Otomo : fils rebelle de Tezuka

février 20th, 20112:41 @

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Otomo : fils rebelle de Tezuka

Si l’on peut considérer Osamu Tezuka comme le père du manga, son fils rebelle et tout aussi talentueux pourrait très bien être Katsuhiro Ôtomo. Mondialement connu avec son chef d’oeuvre-fleuve Akira, Ôtomo n’est pourtant pas aussi prolifique que Tezuka (qui le pourrait d’ailleurs ?). Ce qui rend d’autant plus intéressant la sortie en France de Katsuhiro Otomo Anthology chez Sensei, regroupant dix courts récits réalisés antérieurement. Une bonne occasion pour les néophytes de découvrir son univers, et pour les fans de mieux comprendre la genèse de son oeuvre-phare.

En dépit de quelques tentatives d’édition dans les années 70-80 (dont Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa en 1983, par les Humanoïdes Associés) le manga est resté longtemps un secteur marginalisé en France. Seuls les animes connurent un succès (Goldorak et Candy en premiers) grâce à leur diffusion à la télévision. Cependant le public visé restait avant tout les enfants (si l’on excepte des animes comme Cobra ou Ken le Survivant, destinés à l’origine à un public plus âgé).

Il faut véritablement attendre 1990 pour voir naître le manga, sous sa forme papier, en France. Et ce premier bébé, édité par Glénat en 31 fascicules jusqu’en 1992, n’est autre qu’Akira *. Se déroulant  en 2019, à Néo Tokyo (bâtie sur l’ancienne ville, rasée par une explosion), l’histoire suit une bande de jeunes motards désoeuvrés (les bosozokus ) dont l’un d’entre eux, suite à un accident, est capturé par l’armée japonaise. Le chef de la bande, Kaneda, va alors essayer de retrouver son ami, Tetsuo. S’en suit un récit haletant où se mêlent intrigues politiques, traumatisme de Nagazaki et d’Hiroshima et pouvoirs psychiques.

Pour écouter la version intégrale du morceau, qui me file toujours des frissons, c’est ici.

Par son ton et ses enjeux, Akira tranche avec les publications contemporaines. Sombre, violent, Ôtomo livre un récit empli de rage et emblématique de la perte des illusions de la jeunesse des années 80. Militaires, politiques, religieux et même le cadre urbain (renforcé par un trait ultraréaliste), tout cela confine la jeunesse dans un espace corseté dont elle souhaite à tout prix s’extraire. Ôtomo s’extrait également des codes du manga en s’inspirant grandement de la science-fiction, de 2001 l’Odyssée de l’espace à Blade Runner ou l’univers cyberpunk. Cette fascination pour ce genre aura d’ailleurs pour effet de tisser des liens très forts en France, avec la maison d’édition les Humanoïdes associés (qui publiera Dômu) et Jean Giraud, alias Moebius (qui collaborera avec Ôtomo sur Icare).

L’oeuvre monumentale qu’est Akira (près de huit années de publication au Japon) ne doit cependant pas occulter le reste du travail d’Ôtomo et, à ce titre, Katsuhiro Ôtomo Anthology est une lecture plus que recommandée. Parmi ces histoires, Fireball intéressera à coup sur les connaisseurs, étant à l’origine, de par ses thèmes, d’Akira et Dômu. Tout aussi important, ces courts récits offrent à Ôtomo des espaces de jeux pour multiplier les expériences techniques, avec l’encrage de Flower (inspiré par le travail de Moebius) ou le travail sur ordinateur avec Farewell to Weapons.

Si l’on pouvait le remarquer par moments dans Akira, Otomo est également très à l’aise dans le registre de l’humour. Chronicle of the Planet Tako est à ce sujet totalement délirant mais ce sont les pastiches d’histoires européennes de That’s Amazing World qui sont les plus surprenantes. Acides et ironiques, on en vient presque, à la lecture de sa parodie des chevaliers de la Table ronde, à se demander si l’on est pas en train de lire Cinémastock, le parallèle entre le trait d’Alexis et celui d’Ôtomo étant troublant.

Edit : retrouvez des dessins de Katsuhiro Ôtomo sur ma galerie Flickr

Gwendal

* Cette édition française est une traduction de la version américaine par Steve Oliff, comportant quelques modifications par rapport à la version originale. Notamment la colorisation et des changements de dates dans le récit.

Bibliographie sélective
Akira, 14 volumes couleur ou 6 volumes noir et blanc, Glénat
Dômu, Rêves d’enfant, Les Humanoïdes Associés
Katsuhiro Ôtomo Anthology, Sensei
Hipira (scénario) avec Shinji Kimura (dessin), Casterman
Mother Sarah (scénario) avec Takumi Nagayasu, 11 volumes, Delcourt
Zed (scénario) avec Amina Okada, Glénat
A noter également sa participation à Batman : Black and White vol. 1 aux côtés de Neil Gaiman

Filmographie sélective
Akira, 1988
Memories (segment Cannon Folder), 1995
Metropolis (scénario, adaptation par Rintaro du manga éponyme d’Osamu Tezuka), 2001
Steamboy, 2004
Liste complète de sa filmographie sur IMDB

Liens
Un site de fan en français très fourni

Un autre site dédié à Akira (en anglais)

Une interview (en anglais) de Katsuhiro Ôtomo sur le site Midnight Eye

Une critique du film d’animation Akira par Yannick Vély

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