Quelques grammes de brutalité dans un monde de finesse (2/2) : le death metal

décembre 28th, 20114:03 @

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Quelques grammes de brutalité dans un monde de finesse (2/2) : le death metal

Après avoir donné un petit apercu du grindcore, passons donc à son frère, tout aussi énervé mais plus vicieux : le death metal. Né en Floride dans les années 80, il prolonge la vague thrash metal (Slayer, Metallica, etc.). Proche du grindcore par l’imaginaire développé et une musique combinant vitesse et impact, le death a apporté sa pierre au métal grâce à son approche « chirurgicale ». Une petite exploration s’impose donc, ou, plus approprié, une plongée dans ses entrailles.

Peu d’intéret à décliner ici un historique détaillé du genre si ce n’est pour abuser du copier-coller. Comme mentionné auparavant dans le papier sur le grindcore, le death metal s’est divisé depuis plus de 20 ans en sous genres, eux-mêmes s’entrecroisant. De quoi y perdre son latin même pour un spécialiste. Une simple consultation de l’article disponible sur Wikipedia, de bonne qualité, suffira déja à débroussailler la zone. Mais si l’on souhaite pousser plus loin sa compréhension du genre, Choosing Death – The History of Deathmetal and Grindcore de Robert Mudrian est à l’heure actuelle l’ouvrage le plus complet consacré à la question. Une traduction française est d’ailleurs disponible au éditions Camion blanc.

Si l’on souhaite donner une image la plus fidèle et concise pour le grand public, le rapprochement avec Slayer, comme l’explique Mudrian, apparaît le plus judicieux. Le jeu est rapide, très technique. L’univers est morbide, réccupérant l’imagerie satanique déja existante dans le métal (Black Sabbath par exemple), tout en y apportant une dose d’ironie et d’humour noir et/ou une certaine mélancolie.

Slayer – Black Magic 1983 (Avec une pochette qui peut concourir avec celle de Metal Magic, le premier album de Pantera, en terme de laideur graphique)

Pas de grande révolution donc. Mais une volonté, au point de vue musical et thématique, de pousser plus loin ce qu’ont fait leurs ainés. Cela se caractérise en premier lieu par les pochettes d’albums (qui n’en a jamais choisi un en fonction de ce critère ?) volontairement provocantes. Films d’horreurs, symbolique démoniaque ou imagerie plus clinique, ces images ne sont pas vraiment du goût des ligues de vertu. Cela tombe bien, c’est précisement le but ! Une manière comme une autre de choquer le bon bourgeois qui ira jusqu’à créer des sous-genres à l’imagerie extrême, comme le gore-grind, dévolu aux effusions de sang et de tripes.

Citer Slayer comme référence est certes pertinent pour dépeindre cet univers mais le véritable « guide » du death metal, d’un point de vue musical, n’est autre que… Death. Création du chanteur et guitariste Chuck Schuldiner, Death n’est pas à l’origine du terme death metal (on le doit au groupe américain Possessed avec sa démo Death Metal) mais son impact artistique est indéniable.

Musicien de génie, ayant appris la guitare en autodidacte et sachant s’entourer de pointures (comme Steve DiGiorgio à la basse ou Gene Hoglan à la batterie pour les plus connus), Schuldiner peut se classer au niveau des grands maîtres de la musique classique. Mort à 34 ans d’un cancer du tronc cérébral (et surtout à cause du système de santé américain), il aura en l’espace de 7 albums (dont des chefs d’oeuvre comme SymbolicHuman ou Sound of Perseverance), posé les bases du genre.

Si la Floride a offert de nombreux groupes au death metal (l’incontournable Morbid Angel, qui aura aussi une très grande influence, DeicideObituary, etc.), l’Angleterre n’as pas été en reste. Et le Death sauce menthe verte n’est autre que Carcass.


Preuve d’ailleurs que grind et death sont liés, le groupe a débuté par le premier, avant de devenir le fer de lance du death dit mélodique, modèle pour les groupes nordiques. Ces accointances grind-death se retrouvent également chez Bolt Thrower. Un groupe certes moins incontournable qu’un Carcass mais qui est passé d’un grind sauvage et brouillon à du death aussi lourd et massif qu’un panzer chargeant des cavaliers polonais.

Stoppons cependant ici l’exposé historique avant que ce texte ne fasse un kilomètre de long (je vous renvoie à nouveau vers l’article sur Wikipedia pour la suite) et revenons plutôt à ce qui constitue le death-metal : une musique de passionnés, à l’instar du jazz. Encore hésitant à ses débuts, le jeu « death-metal » va voir son niveau d’exigence s’élever de plus en plus et, désormais, à moins de vouloir jouer « old school », faire du death demande des talents de musiciens que nombre de groupes, dans d’autres styles musicaux, sont loin d’avoir. Exemple d’un tel niveau, le batteur belge du groupe Soilwork, Dirk Verbeuren, étudiant puis enseignant au Musical International Academy de Nancy, l’un des centres les plus prestigieux en Europe.

Cette passion de la musique se manifeste également par l’expérimentation. Précurseurs, à la fin des années 80, de la fusion entre jazz et death, mentionnons à ce titre Atheist et Cynic (formé par Paul Masvidal et Sean Reinert, anciens de Death). Comme nous en avions parlé dans le précédent article, le death va dans les années 90 se marier à d’autres styles, apportant une touche de folie à ce genre qui peut sembler froid aux néophytes.

Musique tsigane avec Estradasphere, délires de crooner avec Mike Patton, classique avec Spawn of Possession, folk avec Finntroll ou Trollfest (même si l’on peut chipoter entre death et black metal), world music avec les Français de Gojira (qui ont d’ailleurs joué avec le groupe sibérien Yat-Kha) et même rap avec Necro, vous avez l’embarras du choix et donc plus d’excuses pour ne pas succomber au toucher fatal du death metal !

Finntroll – Trollhammeren (« Chauffe Marcel ! Chauffe ! »)

Dessin, texte : Gwendal (et un grand merci à Youen pour son aide)

Pour aller plus loin :

  • Un petit guide (en anglais) pour apprécier le death metal
  • Un article de Jim Fusilli (en anglais) paru dans le Wall Street Journal à propos du death-metal et de sa technique de chant si particulière.
  • Un autre article (en français) consacré au death-metal sur le site Nightfall
  • Un podcast dédié au label Earache, spécialisé en death et grind, est disponible sur All Go No Slow
  • Envie d’une radio consacrée au death ? C’est par ici
  • N’hésitez pas également à consulter également les autres liens du papier sur le grindcore.

En bonus
La double pédale est une des marques de fabrique du death, mais le batteur Louie Bellson n’a pas attendu les années 80 pour s’en servir, et avec quelle maestria :

Nous ne pouvions pas terminer notre petit tour du death metal sans ajouter une touche féminine avec Arch Enemy, créé par Michael Amott, ancien guitariste de Carcass, et sa charmante chanteuse, Angela Gossow.

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