Osamu Tezuka : Histoires pour tous. Et pour la vie

mai 31st, 20111:00 @

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Osamu Tezuka : Histoires pour tous. Et pour la vie

Astro le petit robot, Le roi Léo 1 : deux dessins animés qu’ont pu découvrir les Français dans les années 80. Deux héros dont la renommée a dépassé le Japon mais qui ne constituent que la partie émergée du travail de leur créateur : Osamu Tezuka. 150 000 pages, 7 000 histoires, de quoi donner le vertige à tout lecteur de BD. Et l’embarras du choix pour celui qui souhaite découvrir cet auteur. Heureusement, la publication chez Delcourt d’Histoires pour tous, courtes histoires compilées en 13 volumes, est la parfaite introduction pour pénétrer dans l’univers d’un des plus grands mangaka.

Parfaite introduction en effet que ces Histoires pour tous (une cinquantaine de pages par histoire en moyenne) car, de par la variété des sujets abordés, elles témoignent de la richesse de l’univers d’Osamu Tezuka . Technologie, dénonciation de la guerre, admiration pour la nature et les êtres vivants, regard sur l’actualité mais également sur l’histoire japonaise (ses coutumes, ses croyances, ses archaïsmes) ou européenne, etc. Et un véritable travail de funambule où les influences se combinent, culminant avec Adachi-Ga-Hara, adaptation dans un univers de science-fiction d’une pièce du théâtre nô datant du XIVe siècle.

Cette richesse (qui fera le bonheur des amoureux du Japon) n’est cependant jamais pesante, étouffante, car le récit prime toujours. Tout comme Hayaho Miyazaki, autre grande figure de l’animation japonaise, Tezuka sait comment emporter à coup sûr le lecteur dans son récit. En prenant comme héros des enfants ou de jeunes animaux, l’identification est ainsi facilitée.

Mais cette « astuce » a surtout l’intérêt de renvoyer à la face du lecteur le regard sans concession porté par ces héros. Pollution, cruauté envers les d’animaux, patrimoine culturel et naturel détruits, l’univers dépeint par Tezuka évite toute édulcoration. Oui, la réalité peut être injuste, cruelle, épouvantable (les récits du premier tome sur la jeunesse de Tezuka pendant la Seconde Guerre mondiale) mais c’est au coeur de cette réalité que peuvent naître la poésie, la saveur de l’instant présent (Shiranui et ses dessins chargés d’émotion).

Réduire cependant Tezuka à ces grandes idées, aussi belles soient elles, serait un peu court. Non content d’être un grand conteur, s’inspirant aussi bien du fantastique européen (Invitation au grotesque) ou de l’Antiquité, Tezuka est également un grand dessinateur. Si l’on se risquait à un parallèle européen, il faudrait sans nulle doute mentionner Franquin pour le dynamisme de son trait (amplifié par un découpage cinématographique inédit à l’époque) mais également Gotlib, pour son humour incongru, tels des clins d’oeil aux fans, et un talent pour la caricature.

Indépendants les uns des autres, ces histoires pour tous sont une lecture parfaite avant de se lover dans les bras de Morphée, la tête pleine de récits magiques. En espérant que ces histoires ne soient qu’une entrée en matière avant de se plonger dans des oeuvres moins connues, telles AyakoL’histoire des trois Adolf (Edit : dont je n’ai jamais réussi à trouver tous les tomes, grrr ) ou Barbara, mais qui se révèlent indispensables.

Pour aller plus loin

Manga no Kamisama, « le dieu du manga » en japonais. C’est l’un de surnoms donné à Osamu Tezuka. Difficile dès lors de vouloir brosser un portrait en quelques lignes de cet artiste, tant son influence a été essentielle à la reconnaissance de la manga au Japon et dans le monde. On peut en revanche recommander Osamu Tezuka : biographie (4 tomes, chez Casterman), récit en BD de la vie de Tezuka et réalisée par ses disciples. Reprenant sa patte graphique, l’ouvrage, s’il n’évite pas l’écueil de l’hagiographie par moments, retrace avec plaisir et détails sa vie et son oeuvre.

La revue Manga 10000images lui consacre de plus son numéro de février 2009. Osamu Tezuka: dissection d’un mythe, sous la direction éditoriale d’Hervé Brient, comporte biographie, études d’oeuvres, analyse narrative et stylistique, mais aussi chroniques de mangas et paroles d’éditeurs et un court récit de Tezuka. De quoi donner envie de se plonger corps et âme dans la colossale production du créateur d’Astroboy, désormais largement diffusée en France. (Edit : Vous pouvez télécharger des extraits du livre en pdf ici).

Texte : Gwendal

Edit : Retrouvez des dessins d’Osamu Tezuka sur ma galerie Flickr

Lien

Le site Bodoï propose également un guide complet, réalisé par Benjamin Roure, Kara et Pamela Messi, des principales oeuvres de Tezuka disponibles en France.

Si vous souhaitez en savoir, voici enfin deux autres sites, en anglais, consacrés à Tezuka : Tezuka in English et TezukaOsamu.net

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Notes:

  1. Un dessin animé qui comporte d’ailleurs des troublantes ressemblances avec Le Roi lion produit par Disney. Je vous renvoie à cet article de Cecil Adams sur The Straight Dope pour en savoir plus