Transmetropolitan : cyberpunk à la sauce anglaise

juillet 13th, 201111:30 @

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Transmetropolitan : cyberpunk à la sauce anglaise

Les Beatles, les Stones, les Monty Python, Benny Hill, The Exploited, Napalm Death, le gigot d’agneau à la menthe (hmm, non pas ca en fait). Non content d’avoir offert au monde ces joyaux, la perfide Albion peut également se targuer d’avoir révolutionné l’approche du comic en jouant avec ses codes pour la rendre plus profonde. Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta, From Hell,…) est désormais bien connu des amateurs de BD en France mais l’Angleterre a encore beaucoup à nous offrir. Et en particulier Warren Ellis qui, avecTransmetropolitan, nous offre une combinaison jubilatoire du journalisme gonzo et de l’univers cyberpunk. Une oeuvre provocatrice et plus subtile qu’il n’y parait.

Le futur. Ni pire ni meilleur que notre mode actuel. Différent, c’est en revanche certain. L’arrivée des nouvelles technologies a amené une surveillance constante des autorités. Mais elle a permis de réaliser encore plus d’envies et de fantasmes. On peut désormais modifier ou améliorer son corps de la tête au pied, et plus encore… Du moment que l’on y met le prix. Une ville. Faisant furieusement penser à LA ville : New York. Les écrans déversent dans les rues des torrents de publicité et d’informations, distrayant la foule, indifférente aux exclus et autres mutants qui errent sans but. Et un homme, Spider Jerusalem. Journaliste cynique et enragé, forcé de revenir à la civilisation pour respecter un engagement avec son éditeur.

Les trois principaux « protagonistes » de Transmetropolitan étant présentés, c’est parti pour 1200 pages azimutées, sous la plume du scénariste Warren Ellis et le pinceau du dessinateur Darick Robertson 1. Adoptant le style du journaliste Hunter S Thompson (récit à la première personne et abandon de la neutralité), Transmetropolitan nous plonge dans une mégalopole suintante, débordante, saturée de vie, la pire comme la meilleure. Un univers très plausible. Trop même par moments. Car sous son aspect cyberpunk, permettant toutes les folies (cybernétique, cryogénisation, nanotechnologies), Warren Ellis nous renvoie, sans aucune concession mais avec talent et humour, l’image de notre monde actuel. Un monde ou consommer c’est vivre, où tout est fait pour éviter de trop penser.

Mais ce monde n’avait pas prévu le fléau des fléaux, le poil à gratter 100% limaille de fer : Spider Jerusalem. Celui devant qui des journalistes muckrackers (« fouille-merde ») comme Upton Sinclair, Ida Tarbell ou Lincoln Steffen ne sont que des enfants de choeur. Crâne à la Kojak flanqué d’un tatouage d’araignée, lunettes bicolores en guise d’appareil photo, le système sanguin et nerveux saturé de drogues, Spider Jerusalem, aidé de ses deux « sordides assistantes« , fait tout pour traquer la vérité et la justice. Et s’il doit pour cela ruiner la carrière d’un homme politique ou tabasser un informateur récalcitrant, il le fera avec encore plus de plaisir.

Parue de 1997 à 2002 à l’origine chez Hélix puis Vertigo, une première tentative de publication en France, par les éditions Le Téméraire, en 1998, avait été stoppée dès le premier volume. Heureusement, depuis 2007, une nouvelle édition est proposée par Panini, dans la collection Vertigo Big books. Un format qui permet d’apprécier au mieux le trait de Darick Roberston, et ses planchées truffées de détails, rappellant l’univers de Grant Morisson ( Les Invisibles). Des compositions inspirées et toujours au service du récit.  Plus important, le soin apporté à la traduction par Jeremy Maness est indéniable. Elle permet de savourer les expressions particulièrement fleuries de Spider Jerusalem mais surtout d’apprécier au mieux le véritable talent d’écriture de Warren Ellis qui, à l’instar de Neil Gaiman, n’a rien à envier aux écrivains.

Sous ses aspects « fun » et rock’n roll qui vous sautent au visage, Transmetropolitan est une lecture à conseiller chaudement. Amusé, révolté, dégoûté, plié en deux et finalement ému, vous ne pourrez plus vous passer de la plus belle raclure du journalisme.

Texte : Gwendal

Images : ©  DC comics  / Panini comics

Transmetropolitan, Warren Ellis (textes), Darick Robertson (dessin), Jeremy Manesse (traduction).  Panini Comics, collection Vertigo Big books. 4 volumes parus Edit : 6 désormais, environ 28 euros chacun.

Pour les anglophones, le premier volume américain est disponible en téléchargement sur le site de Vertigo Comics

Edit : Retrouvez également une série de dessins tirés de Transmetropolitan sur ma galerie Flickr consacrée aux comics

Liens :
Site de Warren Ellis

Site de Darick Roberston

Site de Panini Comics

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Notes:

  1. D’autres dessinateurs comme Jim Lee ou Jaime Hernandez (Edit : et même Moebius), ont apporté leurs talents pour illustrer certaines couvertures des éditions américaines. Celles-ci sont reprises à la fin de chaque volume français.