Tagada Jones : 100% indés, 100% enragés

septembre 27th, 20117:25 @

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Tagada Jones : 100% indés, 100% enragés

Tagada Jones. Depuis le temps que je voulais vous causer de ce groupe… Depuis mes premiers articles sur le blog de La Voix du Nord, ce qui remonte à plus de deux ans. Mais, comme d’habitude, je trouvais toujours des raisons pour reporter la chose.

Parce que j’avais un dessin à (re)faire, un autre sujet essentiel dont je souhaitais causer. Ou une envie subite de s’enquiller des comédies françaises des années 80. Mais j’ai finalement fait un gros travail sur moi-même pour extirper cette tendance à la procrastination. Grâce entre autres à l’utilisation astucieuse de l’actualité, à savoir la sortie de leur nouvel album, Descente aux enfers.

Mais pourquoi donc Tagada Jones, me direz-vous, chers lecteurs dont je discerne l’étonnement sur vos doux visages ? Et bien pour plein de choses mes enfants : parce qu’il réveille le punk qui est en moi. Parce qu’il flatte ma fierté totalement accidentelle n’être né en Bretonnie. Parce que leurs morceaux m’accompagnent à chaque nouveau grand dessin.

Et surtout parce que Tagada Jones démontre, depuis sa création en 1993, qu’il est possible de tracer sa route hors des sentiers battus. En optant pour le plaisir de la création plutôt que la recherche de renommée, même s’il faut pour cela bouffer de la vache enragée. Ceci dit, à voir les réponses de Niko, chanteur de Tagada Jones, ca a l’air d’entretenir la forme.

Et tout ceci, mes amis, ca donne envie de s’en inspirer.  Et j’espère que ce sera le cas pour vous également, en lisant cette interview de Niko, chanteur et guitariste de Tagada Jones. Foooooooooaaaaaaa ! 1

Pascal (guitare), Seb (basse), Job (batterie) et Niko (chant, guitare), le nouveau line up de Tagada Jones. (Y a pas à dire, la pose en contre plongée et l’air sérieux, c’est définitivement la classe)

Toujours à l’affût de l’actualité (journalisme total oblige), je viens de voir que votre nouvel album, Descente aux enfers, venait de sortir le 26 septembre. Est-ce que vous pouvez nous en dire en peu plus, que cela soit au niveau musical ou à propos de l’histoire de votre mascotte, apparue (si je ne m’abuse) avec l’album Manipulé  2?

Niko : Salut Gwen, alors tout d’abord niveau musical, ce disque est un retour aux morceaux bien énergiques ! On passe toujours au crible du punk, du hardcore et du metal, un peu moins d’electro, mais il y en a toujours un peu.

Reportage en studio à l’occasion de la sortie du nouvel album. A noter que l’album a été enregistré à Lille chez Stéphane Buriez, ingénieur son et fondateur du groupe de thrash-death metal Loudblast.

Les tempos ont augmenté d’environ 10 à 20 BPM par rapport au disque précédent 3. On se rapproche donc plus de l’énergie des albums L’envers du décor ou Le feu aux poudres. L’arrivée de Job, notre nouveau batteur, y est pour beaucoup. En plus on est retournés à une prise de son « live », ce qui change vraiment beaucoup de choses à mon goût.

Quant à notre mascotte, c’est vrai qu’elle ne nous quitte plus… Finalement on l’aime bien ! Cette fois, il y a vraiment un côté fiction romancée, puisque notre personnage est mis en scène tout au long du disque. Les morceaux se succèdent et illustrent une tranche de vie entre 20 et 30 ans. Je n’en dis pas plus et vous laisse découvrir le concept sur l’album.

Que ce soit par le nombre de concerts, les pays traversés, votre approche musicale (un punk très sec au départ qui s’est enrichi, au fur et à mesure des albums, avec des influences electro ou metal) ou vos interviews (que vous semblez accorder sans trop de chichis :) ), le concept de rencontre semble vous tenir à coeur. Est-ce cela qui vous permet de continuer « envers et contre tout » ?
C’est clair, nous venons de la scène « live » ! Ce qui nous anime toujours c’est d’aller à la rencontre du public. On ne fait pas de la zik pour montrer nos gueules à la télé ou encore raconter des banalités sur des radios commerciales. Contrairement à beaucoup de nos confrères, on ne s’est jamais pervertis. Notre seul plaisir reste de voir du pays, de rencontrer des gens, de jouer devant 5, 500 ou 15.000 personnes, peu importe. L’essentiel étant de partager un bon moment ensemble.

Je crois que le groupe durera aussi longtemps que l’on prendra du plaisir sur scène. Dès que cette source sera tarie, il ne nous restera plus qu’à jeter l’éponge.

Star System, tiré de l’album L’envers du décor, avec Gus au chant (qui est parti, à mon grand regret, vers de nouveaux horizons mais continue dans la musique sous le nom de Bionik Dread. Vous pouvez également retrouver un de ses morceaux sur la compilation KrashWatt 1)

Vous autoproduisez vos albums avec le label Enragés Production. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment s’est créé ce label, ainsi que les avantages (ou les inconvénients) que vous trouvez par rapport à la signature chez une major ? Est-ce un choix délibéré ou une obligation de fait pour un groupe de « musique amplifiée » (metal, punk, hardcore) ?
Moi et Séverine, on a créé le label en 1996, pour le premier album de Tagada, Plus de bruit. Dès le début du groupe nous avons voulu être 100% indépendant, il n’était pas question de signer sur une major ou un gros label. Bon ça tombait bien, la musique que l’on faisait ne les intéressait pas non plus ;-) …

Par contre quelques années plus tard, nous avons reçu des offres que nous avons déclinées, pas question de changer de cap ! Au moins, en étant 100% indé, on fait ce que l’on veut, y’a pas de censure, pas d’objectifs de ventes et encore moins de pression du label pour pondre un titre formaté radio ! Il a fallu tout faire sans argent, sans moyen, sans énorme campagne promo, mais au final on est toujours là !

Pour répondre au dernier point de ta question, je dirais que lorsque qu’on a commencé c’était vraiment un choix délibéré de notre part. Par contre, de nos jours, c’est presque devenu une obligation pour les nouveaux groupes énervés.

J’ai eu l’occasion d’interviewer il y a quelques temps Bruno Dohelguy, chanteur du groupe de metal Killers. Connaissez-vous ce groupe, l’appréciez-vous ? Et vous retrouvez-vous dans son parcours ?
Alors non, mais il est vrai que ma culture est plus punk / alterno et que, vu mon âge, j’ai commencé à accrocher sur la zik une bonne dizaine d’années après le début de Killers… Mais je ne demande qu’à connaitre. (Ce que je vous recommande de faire, cher lecteurs, en cliquant sur le lien un peu plus haut)

Hasard du calendrier, Mass Murderers, fleuron du punk breton des années 90 et étendard du label Mass Prod, se reforme à l’occasion du Second Round Fest, le 7 octobre, à L’Antipode, à Rennes. L’occasion d’admirer Laurent au chant, qui a autant de rage que Wattie d’Exploited.

Entre le défunt label Overcome Records  4, Mass Prod 5, votre label, la scène brestoise aux alentours de 2000 (Voir à ce sujet le reportage Brestorming – Edit : malheureusement plus dispo. Si vous avez un lien, n’hésitez pas) ou un groupe comme Les Ramoneurs de menhirs, la scène punk en Bretagne semble vivace. Est-ce que voyez des raisons particulières à cela ? Ou est-ce simplement dû à un bretono-centrisme de ma part ? :)
Je crois tout simplement que la Bretagne est une région assez dynamique, et que les Bretons sont certes têtus mais aussi motivés… Du coup, ça bouge pas mal ici. Je dirais qu’outre quelques groupes ou structures à part, on se sert bien les coudes et forcément ça aide ! A titre d’info, on a bossé et on continue de bosser avec tous les acteurs que tu sites, l’union fait la force !

Une chanson protestataire italienne adaptée en breton avec grattes électriques, biniou et bombarde, c’est possible. Et c’est ce que j’aime dans cette région.

Suite à une interview avec Mike, qui anime l’émission Thematics Radio, je me suis permis de proposer un de vos morceaux pour une playlist spéciale musique française. Me pardonnez-vous pour cet emprunt et, plus généralement, comment vous positionnez-vous à propos d’internet et de la diffusion des oeuvres d’art ?
100% indés, on vient des milieux indépendants et alternatifs, alors de quoi pourrait on t’en vouloir de nous aider à diffuser notre musique ? Il n’y a que les labels d’avant-guerre qui continuent à pester sur internet, il faut savoir vivre avec son temps. Non seulement nous ne t’en voulons pas, mais en plus on encourage quiconque à le faire !

Terminons cette charmante interview par une petite série de questions pointilleuses mais essentielles :

– Avez-vous d’autres projets de collaboration avec Rotator ou d’autres artistes venus d’horizons musicaux autres que le punk ?

On à toujours plein de projets ! Rien en vue pour le moment avec Rotator, car depuis qu’il a fermé sa boutique à Rennes, on le voit un peu moins. Mais en tout cas l’idée de collaborer avec des univers différents nous intéresse toujours autant.

– Le thème de la psychiatrie revient souvent dans vos chansons. Pourriez-vous nous expliquer la raison ? Est-ce le résultat d’une lecture intensive de Surveiller et punir de Michel Foucault (voir la vidéo plus bas) ou d’un visionnage d’Akira ? :)
Héhé, non je crois tout simplement que c’est un sujet qui nous interpelle car on se sent vraiment à l’écart de la société. Où est vraiment la limite entre la folie et la marginalité ? La plupart des clichés qui définissent les critères de la « Normalité », on les emmerde royalement. Alors serons-nous internés d’ici quelques années ? Avec les politicards actuels, il faut s’attendre à tout…

– Vous souvenez-vous de La leçon tagadesque (morceau à écouter plus bas), interlude qui se trouvait dans la compilation punk Ils repasseront par chez vous (produite par les Skalopards anonymes) ? Et savez-vous qui s’était occupé du génial travail de montage de cette compilation, farcie d’extraits de films cultes 6 ?

La lecon tagadesque – extrait de la compilation Ils repasseront par chez vous

(Je suis désolé mais mon lecteur audio sur WordPress déconne complétement en ce moment. Je mets du coup à disposition le fichier audio par défaut, en espérant que cela ne vous empechera pas de vous procurer, légalement cette fois, cette compilation)

Alors, on connait bien les Skalopards et c’est clair qu’on a bien rigolé à l’écoute de ce jingle. Maintenant que tu me le demandes, c’est vrai qu’on a même pas posé la question, je pense que Marc, Plume et Kazim devaient être de la partie, mais je ne peux pas l’assurer… Bon, ben je donne ma langue au chat… 7

– Voudriez-vous ajouter quelque chose ? Un thème que je n’aurais pas abordé, un bonjour aux (nombreux) lecteurs de Centrifugue ou une idée d’article pour la rubrique bwitologie  8 de ce site ?

Pas grand chose, je te remercie pour cette interview de qualité, on ne nous pose pas toujours des questions intéressantes… Merci aussi à tous les lecteurs, et longue vie a vous tous ! Kenavo et peut être à bientôt sur scène !

Si je prends la même claque que lors de mon concert à Brest, je n’y manquerai pas :) Et un grand merci à Niko et Séverine pour leur gentillesse et le temps accordé pour cette interview !


Reprise de Vive le feu, à l’occasion du Bal des Enragés, avec entre autres Tagada Jones, Parabellum et Lofofora. Une autre idée de la musique en France

Propos recueillis par Gwendal

Logo de l’article à partir de la pochette de Descente aux enfers et photo de Mathieu Ezan 

Descente aux enfers, le dernier album de Tagada Jones, est disponible en magasin ou sur le site d’Enragés Prod, pour la modique somme de 12 euros.

 

 

 

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. Cf La Leçon tagadesque en bas pour comprendre tout le sel de ce lancement
  2. Un de mes préférés au passage
  3. Les compteurs à zéro, beaucoup plus rock n roll en effet
  4. Défunt label de hardcore rennais qui a signé des (très bons) groupes comme Children, Nostromo, Inside Conflict ou Ananda
  5. Label punk rennais toujours en activité qui a, entre autres, sorti les compilations Breizh Disorder pour faire connaitre la scène bretonne
  6. Notamment C’est arrivé près de chez vous, Last Action Hero et La Classe américaine, magnifique flim dont j’ai appris l’existence grâce à cet album d’ailleurs
  7. J »essaie de remettre la main sur l’album pour en savoir plus
  8. Encore que l’article sur le carcajou s’adapte déjà bien à Tagada Jones