier lieu de diffusion). Ce qui permet de continuer leur monétisation mais, effet pervers de l’usine à clics expliquée plus haut, l‘inflation actuelle de vidéos disponibles diminue forcément la rémunération des auteurs.

Des amorces de financements alternatifs

Tout cela amène à la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement (et c’est là que je retombe sur mes pattes quant à la question du journalisme en général). Ca doit cogiter sec en ce moment chez Nesblog, comme ils l’ont déjà exprimé récemment mais, on observant ce qui se fait déjà actuellement au niveau individuel chez eux, on voit quatre pistes :

  • S’appuyer, comme le Joueur du grenier, sur un contenu référence (les tests de retro gaming) qui apporte des fonds réguliers et les utiliser pour en vivre et développer un laboratoire (Le Bazar). En espérant qu’un de ces essais devienne lui même une référence quand ses créateurs voudront arrêter les épisodes classiques.
  • Participer à ce que l’on appelle des « opérations spéciales ». A savoir être payé par un éditeur pour parler d’un jeu, comme a pu le faire le Joueur du Grenier avec Dragon’s Dogma. Dans leur cas, les vidéos sont réalisées s’il n’y a pas d’interférence sur le contenu (comme des critiques éventuelles sur le jeu vidéo). Mais les risques de publicité déguisée ne sont pas à négliger.
  • Axer son travail, comme Krayn, CdV et Realmyop, sur le rendez-vous. En diffusant leurs sessions de jeux vidéo, le spectateur peut les suivre en direct via Twitch et leur poser directement des questions via le chat. En échange, le spectateur peut faire un don (en général de 5 à 10 euros) pour les remercier. Krayne utilise par exemple le site Tipeee, qui permet d’assurer un versement modeste (environ 300 euros) mais régulier. Cependant, dans le cas de Realmyop, cet argent permet seulement de financer le matériel audiovisuel ou le fonctionnement du site Nesblog, celui-ci n’affichant aucune pub. On est donc encore loin d’un substitut de salaire.
  • Utiliser le système de crowdfunding pour des projets à long terme, comme pour Usul sur Tipeee, avec Mes chers contemporains, ou Karim Debbache, sur Ulule, avec sa future série, Chroma. Le principe étant de présenter aux gens son idée (ici une série de vidéos) et de la budgétiser. Puis de croiser les doigts pour qu’ils donnent de 1 à 50 euros (et parfois plus) afin de la financer. Une nuance tout de même entre ces deux méthodes : le rythme de publication d’Usul étant assez lent (un épisode tous les 5 mois environ), celui-ci est rémunéré lors de la publication d’un épisode alors que, pour Chroma, c’est l’ensemble de la saison qui a été financée d’un coup. Ulule permet de financer un projet et Tipeee un créateur, pour faire simple.

A cela pourrait bien sûr s’ajouter le système d’abonnement, utilisé par Arrêt sur images ou Médiapart par exemple, mais l’accès gratuit au contenu, toujours d’après Realmyop, est un choix qu’ils souhaitent maintenir. Tout comme l’absence de publicités sur le site.

Bien malin qui saura trouver la formule parfaite de financement (NDR : Et si je l’avais, cela fait longtemps que j’aurais fait fortune !). Je trouve cependant intéressant les crowdfundings lancés par Karim Debbache et Usul car ils basculent la logique actuelle de l’information. Le créateur n’arrive plus devant le spectateur avec son oeuvre finie et en disant “Si tu veux en profiter, c’est tant” . Ce qui aurait tendance à créer une barrière frustrante. Comme une cloche de verre sur un gâteau.

Pour Mes chers contemporains et Chroma, l’idée est plutôt de dire au public “Voici l’idée que j’ai en tête et, pour la réaliser de la meilleure des manières, je vais avoir besoin de tant”. Le crowdfunding peut évidemment titiller la corde VIP qui sommeille en nous avec le système des contreparties (« Si tu donnes plus de sous, tu auras des contenus exclusifs »). Et c’est discutable. Mais, dans le cas de Chroma, ces avantages se limitent à du merchandising classique et, pour Usul, une plus grande information sur l’état d’avancement de ces épisodes.

L’essentiel reste que, avec le crowdfunding, le public est pris en compte dans la création de contenu. Pas dans son avis général ou supposé (calculé en fonction de l’audimat, d’enquêtes d’opinion ou d’idées reçues), comme dans les médias classiques, mais dans un rôle de charpente. C’est lui qui apporte la matière (via l’argent) que l’auteur va pouvoir ensuite modeler avec ses outils.

Cela demande en revanche, il s’entend bien, d’avoir, comme Karim Debbache et Usul, une certaine visibilité au départ pour fédérer une masse de gens suffisantes. Et l’on revient sur les problèmes de starification actuels sur le net (cf le podcast ci-dessus) où, pour qu’un projet émerge, il se doit d’être porté par quelqu’un d’un minimum connu. Sinon c’est un coup à passer des heures à faire du porte-à-porte sur les réseaux sociaux pour présenter son idée. Et, au final, faire la manche devant une boulangerie a des chances d’être plus rentable.

Encore relativement inconnus du grand public, ils ont pourtant réussi à collecter actuellement 10.000 euros (chiffre actuel qui ne prend donc pas en compte les débuts où la somme était évidemment moindre) par épisode pour Usul (avec 6 épisodes et un hors série diffusés) et plus de 200.000 euros pour la saison complète de Chroma pour Karim Debbache (avec douze épisodes de prévus). Le manque de recul ne permet pas de m’avancer beaucoup plus sur le sujet mais, en l’état, ce système de financement semble une alternative viable à la production de contenus hors des réseaux habituels.

On est encore très loin d’une idée de licence globale ou autre projet qui permettrait de financer la création du plus grand nombre de façon plus neutre (Il faut toujours passer par une société privée et cela pose forcément des problèmes éthiques), mais le crowdfunding permet déjà d’en lancer certaines qui n’auraient pas pu apparaître il y a quelques années encore. Et ca fait plaisir.

Le retour du public dans l’équation ?

Reste à observer maintenant un élément déterminant à l’avenir : la place du public dans cette création. C’est ce qu’amène justement la contrepartie sur Mes chers contemporains où, à partir d’une certaine somme, les personnes sont tenues au courant de l’avancement du projet et peuvent donc savoir, en quelque sorte, où va leur argent.

Et ce doit être une donnée compliqué à gérer actuellement pour l’équipe de Chroma. Car aux 20.000 euros demandés au départ pour réaliser leur saison, ils ont fait exploser le compteur. Et même le site français d’Ulule au passage qui, face à un afflux inédit de contributeurs, a flanché et a du être redirigé vers sa version anglaise. 50 000 euros en 48 minutes, 160 000 au bout de 24 h et, à l’heure où j’écris ces lignes, la collecte étant terminée, 206 006 euros exactement.

Ca en fait de l’argent d’un coup. Et ca pourrait même faire halluciner le lecteur de passage. Pourtant, comme le fera bientôt plus en détail Nesblog de son côté en publiant les comptes,  il convient de revenir à la réalité. Comme pour les sommes perçues par les youtubeurs classiques avec le nombre de vus, ce ne sont pas 200 000 euros net qui tombent dans leur escarcelle.

Enlevez la TVA, les 7 à 8% que récupère le site Ulule, les frais de comptabilité et de gestion ainsi que les 10% mis de côté pour la trésorerie et on redescend déjà à 140 000 euros de budget réel. De plus, en comparaison, comme le précise Realmyop, pour produire le même type de contenu pour la télévision, il faudrait prévoir un budget de 600 000 euros. Par ailleurs, sur ces 140 000 euros, 90 000 seront utilisés pour embaucher Karim Debbache, Jérémy Morvan et Gilles Stella, les auteurs de Chroma, pendant un an en CDD et 3 000 euros seront alloués par épisode pour le matériel. Cela laisse donc finalement peu de marge pour acheter de la cocaïne et des prostituées.

A noter tout de même que les épisodes de Chroma seront diffusés sur Dailymotion, qui rémunérera les auteurs à raison de 2 000 euros par épisode et que 10 % de cette somme sera reversée au site Nesblog (qui n’a rien perçu lors de la phase de collecte sur Ulule). De quoi donc donner un peu d’air mais, là encore, pas de drogue ou de femmes lascives à l’horizon.

Ce genre de situation est encore rare (mais pas inédite, comme l’avait prouvé la série Noob, qui avait collecté 680 000 euros en 2013 pour continuer leur aventure sous forme de films) mais soulève logiquement des interrogations dès que de telles sommes sont en jeu.

Plus que de la méfiance cela dit, j’y vois surtout une superbe occasion, comme je le disais plus haut, d’incorporer le public au processus de création. Dans l’idéal, il ne faudrait pas qu’il intervienne sur le contenu en lui-même (puisqu’on paie, au final, pour avoir une création subjective et originale) mais comme un observateur. Qui veillerait à ce que l’édifice voulu par l’architecte/youtubeur tienne à peu près droit et soit conforme au plan de départ. Et, intérêt supplémentaire, s’il se pète la gueule, il y a de très fortes chances pour que les ouvriers ne rebossent pas de sitôt avec l’architecte.

Tout ceci est bien entendu théorique et je n’ai pas en tête les outils adéquats pour assurer un tel rôle de contrôle mais cette relation directe public/créateur (qui se manifeste bien au delà de la vidéo) me semble de plus en plus essentielle. Voire même politique. Car, au final, l’exemple de Nesblog, parmi tant d’autres, revient à se poser la question du travail.

Le travail, c’est plus ce que c’était

Si l’on regarde les différents contributeurs de Nesblog, on retrouve en effet un portrait d’une génération, à cheval entre le vieux con que je suis en train de devenir et celui qui est en fin d’études (soit 25-35 ans pour résumer). Une génération diplômée et passionnée mais en galère professionnelle. Alternant petit jobs, stages, CDD, réorientation professionnelle, chômage ou RSA. Et je rajouterais également un petit détail, pas négligeable vu le passé centralisateur de la France, à savoir qu’une bonne part des membres de Nesblog résident en province. Il faut dire que ca grève tout de suite moins son budget vu le coût de la vie à Paris et que, avec la généralisation du haut débit dans notre pays et le métier de créateur de contenu sur le net, la position géographique n’est plus aussi essentielle. Le youtubeur serait-il l’avant-garde de la relocalisation ?

Je souhaitais au départ illustrer ce portrait par l’exemple de Seb et Fred du Joueur du Grenier. Mais avec le recul, j’ai eu peur que cet arbre cache la forêt Nesblog : « A part eux, personne parmi les contributeurs de Nesblog n’est payé à son niveau de qualification. On est même plus proches de ce que touche un technicien non qualifié. Tout en ne bénéficiant pas des avantages (NDR : comme les droits au chômage notamment) d’un salarié« , explique en effet Realmyop.  Mais, via leur success story, le parcours de Seb et Fred me semble, en dépit de ce bémol indispensable, tout de même emblématique.

Après avoir réalisé un temps des vidéos promotionnelles pour de petits communes leurs études terminées, ils se sont retrouvés au chômage. Et c’est durant cette parenthèse qu’ils se sont lancés dans la réalisation du Joueur du Grenier. L’idée n’était pas d’en vivre à la base (ils ont d’ailleurs passé deux ans sans les monétiser de façon efficace, par méconnaissance du sujet) mais juste de faire ce qui les motivait pendant ces quelques mois où ils pouvaient compter sur leurs allocations.

Soit un parfait exemple du travail libre. Qu’ils soient donc actuellement rémunérés pour continuer cette aventure n’est au final qu’une juste contrepartie pour tout le boulot effectué en amont. C’est même louable comme démarche car ils ont créé par eux même une activité relativement inédite, en utilisant de nouveaux outils mis à leur disposition.

Là encore, impossible de m’avancer plus loin sur le sujet du travail, à moins de jouer les Madame Irma (NDR : Mais j’y reviendrai sûrement un jour). Reste que Nesblog a une belle occasion, avec le public qu’il a constitué et ce fonctionnement en communauté, de tester de nouvelles solutions. C’est loin d’être simple car, comme dit plus haut, l’entité Nesblog regroupe des statuts de contributeurs très différents. Actuellement sous statut de société, va t-elle s’orienter vers une forme plus coopérative ? Mettre en place des méthodes inédites de financement ? Là encore, c’est une question à laquelle seule Nesblog pourra répondre. Mais il est certain que leur expérience ne pourra qu’être enrichissante pour tous les créateurs de contenus sur Internet et leur inspirer, peut-être, de nouvelles formes de travail collectif.

Texte, illustrations : Gwen

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