Quelques grammes de brutalité dans un monde de finesse (1/2) : le grindcore

novembre 2nd, 20114:57 @

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Quelques grammes de brutalité dans un monde de finesse (1/2) : le grindcore

Plus vite, plus fort : ce leitmotiv avait requinqué au début des années 80 le punk avec l’émergence de la vague hardcore (Bad Brains, Minor Threat ou Black Flag) et le metal avec le thrash (Slayer, Megadeth ou Metallica). Mais, à l’abri des regards, des petits frères encore plus enragés n’allaient pas tarder à leur emboiter le pas : le grindcore et le death metal. Blastbeatsgrowls, riffs sursaturés et autres hurlements de possédés allaient ainsi s’abattre sur le public pour le plus grand bonheur de nos cervicales, parées au headbanging. Pour débuter les hostilités, et affinités obligent, commençons par un petit tour au pays du grindcore.

Né au milieu des années 80 au sein de la mouvance punk, alors que la vague punk-hardcore était à son top, le grindcore s’inspire plus particulièrement d’un sous-genre du punk : le crust. Initié par des groupes anglais comme Discharge 1 ou Crass 2 à la fin des années 70, le crust a ajouté à la vitesse et à l’agressivité du punk-hardcore des élements metal, en particulier des riffs de guitares très lourds. Outre-Atlantique, des groupes comme SiegeRepulsion ou DRI ont également initié ce mélange hardcore-thrash.

L’influence du crust se manifeste également dans les paroles des chansons, plus politisées et lorgnant vers la mouvance anarchiste. Menace nucléaire, pollution, sexisme, homophobie, droits de animaux, oppression sociale et policière sont autant de thèmes récurrents. Une vision sombre et réaliste, très loin de l’ironie des Sex Pistols, mais qui ne fait que refléter le rejet du reaganisme-thatcherisme triomphant de l’époque.

Le grind va se développer de manière très underground mais un groupe aura un impact indéniable dans sa reconnaissance : Napalm Death. S’il n’est pas, historiquement, le premier à jouer du grindcore, c’est lui qui va donner au genre une visiblité, par leur participation aux Peel’s sessions en 1985 à la BBC par exemple (et l’on ne remerciera jamais assez feu John Peel pour cela).

Si la paternité du terme est sujette à caution (Extreme Noise Terror peut être cité également), le batteur Mick Harris a de plus popularisé le terme de « grindcore » ainsi que l’utilisation du blast beat 3 qui va devenir une des bases du genre. Scum (1987), leur premier album, est à ce titre un incontournable : 30 minutes et 30 chansons (dont You Suffer, chanson la plus courte, 1,3 s, dans le livre Guinness des records !) pour une avalanche sonique jusqu’ici inédite. Avec plus de 25 ans de carrière derrière eux, des concerts à la pelle et une discographie impressionnante (un album tous les ans voire plus), le groupe est largement reconnu et respecté dans les scènes metal et punk.

C’est au début des années 90 que le grind va devenir « commercialement » reconnu, grâce au travail en amont d’un label comme Earache (fondé en 1986) ou plus tard de Relapse (fondé en 1990). Parmi les groupes de grindcore qui émergent à cette période, citons parmi les plus intéressants Brutal Truth ou Discordance Axis aux États-Unis, Nasum en Suède et, même si la reconnaissance est encore loin d’être la même, Inhumate ou Blockheads en France.

Proximité avec le metal oblige, le grindcore va multiplier les sous genres aux noms évocateurs (deathgrind, cybergrind, goregrind ou noisegrind). Mais le grind (tout comme le death metal) a su aussi dépasser son cercle de fans et les blast beats et autres chants hurlés ont déteint sur bien des groupes. La très grande technicité du grindcore a alimenté les compositions complexes des groupes de mathcore, comme Dillinger Escape Plan, ou les projets démentiels de Mike Patton (Fantomas, Peeping Tom ou Mr Bungle) qui empruntent au death et au grind .

Plus étonnant, les explosions grind s’adaptent également très bien au jazz-funk et à ses expérimentations, comme l’a prouvé John Zorn avec son groupe Naked City ou, plus récemment, des groupes comme Blast MuzunguCause for Effect ou Dynamite Club. Et s’il reste parmi vous des irréductibles qui ont encore en sainte horreur les guitares saturées, bénissez les Suisses de Nostromo (groupe malheureusement disparu) qui, avec l’album Hysteron – Proteron, vous refont leurs chansons en acoustique. Plus d’excuses donc pour headbanger !

podcast

Morceau bonus tiré de l’album Ecce Lex de Nostromo sorti chez Overcome Records (je n’ai malheureusement pas le nom de la chanson Edit : c’est donc Epitomize – merci à Zac ! – dont la version originale, sur l’album Eyesore, est écoutable ici)

Dessin, texte : Gwendal

Pour aller plus loin :

Un autre petit historique du grindcore (en anglais)

Un livre incontournable (dont nous reparlerons dans notre prochain article consacré au death metal), Choosing Death : The Improbable History of Death Metal and Grindcore de Albert Mudrian et préfacé par John Peel (encore lui !). A lire également, un article du journal The Village Voice consacré au livre.

Il existe sinon de nombreux webzines, la plupart consacrés aussi bien au grindcore qu’au death metal. En français, les sites généralistes sur le metal comme Métalorgie ou Zone métal (avec une partie liens très fournie) offrent de très bonnes bases pour découvrir le genre mais n’hésitez pas à vous rendre sur Terrorizer ou Grindgore.

Quant à vos achats, en dehors de l’incontournable Earache, mentionnons le label français Bones Brigade qui a édité de très bons groupes français comme Inside Conflict ou Sylvester Staline, les Belges Leng Tch’e ou les Suisses de Mumakil (avec des anciens membres de Nostromo).

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Interview et live de Discharge en 1983 par Toronto TV, le son n’est pas au top mais le deuxième morceau, The Nightmare continues, vaut le détour
  2. Un documentaire (en anglais) sur Crass est visible sur le site Minimovies
  3. Et Mick Harris peut également se targuer d’être à l’origine de la dubstep