Voyage psychédélique dans l’univers de Timothy Leary (5/4)

juin 5th, 20116:15 @

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Voyage psychédélique dans l’univers de Timothy Leary (5/4)

Vous ne l’attendiez pas (et je ne l’attendais plus) mais voici la cinquième partie de ce guide consacré à Timothy Leary. « Cinquième partie sur quatre, c’est bizarre », me direz vous. Et de vous répondre : « C’est même étrange mais c’est de Leary dont on parle ici ». Quoi donc de plus normal alors. Car le décalage, la remise en question, l’humour et l’inspiration artistique font de Leary un véritable Trickster. Aussi dans cette cinquième et ultime partie, nous allons nous pencher sur quelques grands amis de Leary, tout aussi barrés que lui (voire plus), nous marrer un bon coup et rassasier nos oreilles et nos yeux. C’est parti pour l’apothéose !

Les compagnons de l’étrange

John C Lilly

Le poète Allen Ginsberg, Timothy Leary et John C Lilly en 1991

S’il fallait trouver un personnage des années 70 encore plus hallucinant que Leary, nul doute que ce serait John C Lilly. Ami d’Aldous Huxley, Alan Watts ou Richards Alpert et également fasciné par le cerveau humain 1 et les effets des drogues sur celui ci, il conduira plusieurs expériences peu communes.

Souffrant de terribles migraines, Lilly se soignera par l’utilisation de ketamine et des sessions en caisson d’isolation sensorielle. Il entreprendra également d’entrer en communication avec les dauphins. Et fera connaissance même avec des extra-terrestres lors de ses sessions.

Avant que vous ne réduisiez cet homme au rang de doux dingue illuminé, je vous invite à jeter un coup d’oeil sur cette interview sur Mavericks of the Mind ainsi que sur son site très complet. A noter que deux films s’inspireront du personnage. Le premier, en 1973, intitulé Le Jour du dauphin où le réalisateur Georges C Scott s’inspire de Lilly pour son personnage principal qui décide d’apprendre l’anglais à ces amicaux cétacés. Mais je vous oriente surtout vers un film de 1980, Altered States, de Ken Russel et avec William Hurt, qui retrace les expériences de modification de la conscience de Lilly.

Robert Anton Wilson

« Of course I’m crazy, but that doesn’t mean I’m wrong. » (« Bien sur que je suis fou, mais cela ne veut pas dire que j’ai tort »
Une citation qui résume bien Robert Anton Wilson. Un homme qui peut se targuer d’être l’un des pères spirituel des geeks et autres nerds. Coauteur avec Leary de la théorie des 8 circuits de conscience, et fondateur de Starflight Network, qui se chargera de faire connaitre l’oeuvre de Leary, il se fera également connaitre avec sa trilogie The Illuminatus !.

Mixant à peu près tous les théories du complot possibles 2, Wilson s’est fait une spécialité de retourner votre cerveau. Le roi du “mindfuck” comme disent les Anglo-Saxons.

Wilson décrit en effet son travail comme “une tentative de briser toutes les associations logiques (ou plutot conditionnées), de voir le monde d’une autre facon, en utilisant le maximum de grilles ou de modèles, sans qu’aucun d’entre eux ne soit considéré comme une vérité supérieure.” Un agnostique total si l’on voulait résumer.

Son travail sur le complot, le doute, le questionnement de la réalité débouchera sur l’un des mouvements de contre-culture les plus intrigants : le discordianisme. Une religion fondée sur le chaos et qui a la particularité de posséder autant de papes que de membres. Pour aller plus loin, allez voir sur la page Wikipedia, et pour les plus intrigués, vous pouvez consulter ici, et en français, la bible du mouvement : le Principia Discordia.

Pour en savoir plus sur l’homme enfin, je vous recommande le documentaire Maybe Logic ci dessous 3 ainsi que ce podcast qui lui est consacré sur The Ru Sirius Show. N’hésitez pas non plus à faire un tour sur l’excellent Boing Boing, site geek ultime et placé sous son bienveillant patronnage 4.

Terence Mc Kenna

La figure de transition pour notre prochaine partie. Philosophe et écrivain, Mc Kenna fut également l’une des grandes figures de la contre culture dans les années 70 grâce à ses travaux sur les drogues hallucinogènes. Leary n’hésitera d’ailleurs pas à le décrire comme “le vrai Timothy Leary”. Mc Kenna lancera de plus l’hypothèse que la synesthésie 5 provoquée par l’aborption de psilocybine fut l’une des causes de l’apparition du langage.

Son oeuvre, tout comme celle de Leary, inspirera nombre d’artistes. Cela se manifestera notamment dans la musique electro, avec la naissance du courant rave/transe/goa, au début des années 90. Nombre de ses conférences serviront comme samples. Connaissant peu ce genre musical, je m’arreterai la, mais vous pouvez vous tournez vers des groupe comme The Shamen, Entheogenic ou Spacetime Continuum pour savoir ce qu’il en retourne.

Mc Kenna fut également cité comme une référence essentielle par des humoristes célèbres aux Etats-Unis comme Tom Robbins ou (l’excellent) Bill Hicks :

L’humour

Timothy Leary (qui ressemble à Steve Martin sur cette photo) et Grace Slick, chanteuse de Jefferson Airplane.

Et oui, l’humour ! Quatre épisodes que je vous bassine avec la philosophie, les neurosciences et la psychanalyse. Mais si je ne parlais pas de la place du rire chez Leary, je passerais complétement à côté. Il suffit d’ailleurs, pour s’en rendre compte, de regarder des photos de Leary. Un sourire, un éclat de rire, un clin d’oeil sont ses signatures. Leary sourit face à la vie, et n’hésite pas à se moquer des certitudes. Celles de ses congénères comme les siennes. Insaisissable, Leary est un trickster qui ne peut se réduire à une image. Psychanalyste, “gourou du LSD”, explorateur de la conscience, apôtre de la cyberculture : You got the Timothy Leary you deserve (« Vous avez le Timothy Leary que vous méritez« )

Une illustration parfaite de la dernière phrase à 5mn : face à un présentateur conservateur bon teint et totalement fermé, Leary, tel un judoka, utilise la force de l’adversaire pour gonfler son raisonnement jusqu’à la caricature. Et le ridicule d’éclater à la face du présentateur.

Retrouvons ensuite un duo dont j’avais un peu parlé dans le guide galactique sur les Beastie Boys : Cheech and Chong. A force de tourner autour de la drogue comme source d’inspiration, pas étonnant que Leary vienne faire un petit clin d’oeil dans cet extrait de Nice Dreams (avec Michael Winslow, vedette de la série de films Police Academy !). Je vous conseille également de lire cette interview de Leary où il explique son amour pour le duo de stoners.

Lenny Bruce

Un génie du comique américain. L’équivalent de Desproges chez nous pour l’acidité de ses textes et sa liberté de ton. Peu connu en France, il a pourtant eu l’honneur de figurer aux cotés d’Aleister Crowley et Carl Jung sur la couverture de l’album Sgt Pepper Lonely Heart Club Band des Beatles.

Bon, je dois l’avouer, pour arriver à placer ici Lenny Bruce, je dois passer par le journaliste et comédien Paul Krassner (Un très bon article à lire ici), grand ami de Lenny Bruce, ancien membre des Merry Pranksters et accessoirement celui qui fit découvrir à Groucho Marx les effets du LSD. Mais le lien est réel avec Leary, qui placera dans une lettre Lenny Bruce au même rang que Martin Luther King ou Kennedy dans l’évolution des mentalités.

La peinture

Petit détour tout à fait égoiste par la peinture avec rien moins que Salvador Dali. Pour les amateurs de stars et de potins, il convient de signaler que Nena von Schlebrugge, future mère de l’actrice Uma Thurman, se mariera pour la première fois en 1964 avec Leary, après avoir été présentée à lui par Dali.
Leary n’arrivera cependant pas à convaincre le peintre des vertus de la drogue. Dali lui répondit d’ailleurs dans une lettre : “Pourquoi avoir besoin du LSD quand vous avez Salvador Dali ?”. Leary admettra ainsi que Dali était la seule personne “capable de peindre sous LSD sans avoir besoin d’en prendre”. Joli hommage.

Le « Space Jockey » par Giger, que l’on peut voir au début d’Alien

Autre peintre venu d’un plan étrange de l’univers : Giger, rendu célèbre par le design de la créature dans la franchise Alien. Leary fut l’un de ses grands fans et rédigera ainsi la préface d’un de ses livres. Et vous pouvez également lire ce texte de Leary sur le site de Giger.

Musique

Terminons cette escapade artistique par mon autre dada : la musique. Faire une liste de tous les groupes qui ont rendu hommage à Leary serait vaine, aussi je serai totalement subjectif.

Premier groupe qui vient à mon esprit : Tool. Mixant metal, progressif et rock psychédélique, j’avoue avoir mis du temps à apprécier leur musique. Mais mon troisième oeil s’est finalement ouvert grâce aux stages de conditionnement de mes camarades Franck et Stil. Grâce leur en soit rendue.

Et qui entend-t-on au début du morceau ? Bill Hicks ! (tout est lié !)

Plus sérieusement, le groupe utilise à de nombreuses occasions des monologues de Leary, jusqu’à en faire l’introduction de certains de leurs concerts.

Citons également :

– Le groupe de krautrock Ash Ra Tempel, qui composera avec l’aide de Leary l’album Seven Up en 1973.

– Infected Mushroom, groupe electro israelien, qui utilise un sample de la voix de Leary dans le morceau Drop Out

– Le groupe de metal Nevermore et son morceau on ne peut plus parlant

– Leary viendra également faire un petit coucou au guitariste John Frusciante (Red Hot Chili Peppers, Ataxia) dans Stuff, un court métrage réalisé par Johnny Depp et Gibby Haynes (chanteur des Butthole Surfers)

– Et pour finir en beauté, place à Suicidal Tendancies, avec Leary en père bien sous tous rapports

C’est sur ces douces notes que je vous tire ma révérence. Et comme disait Leary :


Don’t believe anything I say” (« Ne croyez rien de ce que je dis« )

Dessin, texte : Gwendal


 

Pendant que vous y êtes, lisez aussi :

Notes:

  1. L’un de ses premiers chocs sera l’opération du cerveau subie par sa mère qui souffrait d’hallucinations. Il comprendra alors que c’est le cerveau, et non pas le monde extérieur, qui est la source de la réalité pour l’homme
  2. Un travail qui inspirera largement des livres comme Le pendule de Foucaut d’Umberto Eco ou Da Vinci Code de Dan Brown
  3. Ayez du temps devant vous quand même, ca dure une heure et demie
  4. Pour plus d’infos sur ce fanzine/webzine, vous pouvez retrouver une sélection d’articles ici
  5. Donner des couleurs ou une odeur aux sons par exemple